Avesalom Pidvodny
Série «Komounikatyka»
Partie 2
L’ART DE LA COMPRÉHENSION
Introduction. Chapitre 1. Archétype triadique : Synthétique, Qualitatif, Objectif.
Chapitre 2. Archétype holistique : Local et Global.
Chapitre 3. Archétype logistique : Symbolique et Signifiant.
Dans ce livre, nous examinerons trois archétypes universels unis par un principe de synthèse difficile à définir, mais essentiel au processus de communication. Dans la communication, la question « Tu me comprends ? » revient souvent. Que se cache-t-il derrière cette interrogation ? Pourquoi est-elle si fréquente ? Le problème réside notamment dans le fait que, avant de comprendre quoi que ce soit, l’être humain effectue un acte synthétique nécessaire, bien que difficile à rationaliser, consistant à unifier les informations reçues en un tout cohérent, qui servira ensuite de base à sa réaction. Cette synthèse, ou compréhension globale, s’opère différemment selon les cas, et trois approches principales se dégagent, correspondant aux trois archétypes universels abordés dans cet ouvrage : l’archétype triadique, l’archétype holistique et l’archétype logistique.
L’archétype triadique est une famille composée de trois archétypes supérieurs : Synthétique, Qualitatif et Objectif. L’archétype holistique est une famille composée de deux archétypes supérieurs : Global et Local. L’archétype logistique est une famille composée des archétypes Symbolique et Signifiant.
La compréhension, en tant que processus psychologique, implique évidemment diverses variations ou combinaisons des archétypes présentés ci-dessus, ce qui a motivé leur description (y compris dans leurs manifestations communicationnelles) dans ce livre. Par ailleurs, on observe une continuité, voire une origine, des archétypes holistique et logistique : ils peuvent être déduits de l’archétype triadique par une méthode de sommation (atmanique, mais non arithmétique !). Plus précisément, si nous combinons (dans le cadre de l’archétype triadique) les archétypes Qualitatif et Objectif d’une part, et que nous opposons cette union à l’archétype Synthétique, nous obtenons précisément l’archétype logistique : la « somme » du Qualitatif et de l’Objectif se transforme en archétype Signifiant. Si nous combinons les archétypes Synthétique et Qualitatif et que nous opposons cette union à l’archétype Objectif, nous obtenons l’archétype holistique : la « somme » du Synthétique et du Qualitatif se transforme en archétype Global, tandis que l’Objectif devient Local.
Cependant, il ne faut pas croire que cette « addition » soit une opération simple et évidente, au point que les propriétés et manifestations de l’archétype Signifiant puissent être déduites (par sommation) des propriétés et manifestations des archétypes Qualitatif et Objectif, ou que celles de l’archétype Global puissent l’être à partir des archétypes Synthétique et Qualitatif. En outre, il s’avère que les manifestations de l’archétype Objectif diffèrent largement de celles de l’archétype Local, et celles du Synthétique de celles du Symbolique. Le lecteur attentif et appliqué s’en convaincra en lisant attentivement le livre proposé et en réalisant ses nombreux exercices.
Les notions fondamentales de la science de la communication utilisées dans cet ouvrage sont présentées dans l’avant-propos « Psychologie de la communication » du livre « Grammaire de la communication » (série « Komounikatyka », partie 1).
Et si, à l’issue de cette lecture, le lecteur comprend mieux son entourage et interagit de manière plus adéquate avec lui, sans même s’en rendre compte, l’auteur considérera que l’objectif qu’il s’était fixé aura été atteint.
A. Pidvodny
11.10.2001
Novossibirsk
Chapitre 1
ARCHÉTYPE TRIADIQUE : Synthétique, Qualitatif et Objectif
Marqueurs stylistiques qualitatifs
Marqueurs cognitifs objectifs
Marqueurs stylistiques objectifs
COMPLEXES MODALITÉS TRIADIQUES
Modalité syn(syn)
Modalité syn(kach)
Modalité syn(obj)
Modalité kach(syn)
Modalité obj(syn)
Modalité obj(kach)
Modalité kach(obj)
PRATIQUE COMMUNICATIONNELLE
Comparaison des modalités triadiques
Transmissions pures et mixtes
Syntonie et antithonie
Ambivalence
Marqueurs synastriques et complémentarité
Transmissions monotones et ambitonales
Types de transmissions ambitonales
CONTEXTE
Rôle du contexte
Texte écrit
Modalités triadiques-communicationnelles
Modalités triadiques-dyadiques
Modalités triadiques-dialectiques
FORMULES D’ALTERNANCE DES MODALITÉS
Formules courtes : « petite descente », « petite montée », « descente », « montée », « petit poisson », « petite grenouille », « lézard »
Formules longues : « contrepoint », « serpentine »
Transitions modales douces : « manteau » et « tapis »
DESCRIPTION GÉNÉRALE
La famille triadique. L’archétype triadique universel est une famille composée de trois archétypes supérieurs : Synthétique, Qualitatif et Objectif.
À l’archétype Synthétique correspond une vision de l’objet comme un tout unifié ; c’est une perspective qui unit toutes les qualités de l’objet et synthétise tous ses éléments et parties. Cette vision est souvent employée lorsque nous considérons l’objet comme unique, lui attribuons un nom et utilisons ce nom :
— Théophilacte !
À l’archétype Qualitatif correspond une vision de l’objet à travers ses différents aspects, qui le caractérisent en tant qu’entité globale, mais sous divers angles possibles. Ce qui est typique de l’archétype Qualitatif, ce sont des mots comme « qualité » :
— Ce n’est pas une mince affaire ! Oh, ce n’est pas facile !
À l’archétype Objectif correspond une vision de l’objet comme composé de divers éléments ou parties, souvent reliés entre eux par différents liens :
— Une voiture est composée d’une carrosserie, d’un châssis avec des roues et d’un moteur, ainsi que d’un habitacle et d’un volant. (obj)
Les modalités triadiques. La modalité synthétique implique une considération de l’objet dans son ensemble. Elle peut être désignée par son nom (mais pas par une marque commerciale !) ou par une autre référence, comme un pronom (il, elle) ou une indication générique ou métaphorique :
— C’est LUI ! (syn)
— Eh bien, où est donc ton (sceptique) Missaïl ? Ton Héros-Amant ? (syn)
La modalité qualitative caractérise les transmissions qui mettent en avant telle ou telle qualité de l’objet, sa propriété ou particularité — en tant qu’entité globale :
— Ta petite fleur est un peu petite… trop petite ! (kach)
— Tu manges, Hermogène ? … Eh bien, mange, mange à ta santé ! (kach)
La modalité objective est propre aux transmissions qui considèrent les parties ou éléments de l’objet, les fragments du tableau d’ensemble :
— Maman, j’ai mal au ventre ! (obj)
— Beaucoup de villes en Russie, bien que moins connues dans le monde que Moscou et Saint-Pétersbourg, n’en présentent pas moins un grand intérêt pour le touriste — comme Rostov-la-Grande, Souzdal, Vladimir, Mourom, Iaroslavl et bien d’autres. (obj)
En modalité synthétique — en théorie — s’écrivent les phrases de la langue écrite, conformément à la définition scolaire bien connue : « une phrase est une pensée achevée ». Pour comprendre la réplique de son interlocuteur, il faut fournir un effort de synthèse, en unifiant ses mots (et souvent aussi l’intonation, les mimiques, etc.) en un sens cohérent ; parfois cela réussit, parfois non, et alors nous disons : « Excusez-moi, je ne vous ai pas compris. » Une phrase complète contient au minimum trois éléments : le sujet, le prédicat et le complément, par exemple : « Anfissa mange du fromage. » Ces éléments, pris isolément, ont le plus souvent les modalités suivantes : le sujet (désigné) — synthétique, le prédicat — qualitatif, le complément — objectif. Cela signifie que dans le discours d’une personne, une phrase où le sujet, qui est un nom, est mis en avant, prend une coloration synthétique ; si c’est le prédicat, elle sera qualitative ; et si c’est le complément, elle sera objective.
Cet effet se manifeste avec une particulière clarté lorsque (ce qui est typique du langage oral) les interlocuteurs échangent des répliques elliptiques, c’est-à-dire incomplètes, par exemple :
— Qui est-ce qui est venu nous voir ?
— Anfissa. (syn)
— Qu’est-ce qu’Anfissa fait, à ton avis ?
— Elle mange.
— Et qu’est-ce qu’elle mange, Anfissa ?
— Du fromage. (obj)
Cependant, une phrase complète peut également adopter l’une quelconque des modalités triadiques — synthétique, qualitative ou objective — si l’un de ses mots est mis en avant syntaxiquement, par l’intonation ou par la gestuelle (ou la mimique) comme l’élément le plus significatif, au point que le sens global de la phrase en est relégué au second plan. Si ce mot mis en avant est le sujet, la phrase (généralement) prend une modalité synthétique ; si c’est le prédicat oudéfinition – c’est qualitatif, si complément – c’est subjectif, par exemple :
– Et aujourd’hui, il est venu me voir… (avec un soupir) tu te rends compte… KYRYLO ! (fils) – Aujourd’hui, Kyrylo est venu me voir – un tel… (avec une signification) élégant !
– Et aujourd’hui, Kyrylo est parti… tu ne devineras jamais… dans une entreprise ! (subjectif)
Si la proposition est un aphorisme, une pensée importante ou une image exprimée brièvement et qui dépasse en importance (pour cette personne) les mots qui la composent, sa modalité est synthétique ; par exemple, on perçoit souvent les proverbes ainsi :
Dieu a préservé de tous côtés. (Synth)
Dieu donnera et par la fenêtre tendra. (Synth)
Il arrive même au ver de vivre longtemps. (Synth)
Là où l’orage gronde, il y a un seau. (Synth)
Ce n’est pas une grande affaire quand il entre par la porte. (Synth)
Tu auras le temps de soupirer que déjà il faudra rendre l’âme. (Synth)
Dans la modalité synthétique, on perçoit généralement des phrases simples (non développées) de trois ou quatre mots contenant un sujet, un prédicat, un complément et éventuellement une définition – sans accentuation situationnelle, intonative ou autre, par exemple :
Le lynx était en embuscade. (Synth)
Le jeune cerf se rendait à l’abreuvoir. (Synth)
Le pauvre animal n’est pas allé loin jusqu’à l’eau. (Synth)
Si la phrase contient de nombreux mots désignant des qualités et des actions – verbes, adjectifs, participes, gérondifs – et que c’est en eux que réside son contenu principal, alors cette proposition a généralement une modalité qualitative :
– J’ai tout fait pour te rejoindre de loin : j’ai couru, nagé, me suis faufilé, grimpé – en un mot, j’ai tout tenté. (qual)
– Devant moi s’étendait la mer : bleu clair, turquoise, verdâtre-brunâtre, un peu agitée mais globalement calme et qui semblait attendre quelque chose. (qual)
Si la phrase contient de nombreux mots désignant des objets non nommés du monde matériel et que c’est sur eux que repose son accent sémantique principal, elle acquiert une modalité subjective :
– Mangez, s’il vous plaît, tout ce qui est sur la table : le forshmak à l’oignon, les cornichons, les tomates, le rassolnik. (Subjectif)
J’aime les étoiles, les gens, les animaux, les plantes et, bien sûr, les minéraux.
Son appartement était peuplé de nombreux animaux : une tortue, deux chiens, trois chats, quatre canaris et une petite iguane. (Subjectif)
Exercice. Modifiez les propositions et énoncés suivants (en les raccourcissant ou en les complétant légèrement, en changeant l’ordre des mots) et placez l’accent logique de manière à ce qu’ils prennent :
a) une modalité synthétique,
b) une modalité qualitative,
c) une modalité subjective.
1. – Tu t’es fait un super ventre, Nikodime Samsonytch !
2. L’air sentait le printemps ensoleillé, frais et inattendu.
3. Dans les savanes et les déserts d’Afrique vivent de nombreuses espèces animales des plus extraordinaires.
4. – À vous, Polikarp, je peux pour l’instant proposer un poste modeste mais responsable et prometteur : responsable de notre aquarium.
5. L’avion volait bas au-dessus de la mer agitée.
6. Chutryk fouillait dans un grand tas d’ordures sale.
7. La graine de sagesse germe sans hâte.
8. Le mont Ararat dépasse les montagnes environnantes non seulement par sa hauteur.
9. Le problème de survie de l’humanité en tant qu’espèce met en relief et accentue le problème de la sécurité personnelle.
10. Virinéïa observait attentivement la silhouette qui s’était dressée devant elle.
Exemple.
1a) – (en fixant le regard sur le ventre de Nikodime) Eh bien, Nikodime Samsonytch ! (Synth)
1b) – Eh bien, toi, Nikodime ? Samsonytch, tu t’es fait un ventre ! Oui, tu l’as fait ! (qual)
1v) – Eh bien, Nikodime Samsonytch, tu as même un petit ventre ! (Subjectif)
MARQUEURS TRIADIQUES
Marqueurs cognitifs synthétiques.
Un marqueur synthétique courant est le nom propre accentué (ou un mot qui le remplace) désignant une créature ou un objet unique :
– Et voici notre Varlaam ! (Synth)
– (avec justesse) Chutryk ! (Synth)
– Et moi, je pars (avec une signification) à Moscou ! (Synth)
Les pronoms personnels accentués dans l’énoncé donnent également une teinte synthétique à celui-ci :
– Qui veut une glace ? – Moi ! (Synth)
– Qui a renversé du lait sur la nappe ? – Lui ! (Synth)
Les répliques courtes (notamment monosyllabiques) ont toujours une nuance synthétique, mais il faut déterminer dans chaque cas particulier si cette nuance relève de la modalité ou seulement de la submodalité.
– Donc, tu viens avec moi ?
– Je viens.
La réponse du partenaire dans ce dialogue est qualitative par son contenu, mais monosyllabique, donc synthétique par sa forme. Très probablement, pour le protagoniste, elle a le sens de « oui » et aura donc une modalité synthétique. Cependant, dans le dialogue :
– Tu viens ou tu voles ?
– Je viens.
La réponse du partenaire, bien que monosyllabique, a pour contenu principal une nuance qualitative (« je viens, pas je vole ») et sa modalité est donc qualitative.
En principe, toute énonciation sensée (« pensée achevée ») porte en elle l’influence de l’archétype synthétique, et si cette énonciation ne contient pas de marqueurs qualitatifs ou subjectifs importants, elle est synthétique. Cependant, l’absence de marqueurs qualitatifs et subjectifs est une exception rare dans le langage.
Marqueurs stylistiques synthétiques.
La modalité synthétique est toujours associée à l’aphorisme – une expression brève mais énergique dont le sens dépasse la somme des significations de ses mots.
La modalité synthétique est liée à la sagesse populaire exprimée par des proverbes, dictons, etc.
Toute image unique, notamment utilisée dans les métaphores, relève de la modalité synthétique :
– Tu ressembles à un chameau dans le désert qui n’a pas vu d’eau depuis une semaine. (Synth)
– Je t’attends comme une princesse dans sa tour. (Synth)
Cependant, les comparaisons par qualité ou par analogie qui ne proposent pas une image achevée peuvent avoir une modalité qualitative ou subjective :
– Pourquoi es-tu si en colère aujourd’hui, comme si on t’avait mordu ? (Qual)
– Elle était belle – comme du soufre ou une gazelle. (Subjectif)
Les gestes qui accentuent la modalité synthétique sont des mouvements de la tête ou du corps entier comme une unité, des gestes de rassemblement avec les mains (comme si vous modeliez une boule de neige ou ramassiez des noix éparpillées en tas), des gestes dessinant dans l’air des figures fermées, par exemple des cercles ou des ovales. Un geste synthétique caractéristique est l’index levé solennellement (surtout combiné avec l’exclamation : « Voici ! »).
On peut attribuer aux marqueurs stylistiques synthétiques l’élévation du ton de la voix et une intonation de signification accrue. Ces marqueurs se manifestent particulièrement clairement lorsqu’ils sont combinés avec des marqueurs cognitifs synthétiques, par exemple lors de l’adresse à une personne par son nom, mais parfois ils « fonctionnent » seuls :
– Je veux vous parler, (significativement) Mikita Féraponytch ! (Synth)
– Comprenez-moi, j’ai besoin d’un homme. (expressément) UN HOMME ! (Synth)
Proverbes et expressions idiomatiques sous la protection de l’archétype synthétique :
Le saint des saints.
Dieu protège ceux qui se protègent.
La langue russe est grande.
Dieu est un vieux faiseur de miracles.
C’est ainsi.
La volonté de Dieu est notre part.
Exercice. Rappelez-vous des proverbes et expressions idiomatiques que vous connaissez en modalité synthétique.
Exercice. Réfléchissez aux marqueurs synthétiques de fond – existent-ils ?
Marqueurs cognitifs qualitatifs.
Ces marqueurs incluent les adjectifs, adverbes, participes et verbes accentués dans le discours :
– Tu es si gentil aujourd’hui, si rose !
– J’ai couru vers toi, j’ai lutté, tombant, me brisant et recommençant à lutter ! (qual)
Marqueurs stylistiques qualitatifs.
Les gestes qui accentuent la modalité qualitative sont des mouvements fluides de l’avant-bras dessinant des figures arrondies mais non fermées (comme des parenthèses, des lignes ondulées, etc.), des gestes standards désignant des qualités (grand – mains écartées largement, rapide – mouvements fréquents des mains pliées, etc.) :
– J’ai besoin d’un garçon – (probablement) beau… et si… lisse… (qual)
Proverbes et expressions idiomatiques sous la protection de l’archétype qualitatif :
L’homme russe aime pouvoir.
J’irai me promener, bâiller à la lumière du jour.
Pas raboté, pas équarri, mais jeté.
Exercice. Rappelez-vous des proverbes et expressions idiomatiques que vous connaissez en modalité qualitative.
Exercice. Réfléchissez aux marqueurs qualitatifs de fond – existent-ils ?
Marqueurs cognitifs subjectifs.
Ces marqueurs incluent avant tout les noms de sujets ou de phénomènes accentués dans le discours qui sont des noms :
– Tu as besoin d’un préservatif ? ! (Subjectif)
– Voici ma main ! (Subjectif)
– Et qu’est-ce que tu y as vu ?
– Une éclipse ! (Subjectif)
Les noms propres acquièrent une modalité subjective lorsqu’ils sont énumérés comme différents objets formant un ensemble :
– J’ai été à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Jmerynka et à Paris.
– Aujourd’hui, sont passés Izmaïl avec Izote, Gavrilo avec Galaktion et Avrora avec Agaphia. (Subjectif)
Marqueurs stylistiques subjectifs.
Les gestes qui accentuent la modalité subjective sont des mouvements précis et nets, comme des pointages avec le doigt ou des gestes de désignation, des mouvements de la main qui « saisissent » l’objet dans l’espace.
Les gestes qui accentuent la modalité matérielle sont des mouvements de pinceaux, de pieds, de doigts isolés (par exemple, le geste de la figue), qui s’achèvent par un arrêt brusque de la main dans l’air ou sur un objet matériel (comme une claque sur la table, sur l’épaule du partenaire ou sur sa propre cuisse, ou encore la main pressée contre le cœur). Un geste typiquement « matériel » consiste à plier successivement les doigts en comptant « un, deux, trois… ». Les intonations matérielles sont souvent saccadées et descendantes, concrètes, « ancrées dans le réel ».
— Il me faut des baies : (ancré dans le réel) cerises, fraises, framboises. (Mat)
— Apporte-moi, s’il te plaît, (en baissant le ton) un couteau. (Mat)
Proverbes et expressions idiomatiques sous l’égide de l’archétype matériel :
« Ce chêne, ce vêtement, ce levain, ce pain, cet enfant pleure. »
« Les gens, les uns sur Dieu, les autres sur le diable. »
« Ni fond ni couvercle pour toi. »
« C’est comme ça. »
« Ou une poignée de foin, ou les fourches dans le dos. »
Exercice. Rappelez-vous des proverbes et expressions idiomatiques que vous connaissez dans la modalité matérielle.
Exercice. Réfléchissez aux marqueurs matériels contextuels — existent-ils ?
Exercice. Donnez des exemples supplémentaires de modalités synthétiques, qualitatives et
предметних marqueurs. Exercice. Inventez a) une réplique synthétique, b) une réplique qualitative et c) une réplique предметная pour chacune des situations suivantes, ainsi que pour cinq situations de votre choix.
1. Présentation d’un vieil ami à un groupe de jeunes.
2. Salutation du chef le lundi matin.
3. Salutation de la secrétaire le lundi matin.
4. Demande de café au lit adressée à l’épouse.
5. Annonce de départ une heure plus tôt pour raisons personnelles.
Exercice. Inventez pour les situations dialoguées suivantes et cinq situations de votre choix des dialogues de deux répliques dans les modalités :
a) synthétique – synthétique
b) synthétique – qualitatif
c) synthétique – предметный
d) qualitatif – synthétique
e) qualitatif – qualitatif
f) qualitatif – предметный
g) предметный – synthétique
h) предметный – qualitatif
i) предметный – предметный
1. Proposition au fils préféré de prêter attention aux besoins de la mère.
2. Excuses adressées au frère aîné pour un retard à un rendez-vous.
3. Demande au chef de reporter l’échéance d’une tâche pour raisons valables.
4. Reproche émotionnel injuste adressé à une poupée.
5. Accusation juste adressée à la fille pour avoir semé le chaos.
Exercice. Déterminez les modalités triadiques des phrases écrites et des transmissions orales suivantes (celles-ci commencent par un tiret), ainsi que de cinq transmissions de votre choix. Indiquez les marqueurs triadiques.
1. Toute notre vie n’est qu’un jeu aux yeux du Seigneur.
2. Et je me suis lancé sur les routes tracées par le destin.
3. – Je suis impuissant face à toi, impuissant !
4. – Kouzma a échoué à son examen.
5. – Vassilissa !
6. – Et, Lioubomir, imaginez donc ma situation !
7. – Et la conscience, Varvara, vous en avez une ?!
8. Et, figurez-vous, notre cher Tarik s’envole vers le ciel… et pour toujours.
9. – (Montrant une combinaison de trois doigts au partenaire) Mais vous, excusez-moi, avez-vous déjà vu un doigt d’honneur ?!
10. – Eh bien, tu ne seras pas lésé, toi.
11. Prépare-toi, mon cher, prépare-toi.
12. Moi, je préfère rester sur l’étagère du haut.
13. – Excusez-moi, Ivan Iefremovitch, s’il vous plaît, pardonnez-moi.
14. – Et voici, faites connaissance : notre meilleur spécialiste en larcins, un juriste au parcours impressionnant, connu dans tout notre oblast – c’est Rafaïl Falaleïevitch !
15. – Non, vous n’obtiendrez jamais cela de moi !
16. – Et vous, Akoulina Terentievna, faites un effort, dépêchez-vous.
17. – Tu es donc, à ce que je vois, un misérable à mes yeux !
18. – Non, je n’ai rien, pas un clou, pas une vis !
19. L’épreuve succédait à l’épreuve, et la fin n’était pas en vue.
20. En s’incarnant dans le monde des humains en tant qu’avatar, Vishnou attire l’attention de nombreux démons et les frappe sans pitié.
21. – Et moi je te dis : c’est bien Savéli, comme Savéli !
22. Aucune route pavée ni même aucun sentier n’y mène.
23. Et près de la fenêtre, dans un pot, on ne peut manquer de remarquer un énorme… (montre avec les mains) cactus !
24. – Chez nous, hélas, cette vermine suceuse de sang est très répandue – surtout ces… comment déjà… (il cherche) moucherons !
Exercice. Déterminez les modalités triadiques des transmissions suivantes et de cinq transmissions de votre choix. Indiquez les marqueurs triadiques.
1. – Ton ventre est insatiable !
2. – Oh !
3. – Cours vite par le chemin, par les sentiers, jusqu’à la mer.
4. – Vous tenez des propos doux, Leonti Platonovitch, étranges et incompréhensibles !
5. – Stop !
6. – Tu quoi, Paramon, tu es né hier ?
7. – Toi, Antonido, tu coucoues comme un coucou tous les jours.
8. – Et voilà que la nature elle-même nous le murmure…
9. – Eh bien, toi, Éraste, tu es un jars !
10. – Et toi, marche pieds nus sur la rosée du matin, sur l’herbe verte, douce, fraîche et froide.
Exercice. Modifiez les transmissions suivantes pour qu’elles prennent :
a) une modalité synthétique,
b) une modalité qualitative,
c) une modalité предметная.
1. – Je t’attends.
2. – Hier, Clément est passé me voir.
3. – Ben, je ne sais pas.
4. – Ça, il ne faut pas.
5. – Vous pensez donc vraiment cela de moi ?
6. – Ce qui fait rire les autres ne me fait pas rire.
7. – Et si on y allait tout de suite… dans la rivière ?
8. – Votre raisonnement me semble peu fondé.
9. – Le canon du Tsar n’a jamais tiré de sa vie.
10. – La langue est l’âme d’un peuple.
11. – Que tu le veuilles ou non, il faudra bien te marier.
12. – Le savoir des anciens Grecs était bien inférieur au nôtre, mais eux, deux mille ans plus tard, on s’en souvient encore, alors qui se souviendra de nous dans deux décennies ?
13. – Hi-hi.
14. – Te souviens-tu de nos rencontres en Crimée ?
15. La coupe sacrée est un symbole bien plus ancien que l’épée, symbole de domination masculine primitive.
16. – Mange, mon fils, ta bouillie.
17. – Et maintenant, il serait bon d’entendre l’avis du responsable du service territorial.
18. Le soir tombait.
19. Une personne intelligente ne se lancera pas dans des obstacles inutiles.
20. – Nous ne sommes pas d’accord sur de nombreux points.
Exemple.
1a) – Je t’attends. (Synthétique)
Je t’attends, Prokofeï Platonovitch. (Synthétique)
Je t’attends comme un jars gris attend sa promise. (Synthétique)
1b) – Je t’attends, je t’attends sans cesse. (Qualitatif)
Je t’attends, mon doux, tendre et tant désiré, à en souffrir. (Qualitatif)
1c) – Je t’attends, mon oisillon, mon petit faucon-pigeon, mon lapin-poisson. (Предметный)
Exercice. Répondez aux demandes suivantes et à cinq demandes de votre choix :
a) en modalité synthétique,
b) en modalité qualitative,
c) en modalité предметная.
1. – Comment vous appelez-vous, belle inconnue ?
2. – Parlez-moi de votre vie.
3. – Pardonnez à cet idiot ! (geste vers le chef)
4. – Réfléchis longtemps, mais agis vite – c’est ainsi, mon ami Pantéléïmon !
5. – Et toi, Anphissa, pourquoi ne pas aller au marché ?
6. – Tes combines, Trifon Fedotytch, me restent en travers de la gorge !
7. – Partir à Saint-Pétersbourg sur le tard, à votre âge…
8. – Imposer des ordres occidentaux en Russie est une idée aussi ancienne que désespérée ! Et vous, qu’en pensez-vous ?
9. – Je vous invite, Vladimir Sviatoslavovytch, à nous rendre visite dans notre région, un peu à l’est de l’Ienisseï.
10. – Chut ! Ne crie pas après les chats des autres, même la nuit, Шустрик !
Exemple.
1a) – Bronislava. (Synthétique)
– Comme mes parents m’ont nommée. (Synthétique)
– Aucune idée. (Synthétique)
1b) – Quelle drôle de question ! (Qualitatif)
– On m’a appelée, on m’a appelée, mais personne ne s’en souvient vraiment. (Qualitatif)
1c) – Et si vous me demandiez plutôt à propos de mes yeux et de mes oreilles, de mes genoux et de mes petits pieds ? (Предметный)
Exercice. Rédigez, pour chacune des situations suivantes (tirées de la vie scolaire), un petit récit en trois modalités : synthétique, qualitative et предметная.
1. Comment je suis allé à la rivière avec le chien Шустрик.
2. Comment les professeurs ont essayé de m’apprendre à l’école.
3. Comment les filles de ma classe me tourmentaient.
4. Comment les garçons m’ont testé pour voir si j’étais solide.
5. Comment j’ai préparé des syrniki.
6. Comment j’ai brodé un mouchoir pour ma mère pour le 8 mars.
7. Comment j’ai passé l’aspirateur dans l’appartement.
8. Comment mon père m’a fait honte.
9. Comment je me suis accroché à des inconnus de manière absurde.
10. Comment j’ai fait un maquillage avec les cosmétiques de ma mère et ce que ça a donné.
Exemple. Récit « Comment je suis allé à la rivière avec le chien Шустрик ».
a) Шустрик est mon ami. Moi, je suis son maître. Nous sommes inséparables. Hier, nous sommes allés à la rivière. Le temps était magnifique. La pluie tombait à verse. Je sautais dans les flaques. Шустрик aboyait après les vaches. La rivière avait débordé. Mais les vaches n’avaient pas peur ni de la rivière ni de Шустрик. Puis notre père nous a retrouvés. Il a grondé longtemps, tonnant comme un orage. Et maman, à la maison, a pleuré toutes les larmes de son corps. (Synthétique)
b) J’aime Шустрик plus que tout, de manière incroyable. Il est tout bouclé, joyeux, bondissant, incapable de rester en place. Hier, nous avons décidé de nous promener, de nous reposer, de visiter différents endroits. Car la rivière n’est pas loin de chez nous – petite, rapide, froide, sinueuse. Dès le matin, nous sommes partis : je courais, et Шустрик sautait, aboyait, s’amusait. Puis la pluie est tombée – d’abord légère, puis forte, tiède, humide, tout aussi joyeuse et espiègle. Et devant nous passaient des vaches – grandes, brunes, blanches, grises, cornues ou sans cornes, toutes trempées. Près de la rivière, notre père, trempé, en colère et triste, nous a retrouvés – et il a grondé, grondé, grondé… Il s’avère que maman nous attendait à la maison, très inquiète, et elle a pleuré. (Qualitatif)
c) J’aime beaucoup Шустрик – surtout ses pattes, son cou et sa queue. Il a aussi de la fourrure, un nez, des oreilles et un museau. Hier, nous sommes allés à la rivière : d’abord à travers champs, puis par le pont, ensuite par un autre chemin, à travers un ravin et un ruisseau, puis à travers un petit bois et un champ. Là, nous avons vu des vaches, des veaux, des taureaux et des génisses. Puis la pluie est tombée, une averse, presque de la grêle, et des torrents d’eau. La rivière est sortie de son lit. Et c’est alors qu’est arrivé notre père. Il nous a ramenés à la maison, où maman nous attendait avec du thé à la confiture de cerises et une tarte au chou. (Предметный)
Donnez une réponse aux interventions suivantes du protagoniste de manière à ce qu’il comprenne que vous avez perçu sa réplique :
a) en modalité synthétique,
b) en modalité qualitative,
c) en modalité objective. Faites de même pour cinq interventions de votre choix.
1. – Je t’ai apporté un chiot, Virinéa.
2. – Varvara, aujourd’hui le temps est magnifique.
3. – N’est-ce pas, Kiriak, qu’il n’y a rien chez moi qui vous plaise ?
4. – Il est temps de s’asseoir pour les leçons, Vilia !
5. – Ça ne va vraiment pas fort pour toi, Nathanäel ?
Exemple.
1a) – Quelle sage pensée, Raphaël !
1b) – Tu as apporté ? Mieux aurait valu dire : tu as traîné !
1c) – Quel chiot encore, que voilà ?
Exercice. Inventez trois saynètes sur les thèmes suivants et sur cinq thèmes au choix. Les personnages doivent s’exprimer dans les modalités indiquées :
a) protagoniste – avant, partenaire – canard ;
b) protagoniste – canard, partenaire – singe ;
c) protagoniste – singe, partenaire – poper.
- L’impresario Antoine (protagoniste) tente de convaincre la star de la chanson Klavisia de partir en tournée dans la ville polaire de Zamoje. La star est effrayée par le froid et les ours blancs.
- Un agent immobilier et un client visitent une maison de campagne avec un terrain. Le client s’intéresse et fait des caprices.
- Onisifor Onoufriovitch, directeur de l’agence de voyages « Niagara », envoie son employé Protase en Afrique centrale pour préparer un futur circuit. Protase n’a pas envie d’y aller et refuse, proposant ses propres options.
- Sur la route, une femme tombe en panne de voiture. Elle fait de l’auto-stop et demande au chauffeur d’un camion arrêté de l’aider.
- Faust essaie de donner une mission à Méphistophélès. Le diable refuse sous divers prétextes.
Exercice. Inventez des saynètes sur les thèmes suivants et sur cinq thèmes au choix. Les personnages doivent s’exprimer dans les modalités proposées. Puis rédigez de nouvelles saynètes sur les mêmes thèmes en changeant les modalités, tout en conservant les positions des personnages : singe passe à canard, canard passe à avant, avant passe à singe.
- Trois sages : Pitirim (singe), Mokéï (canard) et Clément (avant) débattent du karma : comment il se manifeste dans la vie humaine et comment mieux l’accomplir.
- Érofeï (singe), amoureux de Suzanne (canard), présente la jeune fille à sa mère Akoulina Manouïlovna (avant).
- Le canapé (singe), la table à manger (canard) et la lampe sur pied (avant) de Victor, en son absence, discutent de la nécessité de marier leur maître et évoquent une candidate possible : son ancienne connaissance, Clarisse.
- Le guerrier primitif Dent-de-Mammouth (avant), son épouse Fleur-du-Matin (canard) et leur fils Flèche-Accérée (singe) discutent de leurs projets pour le dimanche.
- Le chah Abdallah (singe) annonce à ses épouses Zoulfia (canard) et Zaréma (avant) sa nouvelle passion : une jeune fille prénommée Gülchatay. Les épouses s’intéressent et prodiguent des conseils.
TRIADES MODALES COMPLEXES
Dans de nombreux cas, la modalité principale de transmission contient une nuance ou une sous-modalité correspondant à une autre (ou à la même) triade modale : il en résulte une modalité triadique complexe. Examinons leurs types possibles.
Modalité singe(singe). La modalité synthético-synthétique apparaît, par exemple, lorsqu’on révèle le nom d’une personne par un autre nom ou une image métaphorique :
- – Et maintenant, devant vous se produira la fierté de notre cirque : l’athlète Vassili, surnommé « Muscle ». singe(singe)
- – Permettez-moi de vous présenter : mon ami Apollos, l’Everest intellectuel de notre époque. singe(singe)
Autres exemples :
- – Je vous présente Zinovi Kalistratovitch. singe(singe)
- – Et voici Guédéon, de « La Canard affamé ». singe(singe)
- – Et voici Amvrossi de Toula. singe(singe)
- – Enchanté : Absalom Podvodny. singe(singe)
- – Moi, c’est Jora, fils de Timofeï. singe(singe)
- – Tu es Agathon ? singe(singe)
Une autre façon d’obtenir la modalité singe(singe) consiste à accentuer un nom propre ou un pronom personnel jusqu’à une brièveté aphoristique (ces répliques apparaissent surtout à l’oral) :
- La capitale de notre patrie, c’est Moscou. singe(singe)
- – Qui es-tu allé voir aujourd’hui ? – Andronik. singe(singe)
- – À qui as-tu encore fait des misères aujourd’hui ? Répète ! – Agathange ! singe(singe)
Proverbes et dictons en modalité singe(singe) :
- Là où se trouve Sainte-Sophie, il y a Novgorod.
- La voix du peuple a trahi le Christ.
Exercice. Inventez des situations où apparaît la modalité singe(singe).
Exercice. Modifiez les transmissions suivantes pour leur donner la modalité singe(singe). Faites de même pour cinq transmissions de votre choix.
- – Je ne veux absolument pas t’accompagner à la montagne, Éréméï, jamais de la vie !
- – Le soir approche, il commence à faire froid…
- – Mon père travaille au ministère !
- – Que tu disparaisses sur place !
- – Aïe !
Exercice. Répondez aux interventions suivantes et à cinq questions de votre choix en modalité singe(singe).
- – Quel démon t’a amené ici, Agapit ?
- – Ce ne serait pas mal de se détendre dans un sauna…
- – Qu’est-ce qui te met ainsi en colère, votre grâce ?
- – Apparemment, tu ne m’as pas tout à fait oubliée, Nifonte !
- – Eh bien, écouter tes sornettes, je n’ai pas encore perdu la tête, Bronislav.
Exercice. Dans les situations suivantes et dans cinq situations de votre choix, inventez des interventions en modalité singe(singe).
- Invitation à un vieil ami à déjeuner au café « Flocon ».
- Accusation portée contre une nouvelle poupée de se vanter.
- Supplication à un animal de ne pas mendier.
- Invitation d’une secrétaire subalterne à comparaître devant le grand patron.
- Annonce d’un petit contretemps à un subordonné.
Modalité singe(canard). La modalité synthético-qualitative est typique des noms propres et des appellations incluant des attributs qualitatifs, par exemple : Ivan-le-Simple, Vassilievitch, John-le-Vagabond, le Beau, le Gringalet, « Gourmand », « Tendresse ». Dans cette même modalité résonnent aussi des images métaphoriques à fort accent qualitatif, par exemple :
- – Tu ressembles à un singe – vieux, hideux, desséché. singe(canard)
- – Notre conversation s’écoulait comme un large fleuve paisible. singe(canard)
Dans la modalité singe(canard) s’expriment aussi des répliques courtes avec un accent sensible (mais pas excessif) sur l’action ou la propriété :
- L’oie et le cochon – « mauvais » compagnon. singe(canard)
- Je pars à Saint-Pétersbourg. singe(canard)
Dans les dialogues, cette modalité se manifeste souvent par des répliques d’un ou deux mots qui sont des adjectifs, des participes ou des verbes – à condition que ces mots ne soient pas essentiels au sens de la réplique et puissent être remplacés sans grand dommage par des mots comme « oui » ou « non ». (Si l’accent sémantique est fort sur le mot utilisé, on obtient la modalité canard(singe) – voir description ci-dessous.)
- – Alors, ton Amvrossi – il se marie enfin ? – Il se marie, mon cher. singe(canard)
- – Alors, ma fiancée est-elle belle ? – Belle. singe(canard)
Les répliques typiques en modalité singe(canard) sont aussi les exclamations émotionnelles brèves :
- Oh ! singe(canard)
- C’est effrayant ! singe(canard)
- Pff ! singe(canard)
- Hourra ! singe(canard)
Proverbes et dictons en modalité singe(canard) :
- Moscou est la mère de toutes les villes.
- La Volga, on la remonte longtemps, le Danube, on le descend largement.
- Pas de quoi avoir peur. Chez les gens, Ilia, mais à la maison, un cochon.
- Un cochon ressemble à un cochon.
Exercice. Inventez des situations où apparaît la modalité singe(canard).
Exercice. Modifiez les transmissions suivantes et cinq transmissions de votre choix pour leur donner la modalité singe(canard).
- – Votre absence, Boudimir Khristoforovitch, est peut-être possible, mais très indésirable – je vous demande d’en tenir compte !
- – Et moi, peu importe – qu’on me fourre au four ou qu’on me renvoie !
- – Et toi, Aristarque, tu n’es qu’un torchon !
- – Comme tu es lumineuse aujourd’hui, Sara – presque transparente !
- – Et voici notre grand-mère Taïssia Arsenievna !
Exercice. Répondez en modalité singe(canard) aux interventions suivantes et à cinq questions de votre choix.
- – Quelle couleur de robe te faut-il ?
- – Où est ta conscience, Askold ?
- – Ta chère souffre, Boleslav.
- – Pourquoi es-tu si bête, Apollos ?
- – Oh là là, Florentine !
Exercice. Dans les situations suivantes et dans cinq situations de votre choix, inventez des interventions en modalité singe(canard).
- Doute public face à une offre proposée par un partenaire.
- Déclaration d’amour sur une patinoire.
- Invitation d’une nouvelle connaissance à un cocktail ce soir.
- Refus d’une invitation à un cocktail ce soir.
- Admiration privée des compétences professionnelles de sa jeune épouse.
Modalité singe(avant). La modalité synthético-objective est typique des surnoms et des appellations à contenu concret, par exemple : Joe-l’Anneau, Nez-Court, Oreilles-Décollées, « Les Trois Boulettes », « Os-Sec ».
Cette modalité s’applique aux comparaisons à accent subjectif, par exemple :
- — Tu es, Panas, un vrai crocodile avec une queue ! syn(préd)
- — Elle ressemble à un collier de 108 perles. syn(préd)
Dans la modalité syn(préd), on entend des répliques courtes mettant l’accent sur un objet non nommé (non unique), exprimé par un concept générique :
- — Donne-moi de la confiture. syn(préd)
- — Tu es contre moi ? Tu es comme une oie face à un autruche ! syn(préd)
Dans cette même modalité, on trouve aussi, dans les dialogues oraux, des réponses brèves d’un ou deux mots, contenant des termes peu informatifs pour les interlocuteurs, ou employés au sens figuré, par exemple :
- — Tu as pris ton parapluie ?
- — Un parapluie ?! syn(préd) (dans cette dernière réplique, le mot « parapluie » n’est pas informatif, car il n’apporte aucune nouvelle information à l’interlocuteur ou au protagoniste).
- — Eh bien, dis-moi qui je suis pour toi ?
- — Une oie. syn(préd)
Les expressions idiomatiques et proverbes dans la modalité syn(préd) :
Novgorod est le père, Kiev la mère, Moscou le cœur, Saint-Pétersbourg la tête.
Qui se dit groseille doit grimper dans le panier.
Du pain et du sel.
Exercice. Imaginez des situations où la modalité syn(préd) émerge.
Exercice. Modifiez les énoncés suivants et cinq autres de votre choix pour qu’ils adoptent la modalité syn(préd).
- — Il fait froid, il fait froid !
- — (D’un ton menaçant) Opane !
- — Je propose de nous retrouver au restaurant « Élisée ».
- — Saint-Pétersbourg, ce n’est pas Moscou !
- — Très heureux de faire votre connaissance, Christine !
Exercice. Répondez aux questions suivantes et à cinq autres de votre choix dans la modalité syn(préd).
- — Pourquoi la poignée de votre fer à repasser en fonte est-elle cassée ?
- — J’ai un bouton sur le nez ! Juste au bout, il a poussé !
- — Avec moi, c’est simple : que ce soit en plein front ou sur le côté, je ne comprends rien.
- — Vous savez ce que c’est, le mal de mer ?!
- — Non, mon petit, tu n’es pas encore grand par l’esprit.
Exercice. Dans les situations suivantes et cinq autres de votre choix, inventez des énoncés dans la modalité syn(préd).
- Invitation d’une nouvelle connaissance à dîner pour déguster de la dinde rôtie.
- Plaintes d’un médecin concernant des douleurs dans son corps.
- Appel au juge pour lui demander de calmer le procureur.
- Doute exprimé par le public quant à la sincérité des éloges d’un vieil ennemi.
- Proposition à un invité de boire du thé vert.





