Je doute que quiconque, aujourd’hui, ose qualifier une courtisane de « parure de son siècle ». Le stéréotype attaché à cette profession dans le monde moderne ne laisse aucune place au respect, et encore moins à l’envie. Tout cela serait sans doute exact si Dame Histoire, ironique et capricieuse, n’aimait tant les exceptions…
Ninon de Lenclos fut l’une des femmes les plus envoûtantes du XVIIe siècle, dont le nom reste encore synonyme de charme, de grâce, d’esprit et de plaisir. Elle incarna à elle seule tous les vices et toutes les vertus d’une époque où le monde entier, envieux, tournait les yeux vers la France, devenue chef de file de la civilisation. Ninon de Lenclos, qui vécut quatre-vingt-dix ans, conserva jusqu’à son dernier souffle toute l’étincelle de son esprit et de sa beauté, illustrant à merveille ce Grand Siècle, âge de frivolité extrême et de sagesse profonde. Son salon accueillait nobles et intellectuels ; poètes et savants venaient y chercher ses conseils pour leurs œuvres. Célèbre courtisane française, jamais elle ne vendit son amour, bien que ses contemporains l’aient surnommée « la reine des courtisanes ». Elle vivait selon les lois du sentiment, séduisant les hommes non seulement par sa beauté et son audace, mais aussi par son intelligence remarquable et une modestie surprenante.
Ninon de Lenclos naquit à Paris le 15 mai 1615 dans une famille noble. Lors de son baptême, on lui donna le prénom d’Anne, mais elle préféra qu’on l’appelle Ninon. C’est ainsi que son père, philosophe épicurien vivant selon ses propres plaisirs sans se soucier du qu’en-dira-t-on, la surnomma. Sa mère, en revanche, était d’une rigueur extrême, d’une moralité austère et profondément pieuse. Elle rêvait de voir Ninon devenir religieuse, tandis que son père lui inculquait une philosophie légère et agréable. La musique, le chant, la danse, la déclamation — en un mot, tous les arts raffinés devinrent ses matières favorites. Elle y excella à tel point que ses maîtres la qualifièrent de « huitième merveille du monde ». Sa bibliothèque regorgeait de recueils de poèmes : élégiaques, amoureux ou badins, ainsi que d’ouvrages comme L’Art d’aimer, Les Histoires de femmes célèbres pour leur légèreté ou leur amour, et bien d’autres. Dotée d’une mémoire prodigieuse, elle connaissait presque par cœur tous les livres qu’elle avait lus, ce qui peinait sa mère, dont les goûts lui semblaient trop mondains pour une femme passant son temps en prières et en jeûnes.
Ninon avait le Soleil en Taureau — et le Taureau aspire à la vérité spirituelle tout en cherchant à maîtriser les valeurs matérielles. Il apprécie les plaisirs, le confort, la sécurité émotionnelle et matérielle. La nourriture doit être savoureuse, le vin de qualité, l’amant beau et élégant, et l’art doit lui plaire. En somme, la vie doit être agréable, belle et rassurante.
Le Soleil en aspect tendu avec Jupiter lui confère un caractère excessivement indépendant et libre, une noblesse d’âme, de l’honnêteté, de la franchise et une grande directivité. Affranchie des préjugés, elle mena sa vie en satisfaisant à la fois son cœur et son esprit, sans se soucier de l’opinion publique ni du mensonge social.
À seulement treize ans, lors d’une procession des Saintes Épreuves, voyant tous les participants pleurer, elle demanda : « Pourquoi pleurent-ils ? Après tout, Il ressuscitera bien ! » Sa mère, horrifiée par cette remarque, pria le confesseur de lui donner une bonne correction. Plus tard, devenue adulte, Ninon confia à ses amis qu’elle avait alors compris que toute religion n’était qu’hypocrisie et que rien en cela n’était vrai.
Jupiter en aspect harmonique avec Neptune dans son thème indique une sagesse profonde, une compréhension élevée de la religion et des états de conscience très élevés.
Après la mort de ses parents, Ninon tira la leçon principale de la vie : le nombre de jours qui nous sont accordés est un temps pour goûter aux plaisirs et travailler à son propre épanouissement. Comme le disait son père, adepte de la philosophie épicurienne qui prône ces principes. Et l’épicurien, on le sait, ne vit pas dans la peur ni l’effroi de la mort ou des châtiments divins. Sa devise : « Ne crains pas la mort. Tant que tu vis, elle n’est pas là. Et quand elle viendra, tu ne seras plus. » Ces mots, Ninon les connaissait par cœur depuis son enfance.
À moins de seize ans, elle prouva à quel point elle était une femme de volonté et de raison. En l’espace d’un an, ses parents moururent, lui laissant une fortune convenable. Elle ne chercha ni aide, ni protection, ni soutien extérieur, et ne se laissa pas submerger par le désarroi. Après avoir évalué froidement sa situation, Ninon transforma son héritage en « rente viagère », ce qui lui permit de percevoir dix mille livres par an. Elle géra ses affaires avec sagesse, et bien qu’elle ne se refusât rien, elle vécut non seulement dans l’aisance toute sa vie, mais put aussi aider ses amis dans les moments difficiles.
La 4e maison en astrologie représente le destin, la famille et l’héritage. Dans le thème d’un héritier, la Lune ou le signe du Scorpion doit être présent sur le cuspide de la 4e maison, accompagné d’un aspect de richesse.
Dans le thème de Ninon, cette indication est présente. La Lune se trouve en 4e maison, à 26° du Sagittaire. À ce degré se situe le centre galactique. Une énergie puissante et la capacité d’accomplir de grandes choses pour le monde, ainsi que la promesse de richesse. Et le trigone à Saturne en 8e maison ne fait que compléter ce tableau : l’héritage reçu après la mort de ses parents.
La position de Jupiter et Neptune dans le thème de Ninon lui confère d’excellentes aptitudes commerciales et une bonne prospérité matérielle.
Jupiter en 3e maison témoigne d’une éducation et d’une instruction de qualité.
Les préférées de Ninon
Rien n’effrayait plus la jeune fille que le mariage légal. S’engager, se soumettre à un homme lui semblait une terrible atteinte à son « moi ». « Une femme sensée ne choisit pas un mari avec l’accord de sa raison, comme elle choisit un amant avec l’accord de son cœur », disait-elle. On la considérait comme « l’incarnation parfaite de la perfection humaine ».

Portrait de Ninon par Pierre Mignard.
Sans conteste, une beauté aussi accomplie ne pouvait manquer d’attirer les admirateurs. Et d’abord, si l’on en croit Saint-Évremond, son ancien amant, ami et panégyriste, elle-même ne fut pas indifférente au duc de Châtillon, Gaspard de Coligny, arrière-petit-fils du célèbre amiral. Lorsque ce dernier fit sa connaissance, des négociations étaient déjà en cours pour son mariage avec Élisabeth-Angélique de Montmorency, sœur du duc de Luxembourg. Mais Ninon était si belle, si envoûtante, que Coligny décida de l’épouser. Il entama sa cour en ce sens et, pendant trois semaines, se montra d’une discrétion exemplaire. On ne fait pas d’une maîtresse celle que l’on veut épouser. Mais un jour, l’amoureux se présenta dans un état de désespoir total, expliquant que son père insistait pour qu’il épouse Mademoiselle de Montmorency, tandis que lui, Gaspard, était épris de Ninon et préférerait mourir plutôt que de la perdre. La jeune beauté jugea que le père avait raison, qu’elle n’avait aucune intention de briser la famille de son prétendant. D’abord, parce que la différence entre les de Montmorency et les de Lenclos était trop grande ; ensuite, parce que, selon elle, « le mariage et l’amour, c’est comme la fumée et la flamme ».
— Je vous aime moi aussi, avoua-t-elle à ce jeune homme stupéfait par une franchise aussi inattendue, — mais ce n’est pas ma faute si, pendant trois semaines, vous avez rêvé à ce qui ne pouvait pas être, et n’avez pas su voir ce qui vous tendait les bras…
Coligny n’eut pas besoin qu’on le lui répétât deux fois et, dès le soir même, il profita des droits qu’elle lui avait accordés. Mais comme « les femmes cèdent souvent par caprice plutôt que par amour », un beau jour Ninon déclara que sa fantaisie était passée, et les amants se séparèrent en toute amitié. « Une brune élégante, au teint d’une blancheur éblouissante, légèrement rosée, aux grands yeux bleus où se mêlaient décence, raison, folie et lubricité, à la bouche aux dents parfaites et au sourire envoûtant, dotée d’une grâce de manières saisissante. » Tel était le portrait brossé par un contemporain de cette reine des courtisanes alors âgée de trente ans.

Maison de Ninon
En achetant une petite maison rue de Tournelles, elle rassembla autour d’elle non seulement des courtisans et des admirateurs, mais aussi des esprits brillants qu’elle attirait, comme des papillons, par la flamme vive de son intelligence. Les visiteurs de son salon reçurent le surnom de « oiseaux de Tournelles ». Parmi eux figuraient Fontenelle, La Rochefoucauld, Charles de Saint-Évremond, l’abbé Scarron, Jean-Baptiste Lully, La Fontaine, Philippe II d’Orléans, Antoine Godeau, Antoine Gombault, le duc de Saint-Simon, le comte de Rabutin, Jules de Clérambault, l’abbé Charles Perrault, Charles de Sévigné, Boileau et bien d’autres.
Si Ninon avait jamais prié, ce n’était assurément pas pour que Dieu la fasse devenir une « femme honnête » ; non, elle voulait être une personne honnête. « Dès mon enfance, disait-elle, je m’indignais souvent de l’injustice du sort qui accordait tous les droits aux hommes et oubliait totalement les nôtres. Depuis ce jour, je suis devenue un homme ! » La « reine des courtisanes » possédait en vérité une force d’âme virile. Selon la définition pertinente de Saint-Évremond, elle réunissait en elle les qualités d’Épicure et de Caton. Légère courtisane et philosophe profonde, Ninon était inépuisable en idées originales, méritant l’immortalité au même titre que La Bruyère et Molière, car ils écrivaient souvent ce qu’elle disait. Son salon, où affluaient les plus grands esprits de l’époque pour jouir de la beauté et de la conversation de cette femme exceptionnelle, éclipsa la renommée de l’hôtel de Rambouillet, où tout n’était que manières affectées, tandis qu’ici régnaient naturel et simplicité.
Le cuspide de la 11e maison se trouve dans Cancer (dirigé par la Lune, qui est en 4e maison) : les relations avec les amis sont comme celles d’un membre de la famille. Les liens d’amitié sont profonds. Avec une telle configuration, les amis sont très influents, et les rencontres ressemblent davantage à des tête-à-tête intimes qu’à des réceptions mondaines. De plus, beaucoup d’amis deviennent des amants.
Après la mort de Marion Delorme en 1650, le nombre de visiteurs du salon de Ninon de Lenclos augmenta. La cour et l’aristocratie écoutaient la voix de Ninon, redoutant ses mots cinglants. Le « roi-soleil » Louis XIV lui-même, qu’elle ne connaissait pas encore, subissait son influence et, à propos de toutes les affaires de la cour, s’enquérait : « Qu’en a dit Ninon ? » Ses décisions étaient prises sans discussion. Si Ninon avait dit que le soleil brillait la nuit, tous auraient été d’accord.
Dans le thème de Ninon, le Soleil occupe une position très forte en 9e maison. Selon les anciens astrologues, le Soleil en 9e maison du thème natal confère « la faveur du roi et de Dieu lui-même ». Une personne dotée d’une telle position solaire possède un caractère noble et juste, est un excellent interlocuteur, un compagnon intéressant. Ici, le Soleil indique un intérêt pour la philosophie, le désir d’élargir ses horizons, tant spirituels que physiques. De plus, il est en conjonction avec la cuspide de la 10e maison, annonçant gloire, autorité, popularité et la possibilité de se distinguer du commun des mortels, offrant la chance de devenir une personnalité remarquée.
Au faîte de sa gloire, un épisode aussi étrange qu’intéressant se produisit, qu’il vaut la peine de raconter. Un soir, alors que le brillant cercle de Ninon s’émerveillait de sa conversation enjouée, on lui annonça qu’un inconnu, refusant de décliner son nom, souhaitait lui parler d’une affaire urgente. Ninon fit répondre qu’elle recevait des invités et pria de revenir plus tard, mais le mystérieux visiteur insista. Intriguée par sa persistance, elle s’excusa auprès de ses hôtes et ordonna de faire entrer l’inconnu dans son boudoir. Un petit homme trapu, vêtu de noir, sans épée, d’apparence plutôt insignifiante, entra. Une fois assurés qu’ils étaient seuls, il prit la parole :
— Vous voyez devant vous une créature à laquelle obéissent les forces de la nature, qui, si elle le souhaitait, posséderait tous les biens de la Terre, mais qu’elle méprise…
Une telle entrée surprit Ninon. Que pouvait bien vouloir ce personnage d’elle ? Pendant ce temps, l’inconnu poursuivait : il avait assisté à sa naissance et, ayant le destin des hommes entre ses mains, lui demandait ce qu’elle désirait obtenir de lui : la plus haute distinction, des richesses inépuisables ou une beauté éternelle. Qu’elle choisisse ce qui lui plaît le plus, il tiendrait sa promesse. Ninon, à peine esquissant un sourire face à de tels propos, opta pour la dernière option et demanda ce qu’elle devait faire pour l’obtenir. Il s’avéra que rien. L’inconnu lui demanda simplement d’écrire son nom sur une petite ardoise qu’il sortit de sa poche ; après l’avoir lue plusieurs fois, il toucha son épaule gauche avec une petite baguette et déclara que son vœu était exaucé. Selon ses dires, elle était la troisième à qui il offrait la beauté éternelle, les deux premières ayant été Cléopâtre et Diane de Poitiers. « Mon nom est Noclambeul », ajouta-t-il. « Gardez notre rencontre secrète… Nous nous reverrons, mais hélas, seulement lorsque vous n’aurez plus que trois jours à vivre… » Sur ces mots, le vieillard s’inclina poliment et quitta le boudoir, laissant la maîtresse des lieux dans une totale stupéfaction. Pourtant, sa promesse se réalisa bel et bien. Ninon, qui vécut près d’un siècle, attirait encore, à quatre-vingts ans, les admirateurs par sa beauté.
Dans le thème de Ninon, Neptune – planète gouvernant tout ce qui est mystérieux, incompréhensible et énigmatique – se trouve à 28 degrés Vierge (dirigé par Vénus), ce qui lui confère beauté et succès auprès du sexe opposé. Neptune gouverne la 8e maison (maison de la magie et de tout ce qui est occulte).
Ses contemporains admiraient son indépendance. Il ne faut pas oublier que nous étions au XVIIe siècle, une époque qui n’offrait à la femme que deux rôles : celui de mère de famille respectable ou de prostituée. Dans les deux cas, elle était une créature humiliée et pitoyable. Son honneur pouvait être bafoué par l’homme selon son bon vouloir, et l’Église ne manquait pas de le soutenir dans cette voie. Mais Ninon se moquait éperdument de tout ce qu’elle considérait comme des superstitions ! Elle n’avait pas honte d’être instruite et indépendante. Elle n’avait pas peur d’afficher une immense fierté. Oui, elle se connaissait une grande valeur.
Le cardinal de Richelieu, grand amateur de femmes, estimait que la valeur de Lenclos se mesurait en argent. Il fallait simplement que ce soit une somme importante. Ninon rendit à ce prélat hautain la moitié de cinquante mille francs, en lui faisant remarquer qu’elle « se donne, mais ne se vend pas ». Richelieu en resta bouche bée : il se souvenait parfaitement de l’époque où une autre courtisane de haut rang, Marion Delorme, avait eu recours à lui, vêtue en homme, pour échapper aux regards indiscrets.
On ne peut pas dire que Ninon ne prenait jamais d’argent des hommes avec qui elle était proche. Mais pour elle, l’homme qui lui plaisait valait bien plus que celui qui avait une bourse bien garnie.
En parlant d’amour, de la force des sentiments humains, de qui on peut tomber amoureux et de quelles émotions éprouver, il faut examiner la 7e maison, la 5e maison et leurs maîtres, Vénus.
Le cuspide de la 7e maison est en Poissons – indication de célibat. Vénus se trouve en Gémeaux – elle aime tout changer, signe d’un grand nombre de partenaires.
La sexualité est indiquée par la 8e maison, Mars (la passion) et Vénus (l’amour, les sentiments). Dans le thème de Ninon, Mars et Vénus forment un aspect harmonieux – un sextile, une combinaison de l’amour et de la passion, révélant une forte pulsion sexuelle. L’aspect sextile indique une personne qui maîtrise son énergie sexuelle. Cela confère une sexualité et une passion, ainsi qu’un magnétisme attirant pour le sexe opposé.
La Lune joue également un rôle important dans la question de la sexualité, car elle représente l’aura d’une personne. Sous une Lune positive, le feu d’artifice des sensations vécues devient plus profond et plus intense. Les aspects harmonieux avec les signes ou les maisons érotiques confèrent une charge érotique très puissante. La Lune en Sagittaire (pleine de vitalité, difficile de se fixer sur un seul homme) en trigone à Saturne situé dans la 8e maison (le sexe) apporte stabilité et durabilité dans le temps. À près de quatre-vingts ans, Ninon avait encore un amant, l’abbé de Génoude.
Dans l’horoscope des grands séducteurs, Neptune est également très marqué. Lorsqu’il forme un aspect avec Vénus, Mars ou Pluton, la personne devient « irrésistiblement et enivrante attirante », car l’énergie sexuelle, magnétique, s’exprime au premier plan. Chez Ninon, Neptune gouverne la 8e maison (Pluton et Mars en sont les symboles traditionnels) et forme un trigone au Soleil, gouverné par Vénus. Mais c’est là que réside le mystère : le « charme » de Ninon dépassait de loin ses mots. La plupart de ses anciens amants, qu’elle avait quittés, gardaient d’elle un souvenir enthousiaste et n’oubliaient pas les jours passés à ses côtés jusqu’à la fin de leur vie.
Ninon était aussi belle que capricieuse. Même les relations les plus solides et les plus stables en apparence se brisaient avec une facilité déconcertante. Pourquoi ? Le plus souvent, simplement parce qu’un nouvel amant lui semblait plus attrayant. Pour elle, l’amour était à la fois une entreprise risquée et « une pièce de théâtre aux intrigues sans fin ».
Mars en 12e maison en Lion confère une passion intense, une tendance à changer de partenaires ou d’environnement pour chercher de nouvelles expériences, ainsi que des aventures sexuelles secrètes.
La position de Mars dans le thème révèle aussi l’existence d’ennemis cachés. Elle indique des dangers de perte de liberté personnelle ou spirituelle, d’isolement forcé ou volontaire, ainsi que la révélation de scandales dans la vie privée. Il va sans dire que ses ennemis se comptaient par dizaines, voire par centaines…
Finalement, cette femme au passé scandaleux finit par lasser la reine Anne d’Autriche elle-même. Sans hésiter, celle-ci proposa à la « jeune dévergondée » de se retirer dans un monastère pour y passer le reste de ses jours en prières. De son côté, Ninon de Lenclos répondit qu’elle n’était plus une « jeune fille », et qu’elle n’avait rien à se reprocher. Pourtant, elle n’eut d’autre choix que de se rendre dans ce lieu de retraite, où elle aurait pu finir ses jours… si un certain roman avec le grand maréchal de France, héros de la guerre de Trente Ans et grand Condé, ne lui avait pas sauvé la mise.
Pourtant, Ninon ne fut pas particulièrement émue par les caresses du militaire. À propos du grand Condé, elle déclara : « Ses baisers me glacent. Quand il me tend un éventail, j’ai l’impression qu’il me remet un bâton de maréchal. » Le prince intervint en sa faveur auprès de la reine Anne, et bientôt, la vie à l’hôtel de la rue de Tournelles reprit son cours habituel.

Portrait de Ninon par Pierre Mignard.
Quand Ninon de Lenclos eut dépassé la cinquantaine, elle continuait, comme à ses débuts, à fasciner son entourage. À cinquante-trois ans, elle s’éprit du jeune, beau et raffiné comte Fieschi, issu d’une illustre famille génoise. L’écart d’âge ne semblait pas avoir d’importance, car les amants s’aimaient sincèrement. Un matin, après une nuit passionnée, le comte lui envoya ce mot : « Mon ami, ne trouvez-vous pas que nous avons assez profité de l’amour et qu’il est temps d’y mettre un terme ? Vous êtes changeante par nature, et moi fier par tempérament. Vous allez sans doute vous consoler rapidement de ma perte, et cette rupture ne vous semblera pas trop cruelle. N’est-ce pas ? Adieu ! » Au lieu de répondre, Ninon lui envoya une longue mèche de ses cheveux. Quelques minutes plus tard, le comte Fieschi était de nouveau à ses pieds. La nuit suivante fut encore plus merveilleuse. Mais en rentrant chez lui, il trouva un nouveau message : « Mon ami ! Vous savez que je suis changeante, mais vous ignorez que je suis aussi fière que vous. Je n’avais pas l’intention de vous quitter, mais vous m’y avez vous-même poussée. Tant pis pour vous. Vous allez sans doute vous consoler rapidement de ma perte, et cela me servira de consolation. Adieu ! » Le comte Fieschi, dissimulant son amertume, coupa immédiatement la mèche reçue en deux : il garda une moitié pour lui et envoya l’autre à Ninon, avec ce mot : « Merci pour la leçon. En supposant que cette mèche puisse servir à un autre, je suis heureux de vous donner l’occasion de ne pas couper à nouveau votre magnifique chevelure. Pour moi, ce n’est pas un sacrifice : elle était très épaisse. »
En 1686, le jeune baron Sigismond Bagniewski, fils du général suédois comte de Charleval (son cousin, l’un des nombreux soupirants éconduits de la belle immortelle), lui proposa de la lui présenter. Le baron, qui avait entendu parler de la beauté de Ninon dès son enfance, était convaincu qu’une femme de soixante-dix ans ne pouvait plus l’intéresser. Pourtant, le comte insista, et le Suédois, après avoir hésité, accepta le pari : même si Ninon daignait lui accorder un peu d’attention, il resterait parfaitement indifférent à ses charmes. Mais dès qu’il la rencontra, le baron reconnut avoir été un sot. Il se mit à fréquenter assidûment le salon de la rue de Tournelles, incapable de détacher son regard émerveillé de sa maîtresse. Le perfide comte de Charleval révéla à Ninon l’existence du pari, et la courtisane décida de le punir.

« Eh bien, traitez-le comme vous m’avez traitée. Montrez-lui le paradis, mais ne le laissez pas y entrer… »
Quand, à minuit, le baron quitta sa chambre, il jura qu’elle n’avait pas plus de dix-huit ans. Le jeune homme partagea son bonheur avec son cousin, qui le provoqua en duel et le tua. Ninon se reprocha d’avoir laissé se produire cette tragédie.
Son dernier amant fut l’abbé de Génoude, octogénaire mais encore vigoureux. La courtisane le fit languir pendant un mois avant de s’unir à lui le jour de ses quatre-vingts ans. Cette liaison dura un an, mais les jalousies de l’abbé finirent par pousser Ninon à le quitter.
Que l’on considère Ninon uniquement comme une courtisane ou non, on ne peut nier qu’elle fut une figure majeure de la vie intellectuelle et mondaine de son époque. La marquise de Maintenon, la plus haute dame de la cour, chargée de veiller sur la vieillesse de Louis XIV, et qui fut autrefois l’amie et la protégée de Ninon sous le nom de madame Scarron, lui proposa de s’installer dans un appartement confortable, adapté à son âge. Mais Ninon, se souvenant du « Tartuffe » et de son défunt ami Molière, refusa, préférant sa liberté et sa petite maison de la rue de Tournelles, loin de la grandeur de Versailles.
— À la cour, il faut être indifférent, disait-elle, et savoir tenir un double langage. Mais il est trop tard pour moi pour apprendre l’hypocrisie.
Enfin, le Roi-Soleil lui-même désira voir ce phénomène de son siècle. Un jour, à la demande de la favorite secrète du monarque, Ninon assista à la messe dans la chapelle royale. Louis XIV la regarda longuement et exprima son regret que cette femme exceptionnelle ait refusé d’orner sa cour de son ironie et de sa joie de vivre.
Ouvrir un talent…
L’hôtel de la rue de Tournelles devint le refuge des talents et des libres penseurs, le salon le plus en vue et le plus prestigieux de la capitale française. Parmi ses habitués et amis figuraient le dramaturge Racine, le fabuliste La Fontaine et le conteur Perrault. C’est sur les conseils de ses amis que Ninon se mit à écrire. Son œuvre la plus célèbre, « La Coquette vengée » (1659), connut un grand succès. Cultivée, elle parlait couramment l’italien et l’espagnol, maîtrisait parfaitement la littérature classique, jouait du luth et du clavecin. Par ailleurs, elle était également réputée pour ses reparties spirituelles. On raconte qu’à la demande de Saint-Évremond, elle rédigea sa biographie, en omettant cependant ses aventures amoureuses : « Voici mon portrait, mais seulement jusqu’à la ceinture. »
Choisissez d’aimer les femmes ou de les comprendre.
«Le maître du thème » Mercure se trouve dans la 9e maison – la personne est toujours pleine d’espoir et sait envisager toute situation comme la veille d’un bonheur et la promesse de l’optimisme. Il indique un esprit pénétrant, spirituel, actif, pratique et de nature philosophique. Mercure confère le goût de l’éducation, offre souvent un don littéraire, une passion pour les sciences et la lecture. Mercure en Taureau – les pensées ne divergent pas de l’action.
Il ne faut pas non plus oublier que Mercure se trouve au degré du Soleil, ce qui indique une jeunesse physique. Le succès se trouve dans le monde de l’art. Richesse et belle vie.
Mercure en aspect avec Pluton – donne un esprit vif, inventif, perce les gens à jour, atteint le fond des choses, impartialité, objectivité dans les jugements. La vérité prime le confort, une volonté forte, et dans une certaine mesure, du génie. Tendance à transformer les pensées et les opinions d’autrui.
Mercure est aspecté par Uranus et Mars – exprime ses idées de manière originale et brillante, esprit intuitif, créatif, libre, indépendant, talentueux, perspicace ; capacité à convaincre les autres. Aime débattre, rivaliser et prouver la supériorité de ses vues. Avec de tels aspects, la personne n’a pas peur de dire franchement ce qu’elle pense.
Uranus en 10e maison offre également une célébrité inhabituelle ou scandaleuse, la personne défie les opinions établies dans la société. Sa vocation est d’apporter du nouveau à la conscience collective. La particularité des personnes avec Uranus en 10e maison est l’originalité, l’étrangeté, l’imprévisibilité. Leur chemin de vie et leur destin sont inhabituels. Aspiration à la liberté personnelle, à l’indépendance, à l’autonomie. La personne suit sa propre voie, peu importe l’avis d’autrui, elle établit ses propres règles, rejetant les normes de comportement imposées de l’extérieur, et attire toujours l’attention par ses actes excentriques qui provoquent le mécontentement des conservateurs. Le niveau spirituel des personnes avec Uranus en 10e maison est, sans aucun doute, plus élevé que celui de leur entourage. Et leur esprit est si fort et libre de toute entrave terrestre qu’aucun fardeau ni malheur ne peut le briser.
Uranus en aspect avec Cupidon en 11e maison (les amis) – pour Ninon, les amis et les personnes partageant ses idées sont une source de nourriture tant pour son esprit que pour son âme. Mais elle trouvait chez ses amis, ses protecteurs et ses vertus non seulement une consolation morale et une satisfaction spirituelle, mais souvent aussi un soutien matériel, des protections et des recommandations de personnes influentes. Ses amis étaient des êtres exceptionnels, hors du commun, connus pour leurs idées progressistes.
La position de Jupiter en 3e maison offre également un talent littéraire. Dans la parole et l’écriture, elle fait preuve d’une rigueur et d’une élégance remarquables.
Ninon possédait une autre qualité rare : d’abord, elle devinait immédiatement le talent chez une personne ; ensuite, elle savait l’encourager. Un jour, elle amena chez elle un jeune homme modeste du nom de Poclain (futur Molière). C’est dans son salon qu’il lut aux invités sa fameuse pièce « Tartuffe ». Le dramaturge, en remerciement pour la bienveillance que lui avait témoignée la courtisane, « s’inspira » d’elle pour créer Célimène, l’héroïne du « Misanthrope ».

Molière lit « Tartuffe » dans le salon de Ninon de Lenclos. Tableau de Nicolas-André Monsiau.
Vénus, gouvernante de la 3e maison (le maître symbolique étant Mercure), se trouve en 10e maison. Ninon avait tendance à prendre la défense des plus jeunes et des plus faibles.
Vénus dans le thème de Ninon présente une configuration favorable, offrant de l’ambition, un bon goût et une compréhension de la beauté, un amour pour l’art, affine les sentiments, entretient une bonne humeur. Vénus en 10e maison en Gémeaux confère une bonne position sociale et une ascension par l’amour, l’amitié avec des personnes influentes. En général, une telle Vénus apporte de la chance dans les relations avec le sexe opposé.
Le célèbre écrivain et auteur d’aphorismes François de La Rochefoucauld ne put non plus « passer à côté » de Ninon, qui rivalisait avec lui en esprit mordant.
La courtisane ne se distinguait jamais par son avidité. Mais un an avant sa mort, elle accomplit un geste qui, à lui seul, aurait pu l’aider à entrer dans l’histoire. Elle légua deux mille francs en livres à un garçon de dix ans nommé François Marie Arouet. Il écrivait des poèmes et s’intéressait beaucoup à la littérature. Ce fut le futur grand écrivain français, poète et philosophe des Lumières Voltaire. Il appelait toujours de Lenclos « ma belle tante »…
Les enfants de Ninon
Ninon eut trois enfants : deux fils et une fille. Elle confia les garçons à ses parents pour qu’ils les élèvent. L’un d’eux, devenu adulte, tomba également amoureux de Lenclos. La femme dut avouer qu’elle était sa mère.
Un beau jour, le comte d’Estrées, se promenant avec l’abbé d’Effiat, frère du malheureux Saint-Mars, aperçurent Ninon et tombèrent tous deux éperdument amoureux d’elle. Ils étaient aussi jeunes et beaux l’un que l’autre, et de Lenclos sympathisait autant avec l’un qu’avec l’autre. Elle inventa alors un moyen ingénieux pour ne froisser aucun de ses amis : elle cajolait l’un le jour, l’autre la nuit. Le résultat de cette collaboration fut un nouveau-né de sexe masculin. Comme chacun des amants revendiquait le titre honorable de père, la vérité, soigneusement cachée par la courtisane, fut révélée.
— Je ne doute pas, dit-elle, que mon fils appartienne à l’un de vous, mais à quel père ? Je ne le sais pas moi-même ! Pour résoudre cette querelle amusante, les amants décidèrent de s’en remettre au sort : celui qui obtiendrait le plus de points en lançant les dés serait considéré comme le père de l’enfant. En présence de la parturiente, ils jetèrent les dés, et le sort sourit au comte d’Estrées. Il obtint 14 points, tandis que son rival n’en eut que 11.
— Moi aussi, je veux être le père ! s’exclama l’abbé, furieux. — Ninon, vous devez me donner un autre fils !
— Tout, sauf cela, répondit la courtisane en riant. — J’en ai assez d’un !
Le comte d’Estrées éleva l’enfant, qui reçut le nom de de la Bussière. Il servit brillamment dans la marine, atteignant le grade de capitaine.
Le prochain amant de cette beauté de 33 ans, devenue encore plus intéressante après son accouchement, fut le marquis de Villarceaux. Sa liaison avec Ninon donna lieu à une anecdote que Molière utilisa dans sa pièce « La Comtesse d’Escarbagnas ». Le marquis était marié à une femme peu intelligente mais extrêmement jalouse. Apprenant que son mari s’était entiché de la célèbre courtisane et avait fui avec elle de Paris en plein milieu de la Fronde, elle entra dans une rage folle, alimentant davantage le scandale déjà bien connu de tous. Un jour, lors d’une soirée, la marquise voulut présenter son fils aux invités. Le jeune héritier de 13 ans apparut accompagné de son précepteur. Pour montrer l’éducation de son fils, la mère proposa au précepteur de lui poser quelques questions d’histoire, ce qu’il fit en s’adressant au garçon en latin :
— Qui fut le successeur de Bélus, roi d’Assyrie ?
— Ninus ! répondit rapidement le jeune marquis de Villarceaux.
— Ninus ? s’exclama la marquise, qui ne comprenait pas le latin, mais entendait partout le nom de la maîtresse de son mari.
— Franchement, je ne vous plains pas, monsieur, d’instruire mon fils des folies de son père !
Le précepteur tenta en vain de prouver que Ninus et Ninon n’avaient rien en commun. La marquise ne l’écouta pas et le renvoya le lendemain matin. En apprenant cela, de Lenclos rit aux éclats, puis envoya cinq cents livres au pauvre homme, chassé dans la rue, avec un mot : « De la part de Ninon pour Ninus ».
À cinquante-cinq ans, Ninon devait donner naissance pour la troisième fois. Cette fois, elle mit au monde une fille, qui mourut peu après sa naissance. Mais la petite était si belle que le père de l’enfant – dont le nom reste inconnu, mais il s’agissait au moins d’un visage de haut rang – ordonna d’embaumer le petit corps et de l’exposer sous une cloche de verre dans son cabinet.
En hiver 1667, Ninon, se promenant aux Tuileries, rencontra son ancien adorateur, le marquis de Gesvres, accompagné d’un jeune homme dont l’apparence la frappa. Ce beau jeune homme, qui se présenta sous le nom d’Albert de Villeneuve, était son fils. Ninon lui adressa la parole et, avec l’autorisation du marquis, l’invita chez elle, sans se douter des funestes conséquences de ce geste. Ninon de Lenclos avait cinquante-six ans, mais elle paraissait bien plus jeune. Accueilli avec bienveillance rue de Tournelles, Albert de Villeneuve devint bientôt un habitué du salon, tombant amoureux de Ninon de Lenclos comme Œdipe d’Œdipe pour Jocaste. La passion du jeune homme amusa d’abord Ninon, mais lorsqu’il lui avoua ses sentiments, elle dut lui révéler qu’elle était sa mère. Le malheureux s’enfuit dans le jardin et se donna la mort. Désolée, la mère pleura longuement son fils et, pendant un temps, se montra plus discrète, mais il n’est pas de chagrin au monde qui ne s’efface avec le temps.
Que dit l’horoscope des enfants de Ninon ? Le Capricorne est à la cuspide de la 5e maison, et Saturne, maître de cette maison, se trouve en 8e maison – des difficultés liées à la procréation sont possibles, et il convient d’exercer une certaine retenue envers les enfants. Saturne, en général, incline à avoir peu d’enfants. Certaines configurations planétaires laissent aussi entrevoir la possibilité d’enfants illégitimes ou la perte d’un enfant.
Les derniers instants
Ninon mourut le 17 octobre 1706 dans sa petite maison de la rue de Tournelles. On raconte que, consciente jusqu’au bout, elle prononça une dernière fois cette phrase pleine d’esprit : « Si j’avais su que cela finirait ainsi, je me serais pendue. » Son ironie ne l’avait pas quittée jusqu’à ses derniers instants.
La mort, de son regard glacé, tue tout ;
Ninon, qui vécut un siècle insouciante,
Vint à mourir soudain et s’en fut dans l’éternité,
Couvrant d’honneur et d’opprobre le beau parquet de sa demeure.
Sans limites dans ses désirs,
Poursuivant les plaisirs de toute son âme,
Gardant pour l’amitié fidélité et constance,
Ne voyant dans l’amour qu’un vain amusement,
Unissant la débauche à la grandeur d’une Héra orgueilleuse,
Elle sut nous montrer clairement
Comment, dans une même essence,
Triomphaient la raison sévère de Minerve
Et la beauté de Vénus.
Citations et aphorismes de Ninon de Lenclos
Comment vaincre en amour
Mais j’ai remarqué que, avec ceux qui ont blessé votre cœur, vous agissez ainsi. Cela peut impressionner un bourgeois, mais pour conquérir le cœur d’une dame du monde, il faut une autre arme. Je vous le déclare au nom de toutes les femmes : chacune d’entre nous préférerait une rudesse franche à une excessive prudence. Les hommes, en se méprenant sur ce point, perdent plus de cœurs qu’ils n’en sauvent par leur vertu. Plus un amoureux montre de timidité, plus notre amour-propre cherche à le piquer ; plus il témoigne de respect envers notre résistance, plus nous exigeons de lui. Nous voudrions dire aux hommes : « Ah ! Prenez pitié, ne nous croyez pas si vertueuses ; vous nous forcez simplement à nous lasser de notre chasteté. » Nous cherchons sans cesse à dissimuler le fait que nous avons permis qu’on nous aime. Créez une situation où la femme puisse dire qu’elle n’a cédé que par violence ou qu’elle est devenue la victime d’une attaque soudaine – je vous garantis que son cœur vous sera acquis. Un peu plus de hardiesse de votre part vous donnera l’aisance nécessaire. Souvenez-vous de ce que La Rochefoucauld vous a dit un jour : « L’homme raisonnable, quand il est amoureux, ressemble à un fou, mais il ne doit ni ne peut ressembler à un idiot. »
Ninon de Lenclos
- Malheur à la femme au caractère égal et monotone ; son uniformité lasse, irrite, exaspère. Toujours la même, comme une statue, toujours d’accord avec son mari en tout. Elle est si bonne, si douce, si noble qu’elle prive les gens du plaisir de se quereller avec elle, et les disputes, parfois, nous procurent tant de joie ! Mettez à sa place une femme vive, capricieuse, résolue – dans une certaine mesure –, et tout ira autrement. L’amant découvrira toute la beauté de la variété chez une même personne. L’ardeur est une qualité qui nous empêche de lasser. Un tempérament bouillant, passionné, jaloux, querelleur, puis réconciliateur, piquant – tout cela entretient et nourrit l’amour. N’est-ce pas là une merveilleuse diversité ?… Mais le calme immuable et le silence mènent à une seule chose : l’ennui sans fond. Le quotidien est mortel pour l’amour, car dès que l’ordre et la méthode s’introduisent dans les affaires du cœur, la passion s’éteint, laissant place à la langueur et à l’apathie, puis vient l’ennui, et enfin, à la fin de l’histoire, l’écœurement.
- L’amour sans désir est une chimère : il n’existe pas dans la nature.
- Pour aimer, il faut un talent bien plus grand que pour commander des armées.
- En amour, comme en tout, l’expérience est le médecin qui, après la maladie, rend la santé.
- Choisissez : ou aimer les femmes, ou les comprendre.
- Si Dieu a jugé bon de donner des rides aux femmes, il aurait pu au moins en placer une partie sous leurs pieds.
- Le désir de plaire naît chez les femmes avant celui d’aimer.
- Les femmes ne se laissent pas facilement conquérir ; elles ne cèdent qu’à ceux qui savent profiter de l’occasion et s’insinuer dans leur âme.
- Les femmes se donnent plus par caprice que par amour.
- L’amour est comme un chat : il nous griffe jusqu’au sang, même si nous ne voulions que jouer avec lui.
- L’amour ne meurt jamais de faim, mais souvent d’indigestion.
- On nous aime plutôt pour nos défauts séduisants que pour nos qualités sérieuses.
- L’affection commence là où l’amour finit ; l’infidélité commence là où l’affection s’arrête.
- Avez-vous déjà entendu parler d’un grand capitaine qui, avant d’assiéger une forteresse, en aurait averti l’ennemi ? Cachez votre but et ne vous vantez pas de vos succès ; ne laissez pas deviner jusqu’où s’étendent vos calculs tant qu’un obstacle peut encore les contrarier, tant que la bataille n’est pas gagnée. Obtenez la victoire avant même d’avoir déclaré la guerre. En un mot, imitez les militaires dont les desseins sont ignorés de tous, sauf des pays dévastés par leur marche triomphale.
- La résistance qu’une femme oppose ne prouve pas tant sa vertu que son expérience.
Littérature
« La coquette vengée » (La coquette vengée, 1659) – attribué.
« Lettres de Ninon de Lenclos au marquis de Sévigné », publiées en 1750 (Lettres de Ninon de L’Enclos au marquis de Sévigné).
À son sujet : « Ninon de l’Enclos », comédie. Auteur : A. Henrion (Armand Henri Ragueneau de La Chainaye), 1804.
« Mémoires de Ninon de Lenclos », roman. Auteur : Eugène de Mirecourt, 1857.
Francs Roche, « Ninon de Lenclos, l’esprit féminin, le cœur masculin » – biographie moderne.




