(О.Л. редактор), candidat ès sciences physiques et mathématiques B. M. Volodymyrsky, candidat ès sciences philosophiques L. V. Golovanov, candidat ès sciences géographiques R. F. Ousmanov, candidat ès sciences physiques et mathématiques N. P. Tsymakhovytch 2090′-204. БЗ-^5-28-76 004(01)-76 © Éditions « Dumka ». 1976
PRÉFACE
La vie nous offre parfois des rencontres avec des personnes intéressantes. Il y a bien des années, j’eus la chance et le grand plaisir de faire la connaissance de l’un des fondateurs de la biologie spatiale nationale — l’auteur de cet ouvrage. Le livre que nous proposons aujourd’hui à l’attention des lecteurs est l’œuvre d’un éminent savant soviétique, le professeur A. L. Tchijevski (1897-1964), et il est consacré à un problème d’actualité : l’étude des liens entre la biosphère de la Terre et l’activité solaire.
Que le Soleil soit à l’origine de la naissance et de l’existence de la vie sur notre planète, ainsi que la cause de la plupart des processus physiques et chimiques qui s’y déroulent, est une vérité triviale, connue depuis des temps immémoriaux. Cependant, son rôle est bien plus important et complexe que ce que l’on supposait auparavant. Alexandre Leonidovitch Tchijevski eut l’honneur de démontrer scientifiquement que, pour le monde organique de la Terre, ce qui est essentiel, ce n’est pas seulement l’énergie constamment rayonnée par le Soleil, mais aussi les variations de la « solarité », ou activité solaire, qui apparaissent périodiquement.
Puisque le flux de rayonnement thermique du Soleil est pratiquement constant, et que les changements qui se produisent dans les couches supérieures de l’atmosphère terrestre en fonction de l’activité solaire semblaient sans importance pour les couches inférieures, on considérait jusqu’à récemment l’enveloppe paysagère de notre planète comme un système isolé et auto-organisé. Quant aux organismes vivants, on estimait que l’évolution prolongée aurait dû leur permettre de développer des mécanismes de protection appropriés contre l’influence de l’augmentation de l’activité solaire. En d’autres termes, dans la science de la vie, les idées géocentriques continuaient de prévaloir.
N’est-ce pas pour cette raison que les travaux pionniers de Tchijevski n’ont pas été dûment appréciés par ses contemporains ?
Le présent livre, fruit de recherches minutieuses et de généralisations audacieuses, a vu le jour pour la première fois à l’étranger sous le titre « Les Épidémies et les perturbations électromagnétiques du milieu extérieur ». L’auteur l’a rédigé en français à la demande officielle de la maison d’édition parisienne « Hippocrate ». Publié il y a 36 ans, il conserve encore toute sa fraîcheur. Son contenu semble s’adresser directement à nos contemporains. Mais il sera particulièrement précieux pour les chercheurs qui abordent la résolution pratique des questions liées à l’étude des liens Soleil-Terre.
L’érudition immense de l’auteur et la force de ses généralisations scientifiques, qui semblent parfois éloigner des faits apparemment sans lien, sont très instructives, et avant tout pour la jeunesse qui s’engage dans la science.
Ce livre ne manquera pas d’attirer l’attention d’un large public intéressé par les problèmes brûlants de la science naturelle moderne. L’intérêt des savants sera d’autant plus vif que la méthode d’exposé y est adéquate à la méthode de recherche, et que la puissance du synthèse scientifique s’allie à l’originalité de la pensée de l’auteur.
On ne peut s’empêcher de se rappeler l’expression de Friedrich Engels : « La forme de développement de la science naturelle, dans la mesure où elle pense, est l’hypothèse… Si nous voulions attendre que le matériel soit prêt sous une forme pure pour la loi, cela signifierait suspendre jusqu’alors la recherche pensante, et rien que pour cette raison, nous n’obtiendrions jamais rien. »
Chercheur infatigable de la nature, A. L. Tchijevski a découvert que les fluctuations d’intensité des divers processus de masse sur notre planète sont synchrones. Il était logique de supposer que, dans la dynamique des systèmes biologiques à tous les niveaux de leur organisation naturelle, se reflète l’influence non stationnaire et non homogène du Soleil, et qu’il ne suffit plus de considérer notre astre comme une simple source d’énergie rayonnante.
Les premières réflexions d’A. L. Tchijevski à ce sujet furent exprimées à Kalouga en octobre 1915, dans une conférence intitulée « L’Influence périodique du Soleil sur la biosphère de la Terre ». Ce n’étaient alors que de hardies hypothèses fondées sur un nombre relativement limité de faits et d’observations. L’accumulation ultérieure de matériel factuel conduisit Tchijevski à une conviction absolue : la périodicité des flambées d’épidémies et de pandémies, des epizooties et des épiphyties est directement liée aux perturbations des facteurs physiologiques du milieu extérieur (« cosmo-tellurique »).
Cette idée incita Tchijevski, en 1928, à entreprendre l’étude expérimentale de cette question — il communiqua les résultats de ses travaux dans un article intitulé « Le Rayonnement cosmique comme facteur biologique », publié en 1929 dans le « Bulletin de l’Association bio-cosmique internationale » (Toulon).
En 1927-1928, la « Revue médico-russo-allemande » ¹, dirigée par N. A. Semachko, publia une série d’articles de Tchijevski dans lesquels il démontrait de manière convaincante que de nombreuses perturbations fonctionnelles et organiques dans l’activité et le développement des systèmes biologiques — des organismes individuels aux populations — sont liées aux changements du milieu physico-chimique, dont la source réside dans les influences cosmiques, notamment les variations brutales et les perturbations du cours normal des processus physiques sur le Soleil.
Par ses recherches, Tchijevski a élargi notre compréhension des conditions d’existence de la vie sur la Terre, démontrant scientifiquement l’existence de liens constants entre la biosphère et les facteurs cosmiques — désormais, l’idée de « milieu extérieur » inclut également l’espace cosmique.
La formulation même du problème « Soleil — biosphère » (voir la bibliographie en fin d’ouvrage), dès le début des années 1920 et sur une base pratique, doit être reconnue comme une contribution majeure du savant.
Les travaux de Tchijevski ont attiré l’attention la plus vive des savants, tant dans notre pays qu’à l’étranger, représentant les disciplines les plus variées. La presse large a réagi par des réponses extrêmes — allant de l’enthousiasme le plus vif aux critiques les plus acerbes. C’est ainsi que les choses se passent souvent lorsque, dans la science, une nouvelle problématique est soulevée et qu’une découverte est faite, ayant un rapport direct avec les intérêts vitaux de l’humanité.
Dans les recherches d’A. L. Tchijevski, se sont révélés étroitement liés la biologie générale, la physiologie et la médecine, d’une part, et la géophysique, la météorologie et l’astronomie, d’autre part. Des savants éminents (K. E. Tsiolkovski, P. P. Lazarev, V. M. Bekhterev, N. A. Morozov, A. A. Sadow, A. V. Leontovitch, ainsi que des chercheurs étrangers — Nordmann, Dubois, Smith, Brooks, Lessberg, etc.) ont reconnu l’importance fondamentale des travaux de Tchijevski, car ils apportaient à la science de nouvelles perspectives et soulevaient des problématiques inédites.
« Toutes ces généralisations et ces idées audacieuses sont exprimées par l’auteur pour la première fois dans la littérature scientifique, ce qui leur confère une grande valeur et suscite l’intérêt… », écrivait K. E. Tsiolkovski. « Cet ouvrage est un exemple de fusion des sciences en une seule, sur la base moniste de l’analyse physico-mathématique. »
En 1930, à Moscou, fut publié le livre de Tchijevski « Les Catastrophes épidémiques et l’activité périodique du Soleil » (tirage… 300 exemplaires), dans lequel l’auteur publia une partie des données statistiques qu’il avait recueillies sur les épidémies, afin de montrer le lien le plus étroit entre les réactions collectives des organismes vivants aux moindres changements de l’environnement, imperceptibles, causés par l’activité périodique du Soleil, et les épidémiologistes, restés jusqu’alors ignorés, tout comme la médecine pratique dans son ensemble.
Tchijevski présenta une nouvelle conception, bien réfléchie, des « catastrophes épidémiques », élargissant ainsi le cadre de compréhension des problèmes les plus obscurs de l’épidémiologie et soulevant, pour ainsi dire, le voile sur le « département machine » de la nature, où sont concentrés les mécanismes des phénomènes épidémiologiques.
« Notre tâche consistait, écrivait-il à la fin du livre, à présenter sous un angle large, général-biologique, la question de la transition des qualités vitales du virus de l’état latent à l’état actif sous l’influence des changements dans la substance physico-chimique environnante de l’organisme. » (p. 163).
Il absolutisait ses vues sur le mécanisme des troubles épidémiques. « … Nous ne prétendons pas du tout à leur infaillibilité. Elles ne doivent être considérées que comme une première tentative de construire une hypothèse de travail, rien de plus. » (ibid.)
En même temps, il mettait en garde les épidémiologistes contre une compréhension simpliste des causes complexes des épidémies. Le savant n’était pas assez naïf pour admettre que l’état connu de l’activité solaire expliquait à lui seul la propagation épidémique de telle ou telle maladie. « Ce genre de conclusion serait tout à fait erroné, soulignait Tchijevski, anticipant les objections possibles de ses détracteurs. L’activité du Soleil, selon toute probabilité, ne fait que favoriser (nous soulignons) les épidémies, en accélérant leur déclenchement et en intensifiant leur virulence. Il faut le comprendre ainsi : telle ou telle épidémie aurait pu, grâce à une série de facteurs biologiques, se produire même sans l’influence du facteur solaire, mais sans celui-ci, elle n’aurait pas surgi à l’année où elle s’est effectivement déclarée, et son développement n’aurait pas atteint la même force » (p. 162). Ainsi, Tchijevski concevait le rôle de l’activité périodique du Soleil comme un rôle de catalyseur. Il envisageait la possibilité de prévoir la probabilité d’apparition des épidémies et l’augmentation de la mortalité. Cependant, pour cela, les simples observations statistiques ne suffisaient pas : il fallait étudier en profondeur l’influence des changements brutaux du milieu physico-chimique, des processus électroniques dans les phénomènes de coagulation et de stabilisation des systèmes bactériens dispersés, porteurs d’ions de tel ou tel signe, et bien d’autres lois générales — des interactions globales de la biosphère avec la « solaractivité » périodique. Le savant cherchait à pénétrer l’essence des processus physico-chimiques, biophysiques et biochimiques, à saisir les mécanismes intimes de l’interaction du vivant avec l’environnement extérieur (au sens le plus large du terme), notamment des aéroions. Il élabora une théorie de l’échange organique de l’électricité (voir les *Travaux* du Laboratoire central de recherche sur l’ionisation qu’il dirigeait dans les années 1930, ainsi que son ouvrage fondamental *L’Aéroionisation dans l’économie nationale*, Moscou, 1960), mit en évidence une réactivité exceptionnelle, découvrit l’effet de prévention de ces perturbations par des modifications des propriétés des corynébactéries (voir le recueil *Médecine aéronautique et spatiale*, Moscou, 1963, p. 485-486), jeta les bases de l’analyse structurale du sang et révéla l’ordre géométrique du sang. *« Analyse structurale du sang en mouvement »*. Tout cela était intégré par Tchijevski dans un système unique d’interaction de l’organisme avec son milieu. Lorsqu’on pouvait croire qu’il dispersait ses forces, qu’il s’éparpillait, qu’il s’éloignait de la voie principale, il procédait du général au particulier pour revenir ensuite, à un niveau supérieur, aux questions initiales — mais déjà enrichi de nouvelles preuves. Telle était la dialectique de sa création.
Bien sûr, Tchijevski ne pouvait résoudre toutes les questions liées à la complexité des manifestations de l’activité solaire dans la biosphère — cette tâche dépasse les capacités d’un seul chercheur et exige les efforts communs de nombreux spécialistes issus de divers domaines scientifiques. Cependant, par ses travaux pionniers, il posa les fondements mêmes de l’héliobiologie, cherchant et trouvant souvent, dans le système d’interaction « organisme-milieu », les maillons clés qu’il soumettait à l’étude créative et expérimentale.
Les nouvelles données factuelles et les nouvelles connexions logiques accumulées par Tchijevski au moment où il commença à travailler sur l’ouvrage destiné à l’édition française renforcèrent encore sa conception générale. « Une nouvelle perspective sur les principaux éléments étiologiques du mécanisme épidémiologique et sur la variabilité de la virulence des bactéries, écrivait-il dans la préface, ouvre, semble-t-il, des perspectives absolument inattendues pour une lutte rationnelle contre les épidémies, une prophylaxie rationnelle de celles-ci et une thérapie des diverses maladies. Cette nouvelle perspective, comme celle des résonateurs électriques, doit être étendue aux cellules vivantes en général » (p. 23). Il convient de noter que le texte de cette édition fut préparé pour l’impression par A. L. Tchijevski lui-même peu avant sa mort. La rédaction veilla à préserver le style de l’auteur : la passion, l’enthousiasme, l’émotion qui imprègnent les pages de l’ouvrage apparaissent tout à fait justifiés — le texte respire la parole vivante. Il fallait posséder une intelligence profondément pénétrante pour, dès les années 1930, alors que la science se spécialisait et se différenciait de plus en plus, discerner la tendance objective de ces disciplines à se rapprocher, à s’entrelacer, à s’intégrer — une tendance qui ne s’est jamais manifestée avec autant de clarté qu’aujourd’hui.
Ce qui est particulièrement important dans ce « bienfaisant syncrétisme », selon l’expression de l’auteur, c’est l’application des méthodes d’une science à une autre, l’approche systémique et holistique de l’étude de phénomènes en apparence disparates (astronomiques et biologiques) entre lesquels une corrélation se révèle. « Nous pouvons désormais affirmer, écrit Tchijevski dans le premier chapitre, que dans les sciences de la nature, l’idée d’unité et d’interdépendance de tous les phénomènes n’a jamais atteint, dans l’esprit et le sentiment du monde comme d’un tout indivisible, la clarté et la profondeur qu’elle acquiert progressivement de nos jours » (p. 24). Ces mots semblent prononcés aujourd’hui. Pourtant, au moment où ce livre fut écrit, une telle idée ne trouvait pas encore d’écho. Les connaissances que la science contemporaine possédait sur les liens Soleil-Terre étaient loin d’être exhaustives (et aujourd’hui encore, elles ne peuvent être considérées comme complètes), et l’auteur lui-même le reconnaît. Mais l’actualité de la question qu’il soulevait ne fait aucun doute, et surtout, le matériel factuel disponible s’avéra suffisant pour prouver le lien étroit entre le vivant et le milieu cosmique. Il ne pouvait y avoir de doute : « Tant les rayonnements solaires que les rayonnements cosmiques sont les principales sources d’énergie qui animent les couches superficielles du globe terrestre » (p. 29).
Cependant, une question se posait : dans quelle mesure les processus physiologiques des organismes vivants dépendent-ils des fluctuations de cet apport énergétique ?
Dans l’immense océan de la vie, les naturalistes voient se dresser une multitude de processus entrelacés, en constante évolution et sujets à des perturbations périodiques. Chaque objet du monde vivant subit l’action d’une multitude de forces extérieures : « … tout être organique, à chaque instant donné, est à la fois lui-même et autre que lui-même » (F. Engels, *Anti-Dühring*, Moscou, 1969, p. 17). Là où, à la surface, ne semble régner qu’un jeu du hasard, une nécessité immuable se révèle avec une rigueur implacable dans la masse des événements. Notons que le hasard est toujours quelque chose de relatif et se situe toujours au point de rencontre des processus nécessaires. Le fortuit et le nécessaire sont dialectiquement liés dans chaque phénomène singulier, tandis que la masse d’événements fortuits, observés dans des objets plus ou moins homogènes, se caractérise par des régularités statistiques exprimant la mesure de la nécessité du hasard, de son caractère stochastique. Il était donc tout à fait naturel que Tchijevski ait choisi la méthode mathématico-statistique comme outil principal lors des premières étapes de l’étude des liens Soleil-Terre.
Après avoir analysé un vaste matériel dans une perspective historique, il remarqua que, avant les époques de catastrophes naturelles, les phénomènes étaient souvent associés à l’apparition de divers « signes », et que les systèmes de présages étaient, à toutes les époques, identiques en ce qui concernait les objets qu’ils annonçaient. Le plus souvent, ces systèmes avaient un caractère religieux, derrière lequel se cachait une source objective : les relations sociales et la réalité de la nature environnante. En s’abandonnant à la poésie des comparaisons et en exagérant le rôle des « signes » célestes, les Anciens tombaient dans le mysticisme. Pourtant, tout en critiquant ce dernier, de nombreux savants, faute de données scientifiques suffisantes, niaient l’existence d’un lien de causalité entre les maladies massives, les catastrophes naturelles et les facteurs cosmiques.
Tchijevski présente un aperçu historique des faits accumulés dans de nombreuses sources littéraires concernant le lien temporel entre les épidémies et la mortalité, d’une part, et les phénomènes météorologiques, géophysiques et cosmiques, d’autre part. Il généralise les informations sur les tentatives du siècle dernier pour établir un lien entre la morbidité et le processus solaire. La représentativité du matériel présenté dans les chapitres II et III plaide en faveur de l’hypothèse a priori de l’auteur. Mais cela, bien sûr, ne suffisait pas encore, et il se lança dans l’analyse mathématico-statistique des corrélations entre les épidémies et l’activité solaire.
Préalablement, il s’arrête sur l’origine et la nature de l’activité périodique du Soleil. Depuis lors, l’astrophysique a fait de grands progrès, et pourtant nous lisons avec un intérêt toujours vif le chapitre IV sur la nature des facteurs solaires qui déterminent les perturbations dans l’atmosphère et la croûte terrestre, ainsi que le chapitre V sur les perturbations électriques, magnétiques et électromagnétiques sur notre planète, nées de l’influence du Soleil sur le fonctionnement de diverses structures de la biosphère. Ce qui est intéressant, ce n’est pas seulement le matériel reflétant le niveau des connaissances hélio- et géophysiques contemporaines de Tchijevski, mais – bien plus encore – la démarche même de la pensée de l’auteur, orientée vers la résolution de la tâche qu’il s’est fixée.
« Nous avons profondément ancré en nous l’habitude de considérer que le Soleil est extrêmement éloigné de nous… Cependant, ce point de vue est radicalement erroné. Son erreur provient du fait que nous ne tenons pas compte d’un facteur des plus importants – les dimensions mêmes de l’astre et la masse qui y est associée, ainsi que l’étendue de sa surface rayonnante, c’est-à-dire la force de gravité du Soleil » et de sa puissance.
En effet, la Terre n’est éloignée de « la lampe du monde » que de 107 diamètres solaires, et si l’on ajoute à cela l’immense puissance des processus thermonucléaires qui s’y déroulent, on est bien obligé de reconnaître que notre planète se trouve dans le champ d’une influence d’une intensité colossale. L’énergie rayonnante du Soleil est la source principale de la plupart des phénomènes physico-chimiques dans l’atmosphère, l’hydrosphère et la couche superficielle de la lithosphère. Il était naturel de supposer que les variations brutales de cette énergie, liées au processus des taches, ne pouvaient manquer de se répercuter sur les phénomènes mentionnés. Mais tel n’est qu’un aspect de la question. Le processus périodique de formation des taches détermine également des phénomènes électriques et magnétiques dans la croûte terrestre et l’atmosphère. La synchronicité de l’apparition des processus hélio- et géophysiques témoigne de leur lien de cause à effet. À l’époque où Tchijevski écrivait son livre, les doutes à ce sujet étaient déjà rares. En revanche, la question du lien entre ces processus et le monde organique restait sujette à discussion.
Ayant admis comme évident le fait que « la vie terrestre et ses productions sont une énergie solaire transformée », le savant avait toutes les raisons de penser que les changements et écarts du second devaient nécessairement entraîner des modifications correspondantes dans le premier (voir p. 112). Il se tourne alors vers l’étude des données sur les épidémies et les pandémies (voir chapitre VI). L’examen d’un matériel statistique colossal issu des recherches épidémiologiques et la comparaison des dates de développement successif des maladies massives avec les dates de l’activité périodique du Soleil ont conduit Tchijevski à la conclusion que l’augmentation, l’extension et la virulence des épidémies et pandémies suivent, en règle générale, parallèlement à l’intensification du processus.
« L’astronome qui lit l’épidémiologie du choléra ne peut manquer d’être frappé par le fait que les années de tempêtes et d’ouragans solaires, qu’il connaît bien, provoquent de tels phénomènes graves, et que, à l’inverse, les années de calme et de paix solaire coïncident avec des années où l’humanité est libérée de la peur sans limites que ces phénomènes inspirent » (p. 120).
Pour s’assurer de la réalité du lien entre le choléra et d’autres épidémies avec l’activité périodique du Soleil, Tchijevski a utilisé une méthode qui reçut plus tard le nom de « méthode de superposition des époques ». Comme les données astronomiques attestent que l’activité du Soleil, en moyenne arithmétique, donne un cycle de 11 ans, le savant a construit un tableau offrant une représentation visuelle de l’ampleur des cycles solaires et de la répartition relative des années de maxima et de minima. Le zéro de la colonne – une sorte de base – a été pris comme référence des maxima. En additionnant les nombres de Wolf-Wolfer2 verticalement, Tchijevski a obtenu la courbe moyenne de l’activité solaire sur neuf périodes. Puis il a calculé la moyenne arithmétique à partir du nombre total de périodes. En utilisant le cadre des cycles solaires existant, le savant a inséré dans les mêmes cases les données statistiques sur les cas de choléra en Russie ; en additionnant tous les chiffres verticalement, il a trouvé la moyenne arithmétique de la même manière que précédemment. Les résultats obtenus ont été reportés sur un système de coordonnées, et sous les yeux s’est dessinée une image de parfait parallélisme entre deux séries de phénomènes : l’activité solaire et l’évolution des épidémies de choléra en Russie sur 100 ans (voir p. 131).
Cette méthode est encore largement répandue aujourd’hui dans les recherches héliobiologiques. La superposition des périodes sur une période réduit dans une large mesure l’influence des causes aléatoires sur le résultat général et permet de dégager les régularités qui se manifestent dans la répartition des phénomènes naturels massifs dans le temps, en lien avec l’activité solaire.
Tchijevski a obtenu des corrélations intéressantes entre l’évolution de l’activité solaire et les épidémies de grippe. L’analyse de ces données a ouvert la possibilité de faire des prévisions des épidémies de grippe. La réalité de telles prévisions a été confirmée par les disciples d’A. L. Tchijevski (Iou. V. Aleksandrov, V. N. Iagodinski – voir « Journal de microbiologie, épidémiologie et immunologie », n° 10, 1966). Des résultats analogues ont été obtenus par Tchijevski pour un certain nombre d’autres maladies (peste, typhus récurrent, diphtérie, malaria, méningite cérébrospinale, etc.).
Il a semblé naturel à l’auteur de conclure que, probablement, « l’activité vitale de toute la microflore de la Terre est en relation déterminée avec l’évolution des processus physico-chimiques » (p. 216), et, d’autre part, « le degré de prédisposition de l’homme à la maladie dépend de l’activité solaire grâce aux fluctuations de l’accès à l’invasion » (ibid.). Les recherches de Tchijevski ont révélé les tendances les plus générales du développement des épidémies dans le temps, sans pour autant lever tous les mystères des phénomènes épidémiologiques, ce que le savant lui-même soulignait (voir p. 236).
Tchijevski soulignait à juste titre que c’est précisément la complexité de l’interaction des structures de la biosphère qui détermine l’inégalité de manifestation du lien du mécanisme épidémiologique avec les fluctuations de l’activité solaire, l’interdépendance et les interactions connues des différentes régions de la biosphère entre elles, régulées par l’activité solaire.
Il en arrive à formuler « la loi de la compensation quantitative dans les fonctions de la biosphère en lien avec les fluctuations énergétiques de l’activité du Soleil » (p. 238). Son essence réside en ce que les rapports quantitatifs dans l’évolution de tel ou tel phénomène sur de vastes territoires tendent à se maintenir par des compensations périodiques, donnant en moyenne arithmétique une valeur constante ou très proche de celle-ci. Généralisant cette régularité, Tchijevski a conclu que, dans les limites de la biosphère, se produit constamment un processus de sommation des écarts positifs et négatifs, qui, dans le cas idéal, lisse ces écarts jusqu’à zéro. Cette conclusion, selon le savant, a une importance fondamentale pour la compréhension du mécanisme des liens Soleil-Terre, car elle permet d’imaginer un tableau remarquablement harmonieux de l’interaction et de l’interdépendance des différents départements de la biosphère, régulés par les variations périodiques du rayonnement du Soleil.
L’ensemble du système complexe des processus biologiques de la Terre était considéré par Tchijevski comme quelque chose d’unifié, semblable à un organisme entier (voir p. 240). Et c’est précisément à partir de cette vision qu’il faut aborder l’analyse de la dynamique des épidémies, des épizooties, etc., ainsi que la prévision des changements environnementaux qui transforment l’état latent, dormant, de la microflore en un état agressif, donnant naissance au développement d’un processus pathologique.
Étant donné que l’astronomie dispose de moyens connus pour prévoir à court et à long terme les fluctuations de l’activité du Soleil, « il deviendra possible de prendre à temps les mesures nécessaires ces jours-là où le taux de morbidité augmente particulièrement » (p. 246).
Une conséquence logique des conclusions de Tchijevski a été son orientation vers les micro-organismes comme objet de recherches héliobiologiques. Sa connaissance préalable de la littérature nationale et étrangère lui a donné des raisons de penser que les fluctuations de l’activité solaire influencent l’intensité de la croissance des tissus végétaux, et qu’elles doivent donc avoir un effet analogue sur les bactéries. En 1928-1929, Tchijevski a entamé des recherches expérimentales, qui furent cependant interrompues pour des raisons indépendantes de sa volonté. En 1934, il est revenu à ce problème après avoir rencontré le médecin bactériologiste de Kazan S. T. Velkhovier.
Чижевський présente dans son livre des lettres de Velkhovier décrivant ses observations. Il s’avéra que l’appareil récepteur des corynebactéries réagit avec sensibilité aux impulsions des perturbations solaires : les propriétés physico-chimiques de ces bactéries changent, les faisant passer de l’état de repos à l’état de vie active, et, ce qui est particulièrement intéressant, ces modifications se produisent en prévision des fluctuations solaires. Le phénomène découvert reçut dans la littérature le nom d’« effet Tchijevski-Velkhovier » (voir « Abrégé de biologie et médecine cosmiques ». Moscou, 1967, p. 296). Il prit une grande importance en lien avec les succès de l’astronautique, comme moyen de prévoir les émissions solaires, particulièrement dangereuses pour l’homme en dehors de l’atmosphère terrestre. Tchijevski en fit un rapport lors de la 1ère Conférence pan-soviétique de médecine aéronautique et spatiale à l’automne 1963 (le compte-rendu fut publié dans les « Travaux » de la conférence). Cet effet fut ensuite confirmé par les travaux de savants soviétiques (S.S. Belokrissenko, B.M. Vladimirski, N.M. Gortchkov, N.G. Davydova et autres). L’analyse par Tchijevski d’un vaste matériel statistique révéla un parallélisme dans l’évolution des courbes de mortalité générale et de l’activité du Soleil. En étudiant la dynamique de la mortalité générale, le savant considère tout à fait logiquement l’organisme malade comme un système sorti de son état d’équilibre stable. Pour un tel système, il suffit parfois d’une impulsion extérieure minime pour que cette instabilité augmente brutalement jusqu’à la mort de l’organisme. Une telle impulsion peut être des changements brusques des facteurs physiques de l’environnement, dont les « caprices » de l’activité solaire sont le déclencheur. « … Il serait tout à fait erroné de supposer, écrit Tchijevski, que les maladies ou les décès sont causés par des phénomènes cosmiques ou atmosphérico-telluriques. Cela, bien sûr, ne peut être admis. On ne peut parler que de cette impulsion extérieure qui, tombant sur un organisme « préparé » … » En bref, il s’agit de la dialectique de l’interaction des facteurs endogènes et exogènes, d’où il ressort clairement que la période de mortalité accrue est déterminée par les agents cosmiques perturbateurs, et le nombre de décès par la capacité de l’organisme à percevoir l’influence extérieure. Tchijevski soulignait qu’il fallait strictement distinguer : a) l’influence extérieure sur l’organisme et b) sa capacité à la percevoir, et l’on ne peut qu’être d’accord avec lui. Cependant, on ne peut nier que des actions cosmiques constantes et prolongées peuvent elles-mêmes devenir des facteurs provocateurs. Dans le chapitre final, l’auteur expose ses réflexions sur le mécanisme de ces influences néfastes et les moyens de s’en protéger. Il faut reconnaître que ces lignes n’ont pas seulement conservé leur importance avec le temps, mais ont au contraire acquis aujourd’hui un intérêt particulièrement vif. Les idées de l’auteur concernant la prévision héliobiologique et les mesures prophylactiques ont trouvé une application pratique peu avant la Seconde Guerre mondiale en France (M. Faure), puis après la guerre en URSS (N.A. Chtoults, A.T. Platonova et autres). Le problème « Soleil – biosphère » attire aujourd’hui l’attention des spécialistes de divers domaines. Cela s’est reflété dans l’organisation de séminaires et de conférences, tant dans notre pays (Riga – 1965, Odessa – 1966, Simferopol – 1971, Sébastopol – 1972) qu’à l’étranger (Bâle – 1965, Francfort-sur-le-Main – 1958 et 1968). Les rapports présentés lors de ces manifestations démontraient des résultats témoignant de l’importance des recherches héliobiologiques. Lors du séminaire d’Odessa, fut soulevée la question de la création d’un centre de coordination pour diriger les travaux dans ce domaine. Un groupe de travail sur le problème « Soleil – biosphère » se forma au sein du Conseil astronomique de l’Académie des sciences d’URSS. En janvier 1970, lors d’une séance spéciale du Bureau de la Division de physique et d’astronomie de l’Académie des sciences d’URSS, fut discutée la question « Sur le développement des recherches sur les liens héliobiologiques » et il fut reconnu opportun de poursuivre ces recherches dans les institutions scientifiques. En octobre 1971, le Conseil scientifique de géomagnétisme relevant de la Division de géologie, géophysique et géochimie de l’Académie des sciences d’URSS organisa une communication sur le thème « L’efficacité biologique des oscillations à court terme du champ géomagnétique et le problème des liens héliobiologiques ». Les participants à la réunion soulignèrent à l’unanimité l’importance de l’influence du champ géomagnétique sur les processus biologiques. Le problème discuté fut considéré comme l’un des plus importants dans le cadre des questions liées à l’interaction de l’homme et de son environnement. Au printemps 1972, une séance sur les questions d’héliobiologie se tint à la section des sciences chimico-technologiques et biologiques de la Présidence de l’Académie des sciences d’URSS. Il y fut noté que « en URSS et à l’étranger, les recherches sur l’influence des facteurs cosmiques, et en particulier de l’activité solaire, sur les processus biologiques se déroulant sur Terre prennent de plus en plus d’ampleur ». L’importance croissante du problème des liens Soleil-biosphère est indissociable du progrès dans l’étude et la maîtrise de l’espace cosmique. Cependant, les participants à la séance constatèrent que « l’ampleur et le niveau des travaux en héliobiologie en URSS ne correspondent pas encore à la signification théorique et pratique de ce problème ». En effet, les efforts des savants travaillant à son élaboration sont dispersés et pratiquement non coordonnés ; le problème dans son ensemble n’a pas encore trouvé sa place dans le plan quinquennal des recherches scientifiques dans le domaine des sciences naturelles pour 1976-1980. Considérant d’une grande importance le développement méthodique de l’héliobiologie, la section des sciences chimico-technologiques et biologiques de la Présidence de l’Académie des sciences d’URSS organisa en décembre 1975 une séance spéciale sur l’état et les perspectives de développement de ces recherches. Dans la résolution de la section, signée par le vice-président de l’Académie des sciences d’URSS, l’académicien Iouri A. Ovetchinnikov, il est noté que le mérite exceptionnel dans l’élaboration de ce problème « revient à A.L. Tchijevski, qui exprima le premier l’idée d’une dépendance étroite entre les phénomènes se déroulant dans la biosphère et les facteurs cosmiques, créateur de la doctrine sur la biosphère ». Les connaissances scientifiques accumulées aujourd’hui confirment l’existence d’une influence notable des fluctuations de l’activité solaire sur divers processus terrestres. En même temps, la résolution constate que « l’ampleur des recherches scientifiques dans ce domaine ne correspond pas à l’actualité et à la grande importance pratique du problème. L’élaboration du problème se fait sans plan unifié ni coordination ». Les Lectures commémoratives Alexandre Leonidovitch Tchijevski, organisées par la Société moscovite des naturalistes depuis 1968 (voir les recueils « Soleil, électricité, vie ». Moscou, 1969 ; Moscou, 1972), devinrent une véritable revue des travaux en héliobiologie. Les programmes des Lectures témoignent de manière convaincante du développement rapide de cette importante orientation scientifique. Lors des dernières Lectures, près de 50 rapports furent entendus. De nombreux savants vinrent de différentes villes de notre pays. Les Lectures se transformèrent en fait en une conférence pan-soviétique sur le problème « Soleil – biosphère ». N’est-ce pas là la preuve de l’intérêt croissant pour les questions que Tchijevski
Un jour soulevé par Чижевський et exposé, notamment, dans ce livre ! Peu avant sa mort, le savant reçut des paroles prophétiques : “… la dialectique moderne enseigne que pour comprendre un phénomène quelconque, il faut le saisir dans son lien avec le monde environnant. À l’ère cosmique, la science doit approfondir toujours davantage les mécanismes des liens entre le Soleil et la nature vivante.”
Nous sommes les témoins de nouvelles et toujours plus grandes réalisations en astronomie et en technique spatiale, et nous nous convainquons chaque jour de la justesse de ses vues et de la fécondité des voies de connaissance qu’il a ouvertes pour la science et la pratique contemporaines.
O. G. Газенко
PRÉFACE DE L’AUTEUR
En 1915-1916, je me suis lancé dans l’étude systématique de l’influence des perturbations électriques, magnétiques et électromagnétiques du milieu physico-chimique extérieur sur l’apparition, la propagation et l’intensité des épidémies. Dès ma communication « L’influence de l’activité périodique du Soleil sur l’apparition et le développement des épidémies » (1922, Kalouga), j’ai donné pour la première fois une description générale de cette influence et formulé des considérations théoriques. Malheureusement, ce travail est resté inédit pour des raisons indépendantes de ma volonté. Ce n’est que dans l’ouvrage « Les facteurs physiques du processus historique » (1924, Kalouga) que j’ai pu exposer brièvement mes recherches sur le choléra asiatique. La même question fut présentée en décembre 1926 à Philadelphie, devant le congrès annuel de l’American Association for the Advancement of Science, et en janvier 1927 à New York, à l’Académie des sciences, dans des communications sur mes recherches, lues par mon ami scientifique, le professeur V. de Smitt (Université Columbia). Ensuite, j’ai fait plusieurs communications plus détaillées devant plusieurs sociétés scientifiques de Moscou et Leningrad entre 1926 et 1927.
En septembre 1927, à Berlin, dans les pages de la « Revue russo-allemande », a été publiée mon étude « Sur la corrélation entre l’activité périodique du Soleil et les épidémies de choléra et de grippe ». Une autre étude a été insérée dans le numéro de décembre de cette même revue en 1928 sous le titre : « Sur la périodicité du typhus récurrent européen ».
L’étude plus approfondie du développement d’autres maladies (diphtérie, peste, méningite, fièvre typhoïde, paludisme, etc.), puis mes recherches sur la corrélation entre la mortalité générale et l’activité solaire, sur le synchronisme de la mortalité, sur le lien entre la mortalité par tuberculose et le degré de tension électrique, m’ont conduit à une conviction absolue : les fonctions vitales des micro-organismes pathogènes sont directement liées aux perturbations électriques et électromagnétiques de l’espace cosmo-tellurique extérieur, c’est-à-dire que la virulence des bactéries est une fonction du rayonnement du milieu cosmo-tellurique (à l’exclusion des processus…). Cette idée m’a poussé, dès 1928, à entreprendre l’étude expérimentale de cette question, et en 1929, j’ai obtenu une confirmation expérimentale complète de mon point de vue. J’ai publié ce travail dans l’article : « La radiation cosmique comme facteur biologique » — « Bulletin de l’Association Internationale Biocosmique », n° 13, Toulon, 1929, p. 245-250.
Dans ce travail, entre autres, j’expose brièvement mes expériences sur l’influence des rayonnements spécifiques du Soleil sur la croissance et la répartition des micro-organismes. Ensuite, entre 1931 et 1932, j’ai étudié la question du rôle de l’ionisation de l’atmosphère dans les fonctions vitales des bactéries. Ces expériences de laboratoire menées entre 1928 et 1929 ont reçu en 1935 une confirmation complète dans les remarquables recherches du savant russe, le docteur Z. T. Вельховера.
En même temps, je peux constater avec une grande satisfaction qu’au cours de la période écoulée depuis la publication de mes travaux de 1922-1924, ce problème a attiré l’attention des chercheurs, tant en Europe qu’en Amérique, qui ont confirmé mes conclusions principales et poursuivi ces travaux. Je voudrais ici souligner particulièrement les noms du Dr M. Фора — président de l’Institut international du rayonnement solaire, terrestre et cosmique, du Dr G. Сарду, du Dr J. Валлота (Nice), qui, indépendamment de mes travaux, ont démontré que la mortalité est liée à l’activité périodique du Soleil, du Pr V. Вліса (Strasbourg), du Dr G. Едстрема (Lund), du Pr A. Глейтсманна (Berlin), dont les travaux sont entièrement conformes aux vues que j’ai exprimées sur l’histoire naturelle des maladies épidémiques.
Les remarquables travaux des Drs T. et B. Дюлль, publiés l’an dernier (1934-1935), ont confirmé pleinement mes thèses principales sur le lien entre la mortalité et les rayonnements spécifiques du Soleil.
Le problème exposé dans ce livre pose devant l’épidémiologie et la microbiologie des questions entièrement nouvelles, qui doivent être résolues par la science — des problèmes de lutte contre les épidémies, dont l’étiologie est éclairée dans cet ouvrage d’un point de vue entièrement nouveau, jusqu’ici étranger aux épidémiologistes et aux microbiologistes. Naturellement, les travaux exposés dans ce domaine, qui ne seront présentés que plus tard, ne font que commencer. Bien des questions restent encore incomprises. Mais déjà aujourd’hui, nous regardons l’avenir avec un grand espoir.
La nouvelle conception des moments étiologiques fondamentaux du mécanisme épidémiologique et de la variabilité de la virulence des bactéries ouvre, semble-t-il, des perspectives entièrement inattendues pour une lutte rationnelle contre les épidémies, une prophylaxie rationnelle de celles-ci et une thérapie des différentes maladies. D’autre part, ce nouveau point de vue ouvre un nouveau chapitre dans l’étude des microbes en tant que résonateurs électriques. Cette idée doit être étendue aux cellules vivantes en général.
Dans la seconde moitié de ce livre sont exposées, en général, les mesures préventives que la science moderne peut recommander pour se protéger des influences nocives des rayonnements spécifiques du milieu cosmo-tellurique.
En même temps, il ne faut pas oublier que, bien que ce problème ait été posé par nous au début des années 1920, peu de choses ont été faites pour son développement scientifique. Les nouvelles idées pénètrent difficilement dans la conscience, même des savants les plus avancés. Les quelques personnes citées ici travaillant dans ce domaine ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan d’indifférence, d’opposition ou de malveillance. Pour convaincre l’humanité, il faut peut-être des décennies, voire des siècles.
Mon travail d’exposé systématique du sujet serait pleinement justifié s’il servait de base à de nouvelles recherches dans ce domaine.
Moscou, 1936
Chapitre I
LE BERCEAU DE LA VIE ET LES POULSATIONS DE L’UNIVERS
De nos jours, dans le domaine des sciences de la nature, se produit un processus d’une grande importance : l’application des méthodes d’une science à d’autres et la synthèse unificatrice de différentes sciences. Ainsi, mathématiques, physique, chimie, biologie, etc., se lient de plus en plus étroitement. Mais il existe des domaines scientifiques où les rayons de cette synthèse bienfaisante pénètrent avec une extrême difficulté. Un certain nombre de sciences défendent avec acharnement leur indépendance, protègent leurs positions et leurs frontières séculaires, malgré toutes les attaques des « adversaires » qui se multiplient — l’accumulation de nouveaux faits, la découverte de nouvelles lois.
Cependant, quelque part dans les profondeurs de la pensée humaine, dans les couches souterraines de l’esprit, s’accumulent peu à peu des observations d’une importance capitale et mûrissent les premiers élans de vastes généralisations futures. Et si quelqu’un, debout à la surface de cet océan qui s’anime, rit avec mépris et aigreur des tentatives visant à relier le monde des phénomènes astronomiques à celui des phénomènes biologiques, au plus profond de la conscience humaine germe depuis des millénaires la conviction que ces deux mondes sont indubitablement liés l’un à l’autre. Cette foi, s’enrichissant peu à peu d’observations, se transforme en connaissance.
Nous ne sommes plus surpris par les faits les plus extraordinaires, les découvertes les plus surprenantes. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que dans les sciences de la nature, l’idée d’unité et de lien entre tous les phénomènes du monde et la conception du monde comme un tout indivisible n’ont jamais atteint une telle profondeur qu’à notre époque.
Pourtant, la science de l’organisme vivant et de ses manifestations reste encore étrangère à cet épanouissement de l’idée universelle d’unité de tout le vivant avec l’ensemble de l’univers. Il semble que le monde organique ait été arraché de la nature, placé de force au-dessus d’elle et en dehors d’elle. Pour le vivant, selon cette conception, il n’existe qu’un seul milieu — le vivant lui-même. Le monde environnant — toute la nature — peut être ignoré, car le vivant est le vainqueur du non-vivant.Et dans cette pensée, la vie cesse d’être une réalité pour devenir semblable à une abstraction, une forme géométrique ou un signe mathématique. Malheureusement, cela est devenu assez caractéristique et ne se brise que lorsque des catastrophes naturelles, des cataclysmes mondiaux éclatent sur le vivant. Ce n’est que lorsque des millions de vies humaines sont balayées instantanément par la lave en fusion ou les flots de l’océan, lors de tremblements de terre, ou lorsque des régions entières périssent de faim, que l’homme commence confusément à prendre conscience de la faiblesse de son organisation physique face aux forces physiques de la nature. Pourtant, depuis le début des siècles, aussi bien dans les époques agitées que dans les époques paisibles de son existence, le vivant reste lié à toute la nature environnante par des millions de liens invisibles, insaisissables — il est lié aux atomes de la nature par tous les atomes de son être. Chaque atome de matière vivante se trouve en relation constante, ininterrompue, avec les vibrations des atomes de l’environnement naturel ; chaque atome du vivant résonne aux vibrations correspondantes des atomes de la nature. Et dans cette idée même, la cellule vivante est l’appareil le plus sensible qui enregistre en elle tous les phénomènes du monde et y répond par des réactions appropriées de son organisme.
Ainsi, la question fondamentale se pose : pouvons-nous étudier l’organisme comme quelque chose de séparé du milieu cosmotellurique ? Non, nous ne le pouvons pas, car l’organisme vivant n’existe pas en dehors de ce milieu, et toutes ses fonctions en sont indissociables. En effet, les processus physiques et chimiques qui se produisent dans l’environnement provoquent des changements correspondants dans les fonctions physico-chimiques, physiologiques de l’organisme vivant, se répercutant sur son activité cardiovasculaire, sur son système nerveux, sur sa psyché, et enfin sur son comportement. Ainsi, les variations de la pression atmosphérique, le degré d’humidité de l’air, la température, la quantité de lumière solaire, etc., provoquent des fluctuations dans l’état de nombreuses fonctions de notre organisme, de notre tonus nerveux, et se répercutent à des degrés divers sur notre comportement.
Une quantité infiniment grande et une qualité infiniment variée de facteurs physico-chimiques nous entourent de tous côtés — le milieu naturel. Des forces puissantes d’interaction émanent de l’espace cosmique. Le Soleil, la Lune, les planètes et une multitude de corps célestes sont liés à la Terre par des liens invisibles. Le mouvement de la Terre est régi par les forces de gravitation qui provoquent dans les enveloppes gazeuse, liquide et solide de notre planète une série de déformations, les font pulser, engendrent les marées. La position des planètes dans le système solaire influence la répartition et l’intensité des forces électriques et magnétiques de la Terre. Mais l’influence la plus grande sur la vie physique et organique de la Terre est exercée par les radiations qui parviennent à la Terre de tous côtés de l’Univers. Elles relient les parties externes de la Terre directement au milieu cosmique, l’apparentent à celui-ci, interagissent constamment avec lui, et c’est pourquoi aussi bien l’aspect extérieur de la Terre que la vie qui l’anime sont le résultat de l’influence créatrice des forces cosmiques. C’est pourquoi la structure terrestre
les enveloppes, leur physico-chimie et la biosphère sont l’expression de la structure et de la mécanique de l’Univers, et non le fruit d’un jeu fortuit de forces locales. La science élargit sans cesse les limites de notre perception immédiate de la nature et de notre sentiment du monde. Ce n’est plus la Terre, mais les espaces cosmiques qui deviennent notre patrie, et nous commençons à ressentir dans toute sa grandeur la signification pour toute l’existence terrestre des déplacements des corps célestes lointains, ainsi que le mouvement de leurs messagers — les radiations. .. Ces radiations sont avant tout des oscillations électromagnétiques de différentes longueurs d’onde, produisant des effets lumineux, thermiques et chimiques. En pénétrant le milieu terrestre, elles font vibrer à l’unisson chaque atome de la Terre ; à chaque instant, elles provoquent le mouvement de la matière et imprègnent d’une vie élémentaire l’océan atmosphérique, les mers et les continents. En rencontrant la vie, elles lui cèdent leur énergie, soutenant et renforçant ainsi son combat contre les forces de la nature inanimée. La vie organique n’est possible que là où l’accès libre à la radiation cosmique est assuré, car vivre signifie laisser passer à travers soi le flux d’énergie cosmique sous sa forme cinétique.
Le berceau de la vie et les pulsations de l’Univers
Outre les oscillations électromagnétiques, la Terre reçoit des flux de particules les plus fines de matière dissociée — électrons et ions — qui transportent également d’énormes réserves d’énergie cosmique. Malheureusement, nous savons encore peu de choses sur le rôle de ces particules dans la vie des enveloppes externes de la Terre, mais il est indéniable qu’elles jouent un rôle très important, dont nous ne pouvons qu’entrevoir l’étendue. Ainsi, la majorité des processus physico-chimiques qui se déroulent sur Terre sont le résultat de l’influence des forces cosmiques, qui déterminent entièrement les processus vitaux dans la biosphère. Il faut donc reconnaître que cette dernière est le lieu de transformation de l’énergie cosmique.
Notre vision scientifique du monde est encore très éloignée d’une véritable compréhension de l’importance des rayonnements cosmiques pour le règne organique, qui, soit dit en passant, n’ont été que partiellement étudiés par nous. Peut-être déterminent-ils, dans une certaine mesure, l’évolution du monde organique. Mais dans ce domaine, nous ne savons rien, si ce n’est que ces rayonnements ne peuvent manquer d’influencer notre existence — ils doivent le faire, car toute vie organique est née et s’est développée sous leur influence, et chaque cellule est imprégnée des radiations venues des abîmes cosmiques.
Les rayonnements cosmiques, capables de traverser des plaques épaisses de plomb comme une fine gaze, pénètrent aussi bien les couches superficielles de la Terre que les profondeurs des mers et des océans. Là, sous d’épais voiles d’eau, dans l’obscurité d’une nuit éternelle, se développe une vie étrange et variée, celle de la flore et de la faune des abysses. On ne peut s’empêcher de se demander : comment les ondes électromagnétiques, atteignant ces organismes avec une grande rigidité, agissent-elles sur les plantes et les animaux des profondeurs ?
Nous savons que le rayonnement cosmique n’est pas homogène. Il se compose d’une multitude de composants distincts, dotés de pouvoirs de pénétration et de « rigidité » variables. Les différents éléments de la matière terrestre, réagissant chacun à leur manière à chaque composant, doivent se manifester extérieurement sous des formes variées. Cette radiation pénétrante freine les fonctions physiologiques de l’organisme, comme l’ont montré mes expériences de 1928-1929. Je suis convaincu que l’étude approfondie de cette question pourrait revêtir une importance pratique, ce que j’ai exposé dans des articles spécialisés. Bien sûr, cela relève encore du futur.
D’autres questions, bien plus proches de la médecine moderne, se posent. Nous n’avons fait qu’effleurer la compréhension du rôle immense que joue la radiation solaire dans la vie organique de la Terre. Que représente le Soleil pour l’humanité contemporaine ? Pas plus qu’un phénomène naturel parmi d’autres ! Ce n’était pas ainsi qu’il était perçu par nos ancêtres… Pour eux, le Soleil était un dieu puissant dispensateur de vie, un génie lumineux stimulant les esprits. Toute la mythologie antique est imprégnée de la symbolique éblouissante du rayon solaire ! L’intuition de nos ancêtres les a conduits à la même conclusion que les conquêtes de la science ! Les hommes et toutes les créatures terrestres sont véritablement les « enfants du Soleil » — des créations d’un processus mondial complexe, doté d’une histoire où notre Soleil occupe une place non pas fortuite, mais nécessaire, aux côtés des autres générateurs de forces cosmiques.
Il est indéniable que le principal excitateur de l’activité vitale de la Terre est le rayonnement du Soleil, l’ensemble de
spectre, allant des ondes courtes — invisibles, ultraviolettes, jusqu’aux longues ondes rouges, ainsi que tous ses flux électroniques et ioniques. Ils servent de « transmetteurs d’états » et obligent chaque atome des enveloppes superficielles de la Terre à résonner en harmonie avec les vibrations nées sur le corps central de notre système. Dans la grande diversité des manifestations de cette résonance, où notre pensée se noie dans l’infini des formes, des couleurs et des sons, nous avons peu à peu appris à comprendre l’interdépendance et l’unité des phénomènes dispersés, et à les représenter dans une image synthétique unique de la vie du monde solaire-terrestre.
La splendeur des aurores polaires, l’épanouissement d’une rose, l’œuvre créatrice, la pensée — tout cela est l’expression de l’énergie rayonnante du Soleil. La science sait déjà que la vie sur Terre doit principalement son existence au rayonnement solaire. Mais encore peu de savants ont saisi pleinement cette vérité ! Cependant, le Soleil ne s’immisce pas seulement dans la vie privée de la Terre par la photosynthèse ou les phénomènes thermiques : il dispose d’autres voies — l’influence directe de certaines parties du doux spectre sur les transformations physico-chimiques et sur l’activité vitale des micro-organismes. Dans la compréhension de cette influence, la science n’a fait que commencer à tracer ses premiers chemins.
Il est indéniable que dans le spectre solaire, nous avons toute une série de « rayons spécifiques » qui exercent une action particulière sur les organismes vivants. C’est à l’étude expérimentale et en laboratoire de cette question profondément captivante que je me suis attelé en 1928-1929, et j’ai obtenu des preuves qui confirment pleinement l’idée que je viens d’exprimer. Tant les rayonnements solaires que cosmiques constituent les principales sources d’énergie qui animent les couches superficielles du globe terrestre.
Une question se pose : dans quelle mesure la cellule vivante dépend-elle, dans sa vie physiologique, de l’afflux des radiations cosmiques et des oscillations ou variations auxquelles cette radiation est soumise ? Jusqu’à une époque récente, nous ne pouvions répondre à cette question que par la négative. Cependant, sous la pression des preuves expérimentales, la science a préparé le terrain pour l’adoption d’une nouvelle conception et a incité à engager de nouvelles recherches sur l’influence directe des rayonnements énergétiques de l’espace sur notre organisme et ses différentes parties.
L’étude des influences extraterrestres ne pouvait être menée qu’à condition de disposer d’une grande quantité de données statistiques. Alors que les observations isolées sur des individus ne pouvaient nous fournir aucune certitude dans ce domaine, l’étude des phénomènes simultanés à grande échelle, l’étude des réactions concomitantes nous ont aidés à découvrir certaines régularités dont il fallait déterminer la cause.
Si les forces cosmiques impriment leur marque sur l’homme, on pourrait supposer que, dans le même temps, dans différentes régions du globe, la direction moyenne de tel ou tel phénomène sera à peu près la même (morbidité, mortalité, excitabilité neuro-psychique, etc.). En 1915, j’ai posé cette question pour la première fois et commencé à l’étudier. Les recherches ont été extrêmement difficiles en raison de nombreuses circonstances. Pourtant, j’ai eu la chance de découvrir toute une série de phénomènes remarquables de correspondance entre divers phénomènes de masse et les facteurs cosmiques. Les études statistiques ont montré avec une certitude absolue que, dans les années, les mois, les semaines où l’activité électromagnétique et radioactive du Soleil augmente, sur Terre, sur ses différents continents, dans divers pays, augmente également le nombre de phénomènes de masse, par exemple les maladies, la mortalité pour diverses causes, et bien d’autres encore.
Il apparaît une correspondance admirable entre les phénomènes solaires et terrestres. En même temps, nous savons que l’activité périodique du Soleil n’est pas un processus entièrement autonome. Il existe de bonnes raisons de penser qu’elle dépend d’une certaine manière de la position des planètes du système solaire dans l’espace, de leurs constellations les unes par rapport aux autres et par rapport au Soleil. Il y a déjà de nombreuses années, les astronomes ont émis l’hypothèse que le Soleil est l’instrument le plus subtil qui enregistre toute l’influence des planètes par des changements correspondants. Ainsi, les phénomènes terrestres dépendant de l’activité périodique du Soleil sont, pour ainsi dire, sous le contrôle des planètes, qui peuvent être bien plus éloignées de nous que le Soleil.
Les recherches menées dans le but de déterminer l’influence des planètes sur l’activité du Soleil ont donné des résultats tout à fait positifs : dans les périodes d’activité solaire, apparaissent des périodes de mouvements planétaires.
Mais ce n’est pas là la limite des conjectures possibles. L’ensemble du système solaire fait partie d’un système d’étoiles de notre galaxie stellaire. Il est possible que l’activité éruptive du Soleil et les phénomènes biologiques sur Terre soient les effets concomitants d’une cause commune — la grande vie électromagnétique de l’Univers. Cette vie possède son propre pouls, ses périodes et ses rythmes. La science future devra résoudre la question de savoir où naissent et d’où proviennent ces rythmes. Par des méthodes statistiques, j’ai établi que les perturbations solaires influencent directement les systèmes cardiovasculaire, nerveux et autres de l’homme, ainsi que les micro-organismes. Mais pouvons-nous limiter ce domaine de phénomènes uniquement aux régularités que nous avons découvertes ? Jamais. Le berceau de la vie et les pulsations de l’Univers ne le permettent pas. Nous devons approfondir nos recherches sur l’étude des phénomènes cosmiques.
En science, il arrive toujours que ce sont d’abord les phénomènes les plus grossiers, les plus évidents, qui sont découverts. À la catégorie de tels phénomènes évidents, il faut rattacher ceux que nous avons découverts. Mais ce n’est qu’un début, les premiers pas de la science — une première tentative. Nous sommes encore très loin de percer les détails subtils qui, sans aucun doute, existent dans le complexe des influences du milieu cosmique sur l’homme. Dans ce domaine, nous ne savons presque rien. Bien plus, il est peu probable que nous puissions actuellement prédire quoi que ce soit avec certitude. En tentant de telles prédictions, nous risquons toujours de nous égarer. Nous ne pouvons avoir qu’une certitude : le processus de développement du monde organique n’est pas un processus autonome, autochtone, fermé sur lui-même, mais le résultat de l’action des facteurs terrestres et cosmiques, dont les seconds sont les plus importants, car ils conditionnent l’état du milieu terrestre.
À chaque instant, le monde organique est sous l’influence du milieu cosmique environnant et reflète de la manière la plus sensible en lui-même, dans ses fonctions, les changements ou les oscillations qui se produisent dans le milieu cosmique. Nous pouvons facilement nous représenter cette dépendance si nous nous souvenons qu’une légère variation de la température de notre Soleil entraînerait les changements les plus fantastiques et les plus incroyables dans tout le monde organique. Or, il existe de nombreux facteurs aussi importants que la température : le milieu cosmique nous apporte des centaines de forces différentes, constamment changeantes et oscillantes.
Certains rayonnements électromagnétiques en provenance du Soleil et des étoiles peuvent être divisés en un très grand nombre de catégories, différant les unes des autres par la longueur d’onde, la quantité d’énergie, le degré de pénétration et de nombreuses autres propriétés. Les radiations corpusculaires, radioactives, la poussière cosmique, les molécules gazeuses qui emplissent tout l’espace du monde sont également de puissants créateurs de la vie terrestre et les cavaliers de son destin. Un changement dans certaines qualités du rayonnement cosmique ou pénétrant pourrait instantanément détruire toute vie sur Terre ou la modifier au point de la rendre méconnaissable.
Les rayons ultraviolets du Soleil, à ondes courtes, pourraient avoir un effet destructeur sur toute la biosphère s’ils n’étaient pas arrêtés par une couche d’ozone d’une épaisseur négligeable dans les hautes régions de l’atmosphère. Une variation dans la quantité d’électrons ou de poussière cosmique arrivant sur Terre se répercuterait tellement sur les phénomènes météorologiques qu’elle provoquerait les perturbations les plus imprévisibles dans le monde végétal, animal et humain.
Nous prenons ces exemples comme des possibilités extrêmes, dont la probabilité de réalisation est faible. L’Univers se trouve dans un équilibre dynamique, et l’afflux de telle ou telle énergie se produit en permanence : certaines augmentent ou diminuent progressivement en quantité, d’autres subissent des vibrations périodiques ou apériodiques. La vie organique terrestre subit toutes ces variations des fonctions énergétiques du milieu cosmique, car l’être vivant, par ses propriétés physiologiques, est le résonateur le plus sensible.
Le flux d’électrons et de protons émis par le cratère d’une tache solaire et traversant l’orbite terrestre provoque d’énormes perturbations dans tout le monde physique et organique de la planète : les aurores boréales s’embrasent, des tempêtes magnétiques enveloppent la Terre, le nombre de morts subites augmente brutalement, de même que celui des accidents soudains dus à un choc du système nerveux, etc.
Un rôle extrêmement important revient également aux oscillations électromagnétiques émises par les taches ou les protubérances et atteignant la surface de la Terre. Il convient d’accorder une attention particulière aux oscillations électromagnétiques de courte longueur d’onde. Ces oscillations peuvent être produites à la surface du Soleil dans les régions des taches et des protubérances, et parvenir jusqu’à la surface de la Terre grâce à leur grande pénétration. Comme l’ont montré les recherches des dernières années sur l’action biologique du rayonnement à ondes courtes, ces radiations exercent une puissante action biologique et physiologique, et constituent donc des agents particulièrement puissants du milieu extérieur. Si les zones perturbées du Soleil émettent dans l’espace extérieur des ondes électromagnétiques courtes atteignant la surface de la Terre5, il est hors de doute que ces ondes représentent l’un de ces puissants agents biologiques dont le Soleil est si riche. Diverses cellules d’organismes vivants et divers organismes unicellulaires sont accordés différemment pour capter l’énergie du rayonnement solaire à ondes courtes5. Ainsi, nous sommes entourés de tous côtés par des flux d’énergie cosmique émanant de lointaines nébuleuses, d’étoiles, de courants météoriques et du Soleil. Il serait tout à fait erroné de considérer uniquement l’énergie du Soleil comme le seul créateur de la vie terrestre, tant dans ses aspects organiques qu’inorganiques. On peut penser que, au cours d’une très longue période de développement de la matière vivante, l’énergie des lointains corps cosmiques, tels que les étoiles et les nébuleuses, a exercé une influence colossale sur l’évolution de la substance vivante6. En se développant sous l’effet
Par les flux de radiations cosmiques, la matière vivante a dû adapter son développement à ceux-ci et créer des récepteurs appropriés pour les utiliser, ou des dispositifs protecteurs pour préserver la cellule vivante de l’influence des forces cosmiques. Mais une chose est certaine : la cellule vivante est le résultat des influences cosmiques, solaires et telluriques, et elle constitue l’objet créé par la tension des capacités créatrices de l’Univers tout entier. Et qui sait, peut-être que nous, « enfants du Soleil », ne sommes-nous que l’écho affaibli de ces vibrations des forces élémentaires du cosmos, qui, en frôlant la Terre, l’ont légèrement touchée, accordant en harmonie les possibilités endormies en elle.
Nous avons l’habitude d’adopter une vision grossière et étroite, antiphilosophique, de la vie comme résultat d’un simple jeu aléatoire des forces terrestres. Ce n’est bien sûr pas le cas. La vie, comme nous le voyons, est bien davantage un phénomène cosmique que terrestre. Elle est née de l’influence de la dynamique créatrice du cosmos sur la matière inerte de la Terre. Elle vit de la dynamique de ces forces, et chaque battement du pouls organique est en harmonie avec le battement du cœur cosmique — cette immense conglomération de nébuleuses, d’étoiles, du Soleil et des planètes.
Au fil d’un immense intervalle de temps, sous l’effet des forces cosmiques sur la Terre, se sont établis certains cycles de phénomènes qui se répètent correctement et périodiquement dans l’espace comme dans le temps. Depuis la rotation de l’atmosphère, du gaz carbonique, des océans, de la périodicité quotidienne, annuelle et pluriannuelle dans la vie physico-chimique de la Terre jusqu’aux changements qui accompagnent ces processus dans le monde organique, nous trouvons partout des processus cycliques résultant de l’influence des forces cosmiques.
Si nous tentions de représenter graphiquement cette diversité de cyclicité, nous obtiendrions une série de sinusoïdes qui se superposent ou s’entrecroisent. Toutes ces sinusoïdes, à leur tour, seraient parcourues de petites dentelures qui représenteraient également une ligne en zigzag, et ainsi de suite. Dans ce nombre infini de montées et de descentes de tailles variées se manifeste le battement du pouls universel, la grande dynamique de la nature dont les différentes parties résonnent harmonieusement les unes avec les autres.
Si nous poursuivions notre analyse, nous verrions que les maxima et minima des phénomènes cosmiques et géophysiques coïncident respectivement avec les maxima et minima de tel ou tel phénomène dans le monde organique. Nous constaterions qu’un cycle biologique coïncide dans le temps avec les maxima ou minima de l’horloge des tensions maximales ou minimales lors de tel ou tel élément cosmique ou géophysique. Les maxima et minima d’un autre cycle biologique coïncident avec les maxima et minima d’un phénomène cosmique ou géophysique donné.
Et voici que, devant toutes ces courbes qui s’élèvent et s’abaissent de concert, notre imagination se représente la dynamique du milieu cosmo-tellurique comme un océan infini couvert de rangées de vagues croissantes et déferlantes, parmi lesquelles la vie et le comportement d’un organisme individuel ressemblent à un brin d’algue imperceptible et sans volonté, qui obéit, dans son comportement comme dans cet océan, à tous les caprices de la tempête physique environnante.
Aux yeux des chercheurs de la nature, dans l’immense océan de la vie terrestre se dessine un tableau de mouvements grandioses et tumultueux, au milieu desquels l’individu disparaît sans laisser de trace. Naviguant sur une barque branlante au milieu de cette mer et luttant contre chaque vague qui déferle, le nageur est plongé dans le bruit et le tumulte de la tempête déchaînée. Le berceau de la vie et les pulsations de l’Univers, et l’horizon se limite à la plus proche crête des vagues.
La mer lui apparaît comme une entité chaotique et sans loi. Mais qu’il s’élève au-dessus de la surface agitée, et le tableau qu’il contemple change du tout au tout. Le bruit et le tumulte ne le troublent plus, et, depuis cette hauteur, il voit comment les masses de vagues se meuvent avec ordre et mesure, tantôt s’élevant, tantôt s’abaissant, et dans ce mouvement, il discerne une structure rigoureuse. La structure chaotique de tel ou tel phénomène, sous son angle dynamique, subit la même transformation et se métamorphose en une oscillation inéluctable sous l’effet des forces cosmiques ou solaires.
En contemplant ce nouveau tableau déployé devant nous, nous ne pouvons qu’être frappés par la rigueur mathématique qui, inchangée, se révèle dans les oscillations des mouvements de ces phénomènes dans le temps, que nous avions autrefois considérés comme arbitraires et accidentels. Nous voyons comment les lois les plus strictes, tant qualitatives que quantitatives, régissent leur cours, et nous commençons à ressentir toute notre faiblesse face à cette vie élémentaire, soumise à des forces invincibles.
Parmi la grande diversité des phénomènes de masse à différentes époques, nous discernons clairement et toujours le rythme élémentaire de leur existence, tantôt dans les élévations de leurs pulsations, tantôt dans leurs profondes chutes.
Cependant, nous ne limiterons pas notre étude aux frontières du système solaire et reconnaîtrons que, dans la formation des phénomènes de masse à tous leurs niveaux, d’autres forces du cosmos, encore cachées, ne peuvent manquer de participer. Lentement mais sûrement, la science s’approche de l’élucidation des sources fondamentales de cette énergie qui se cache dans les profondeurs lointaines de l’Univers. Et sous nos regards émerveillés se déploie un tableau de la grande structure du monde, dont les parties sont liées entre elles par les liens les plus solides et les plus étroits, dont les origines étaient à peine entrevues.
À la lumière de cette idée, nous voyons comment, à partir de la matière inerte et amorphe de la Terre, émergent les systèmes les plus complexes dont les parties résonnent en harmonie avec les différentes régions du monde. Et involontairement nous vient à l’esprit cette ancienne idée selon laquelle notre connaissance des phénomènes de la nature n’est autre que l’écho perçu par nos organes de cognition des processus réels qui se déroulent dans l’Univers.
Jusqu’à présent, tous les jugements et conclusions des chercheurs de la nature portaient l’empreinte de l’idée d’autonomie de la vie des objets biologiques, de leur indépendance vis-à-vis des forces extérieures du monde, des voies particulières par lesquelles évolue le monde organique. Cette empreinte a systématiquement freiné l’étude libre de la question, et tout ce qui contredisait cette vision était considéré comme de l’hérésie ou de la folie, et on y opposait une résistance systématique. La science doit emprunter une nouvelle voie, affranchie des préjugés, et livrer bataille aux traditions dépassées au nom de l’étude libre de la nature, qui nous rapproche de la vérité.
Mais d’un autre côté, nous devons souligner la grande importance de la science qui étudie les phénomènes de la nature. Sans aucun doute, l’homme maîtrise les forces du monde environnant, apprend à les diriger pour les mettre à son service, ou à s’en protéger lorsqu’elles lui sont nuisibles ou destructrices. La soumission de la nature et la victoire sur elle constituent le résultat ultime, l’apothéose finale de la connaissance humaine. Mais pour pouvoir vaincre la nature, il faut l’étudier, et ce, jusqu’à ses profondeurs les plus intimes. Sans cette étude approfondie, la victoire sur la nature est impossible, et les tentatives de lutter contre elle sont vaines.
Mes travaux statistiques et expérimentaux ont montré le rôle immense des radiations extraterrestres, solaires, spécifiques — électromagnétiques et corpusculaires — dans l’apparition et le développement des maladies épidémiques, de la pathologie humaine et de la mortalité. Dès que l’astronomie et la physique ont découvert tel ou tel phénomène, il s’est avéré que la biosphère de la Terre en dépend d’une certaine manière : l’homme, les animaux, les micro-organismes, les plantes en subissent l’influence.
Le berceau de la vie et les pulsations de l’Univers
Les épidémiologistes se détournaient de l’étude de ces phénomènes, comme si cela ne les concernait pas. Les rayonnements cosmiques et solaires, corpusculaires et à ondes courtes, les phénomènes électriques et magnétiques dans l’atmosphère terrestre et sa croûte, qui influencent la vie de la biosphère, échappent à l’attention de la médecine. Comme elle est en retard sur l’astronomie moderne, l’astrophysique, la géophysique, etc. ! Les anciens médecins faisaient preuve d’une plus grande ouverture d’esprit et de tolérance.
Il existe une tendance à réduire les phénomènes fondamentaux de l’épidémiologie aux seuls facteurs sociaux. Malgré la puissance de ces derniers, dont l’influence est prouvée avec une absolue certitude, on ne peut ignorer l’étude des autres facteurs qui, dans une certaine mesure, peuvent influencer l’évolution et le développement d’une maladie épidémique.
Il faut penser que les recherches ultérieures montreront quelle place, dans la série des facteurs socio-économiques et biologiques, il convient d’attribuer aux influences du milieu physico-chimique en général, aux radiations solaires et cosmiques, à l’électricité atmosphérique et au magnétisme terrestre en particulier. Et quelle que soit cette place, la science doit lui accorder son attention au sein du complexe dynamique général des facteurs qui conditionnent les épidémies.
Cependant, on peut déjà affirmer que, pour un grand nombre de maladies infectieuses, l’influence des conditions socio-économiques n’a pas une importance primordiale. Ainsi, par exemple, les épidémies de grippe, contrairement au choléra, à la dysenterie ou au typhus, surviennent très souvent en dehors de toute dépendance déterminée vis-à-vis des conditions socio-économiques et touchent toutes les couches de la population.
Dans le développement d’une série d’épidémies, nous observons une diversité extrêmement grande des virus, une variabilité très exigeante de ceux-ci au fil des décennies, dont toutes les tentatives d’explication ont jusqu’à présent échoué, restant jusqu’à ce jour non élucidées.
Espérons que, grâce à l’effort commun et à la solidarité internationale des savants, la science parviendra à apprendre à lutter contre les épidémies, à les vaincre et, ce faisant, à prolonger la vie humaine jusqu’à ses limites les plus grandes.
Chapitre II FANTAISIES ET PRÉSAGES DE L’ANTIQUITÉ
Dès l’Antiquité, on avait remarqué que certaines époques se distinguent par une paix profonde où rien ne trouble le cours paisible de la vie, favorisée non seulement par l’homme, mais aussi par la nature elle-même. Mais il existe des périodes où le monde naturel et le monde humain sont en émoi : catastrophes naturelles, inondations ou sécheresses, tremblements de terre ou éruptions volcaniques, invasions massives d’insectes nuisibles, maladies contagieuses frappant hommes et animaux, ravageant des pays entiers.
À ces moments-là, l’œil attentif de l’observateur perçoit sans conteste l’existence d’un lien entre l’organisme et le milieu environnant. Cette idée d’un lien entre les êtres vivants et la nature extérieure traverse comme un fil rouge toute l’immense expérience historique de l’humanité : on la retrouve aussi bien dans les pensées préscientifiques que dans les travaux des chercheurs de la nature.
Il est évident que l’idée d’un lien entre l’homme et les forces de la nature extérieure est née dès l’aube de l’existence humaine. Sur ce fondement s’est développée et a prospéré la plus ancienne des sciences — l’astrologie, qui, si l’on écarte ses erreurs mystiques, enseignait l’interdépendance de toutes choses et de tous les phénomènes.
L’une des branches du savoir astrologique — la médecine astrologique — affirmait que les processus morbides se déroulant dans un organisme vivant sont sous l’influence directe des forces cosmiques, grâce à leur puissant et mystérieux « influx ». Cet « influx » — influentia, comme le disaient les Romains — détermine l’état de l’organisme tant en santé qu’en maladie. Et dans le terme médical moderne « influenza », on perçoit encore l’écho de ce lien magique entre les phénomènes de la nature et l’organisme humain.
C’est sur ce même terrain fertile que germa la graine de l’anthropogéographie, qui, depuis Hérode (485-425 av. J.-C.) et Thucydide (né vers 460 av. J.-C.), a toujours confirmé la dépendance de l’organisme vivant et de ses manifestations vis-à-vis de son environnement.
Fantaisies et présages de l’Antiquité
Les premières tentatives pour établir un rapport entre les phénomènes atmosphériques et la morbidité ont conduit à constater un lien que les anciens médecins appelaient « constitutio anniversaria » et « constitutio temporis »1. Dans les langues modernes, nous avons divers termes pour désigner ce lien : Witterungskrankheiten, Saisonkrankheiten, maladies saisonnières2, etc. Enfin, dans le terme russe des chroniques « poukhrié » (air), on perçoit l’écho d’une croyance inconsciente en les forces élémentaires.
Dès l’Antiquité, les médecins, tirant de leurs observations l’existence d’une dépendance entre l’homme, l’animal et le milieu environnant, cherchaient à expliquer certains phénomènes morbides dans l’organisme humain par l’influence de ce milieu. En décrivant la maladie qui frappa les habitants de l’île d’Égine, le poète romain Ovide (43 av. J.-C. – 17 ap. J.-C.) indiquait que la maladie avait atteint non seulement les animaux et les hommes, mais aussi les plantes. Le poète romain Lucrèce (98-55 av. J.-C.) évoquait la même chose en décrivant la mer en Attique.
Plus tôt encore, Sophocle (496-405 av. J.-C.), dans *Œdipe roi*, faisait remarquer comment la maladie passait des cultures des champs aux animaux et aux enfants à naître. Les récits de Thucydide nous apprennent que l’épidémie qui sévit en Attique entre 436 et 427 av. J.-C. s’accompagna de violents tremblements de terre, d’inondations marines, de sécheresses et de mauvaises récoltes. Thucydide mentionne : pendant la peste attique, toutes les forces du monde extérieur se liguèrent contre l’homme, ce qui, selon les croyances populaires, accompagne généralement l’apparition des ulcères pestilentiels.
L’historien grec indique clairement que l’aggravation de la peste en 427 fut accompagnée de phénomènes particulièrement menaçants dans la nature extérieure : les volcans des îles Lipari étaient en période d’activité exceptionnelle ; Éubée, Orobia, l’île d’Atalante et d’autres lieux furent submergés par les eaux à la suite de violents tremblements de terre ; à Athènes, les secousses du sol détruisirent le Prytanée et d’autres bâtiments.
L’historien grec Diodore de Sicile, au Ier siècle av. J.-C., attribue l’influence principale sur la peste d’Athènes aux conditions atmosphériques : température de l’air, évaporation et absence des vents étésiens.
Dion Cassius (IIe siècle), Jérôme (340-420) et Orose (IVe siècle) font dans leurs œuvres des remarques similaires sur le fait que la famine de l’an 5 ap. J.-C. et les tremblements de terre plus violents en Italie eurent lieu simultanément. Sous le règne de Claude, en 51-52 ap. J.-C., la Grèce et l’Italie souffrirent en même temps de la famine et des tremblements de terre. À la même époque, la famine frappa également la Palestine ; à Jérusalem, elle atteignit des proportions effrayantes.
Dix ans plus tard, sous le règne de Néron (54-68), les tremblements de terre et la famine se reproduisirent. Après l’éruption du Vésuve sous l’empereur Titus (79-81), en 97, survint une grave peste, « comme il n’y en a pas souvent » (Svetonius).
Dans les différentes descriptions de la peste antonine (ou de Galien), il est indiqué que cette maladie cruelle et généralisée fut accompagnée de phénomènes naturels tout aussi violents.
La période de 165 à 180 apr. J.-C. fut accompagnée de phénomènes naturels redoutables : tremblements de terre, inondations, invasions de nuées de sauterelles, sécheresses, etc. Par exemple, la période allant de 251 à 266 peut servir d’illustration générale de ces perturbations dans la nature. Les secousses les plus violentes eurent lieu en Corse, à Rome, en Afrique et en Asie ; l’Etna entra en éruption. W. Seibel a soigneusement recueilli des informations concernant les nombreux phénomènes puissants dans la nature qui précédèrent et accompagnèrent l’époque de l’épidémie de peste de 580-581 apr. J.-C., ou peste de Justinien. D’après ce travail détaillé, une série d’événements naturels inhabituels commença en 513 et ne prit fin qu’en 570. Seibel divise cette période en trois parties :
I. 512-533 apr. J.-C. En 526, forte intensification de tous les phénomènes naturels.
II. 533-547 apr. J.-C. La même intensification se produisit en 544.
III. 547-570 apr. J.-C. Le premier groupe de phénomènes, selon Seibel, eut lieu avant l’apparition de la grande peste ; le second coïncida avec sa première manifestation principale ; le troisième précéda et accompagna en partie le second développement intense de la peste.
À partir de 513 — année de l’éruption du Vésuve — commença une période de tremblements de terre dévastateurs, qui atteignit son apogée lors du célèbre tremblement de terre d’Antioche, où périrent environ 250 000 personnes et la ville fut détruite.
En 542, la peste apparut à Constantinople ; en 543, des tremblements de terre secouèrent périodiquement toute l’Europe ; en 544, les anciens eurent des fantaisies et des visions ; une terrible inondation frappa la côte de Thrace ; en 545-547, des secousses du sol et des inondations furent observées dans plusieurs pays d’Europe. À partir de 551, un nouveau cycle de catastrophes naturelles s’ouvrit avec un violent tremblement de terre dans tous les pays du monde antique bordant la Méditerranée. Les séismes se poursuivirent avec une intensité légèrement moindre qu’au début, jusqu’en 557. À partir de ce moment, l’agitation générale de la nature, accompagnée de la peste, commença à se déplacer d’est en ouest.
W. Seibel, s’appuyant sur les témoignages de Procope (Procopius), Théophane (Pheophanus) et Cédrène (Cedrenus), mentionne également qu’en 526 une diminution et une obscurcissement si marqués de la lumière solaire se produisirent que celle-ci perdit son éclat et devint semblable à la lune. « Le plus souvent, dit Procope, le Soleil apparaissait comme il l’est lors d’une éclipse ; sa lumière n’était ni pure ni telle qu’à l’ordinaire. Depuis ce temps-là, la guerre, la famine et d’autres fléaux ne cessèrent de décimer les hommes. » Seibel estime que l’obscurcissement du Soleil était dû à la contamination de l’air par des exhalaisons étrangères, qui accompagnent souvent de graves maladies épidémiques.
Les chroniqueurs de l’époque mentionnent aussi un météore de feu, des orages destructeurs, l’apparition de trois comètes pendant la période de forte peste, des invasions de sauterelles à la fin de l’épidémie, une multiplication inhabituelle de poissons et toute une série de phénomènes extraordinaires dans le monde végétal et animal. Il est également à noter que, dans chaque période de ce type, le développement de la peste était le plus intense la deuxième année — de 1348 à 1351. Dans presque toutes les descriptions, on remarque la tendance
Chapitre II
42 comparer l’apparition d’une épidémie de peste aux phénomènes naturels et expliquer par ces comparaisons son émergence dans tel ou tel lieu. Une attention particulière doit être accordée aux descriptions fournies par Covino (Covi-no), Mussis, l’empereur Cantacuzène (Kantakuzen), Boccace, Pétrarque, K. Megenberg, Mascho, Cosle, ainsi que par des médecins espagnols. Tous notent que parmi les phénomènes naturels, les facteurs cosmiques et géophysiques jouent un rôle majeur : l’état du Soleil, des étoiles, de la Lune, les tremblements de terre, les brouillards et les exhalaisons nocives dans l’atmosphère. Étant donné que ces informations, consignées dans divers pays, indiquent souvent des phénomènes analogues ou similaires entre eux, elles méritent d’être examinées.
L’un des documents les plus importants concernant la période initiale de l’épidémie appartient à Mussis. Cet auteur raconte que, dans l’Extrême-Orient, en Chine, d’horribles présages avaient précédé l’épidémie de « mort noire » : il tombait une pluie de serpents et de grenouilles qui, en rampant dans les habitations, tuaient leurs habitants par leurs morsures venimeuses. En Inde, un tremblement de terre avait détruit de nombreuses villes, après quoi une flamme venue du ciel les avait réduites en cendres avec leurs habitants et leurs animaux. En de nombreux endroits, « des fleuves de sang coulaient du ciel et des pierres tombaient ». Bien sûr, on ne peut accorder une foi absolue à toutes ces descriptions, mais il faut noter que les plus grands bouleversements dans la nature avaient déjà été observés en Asie extrême-orientale. Les chroniqueurs chinois rapportent que dès 1333, de nombreux phénomènes anormaux se produisirent dans la nature. Cette année-là, des chaleurs et des sécheresses provoquèrent une famine, puis des pluies continuelles inondèrent des régions entières et causèrent la perte de près d’un demi-million de personnes. L’année suivante, on observa à nouveau des sécheresses et des maladies épidémiques qui firent périr jusqu’à cinq millions de personnes. L’activité élémentaire de la nature en Orient atteignit un paroxysme en 1337, lorsque tremblements de terre, inondations, famines, invasions dévastatrices de sauterelles et épidémies effroyables ne cessèrent de décimer les habitants de l’Orient. Les mêmes phénomènes se répétèrent avec une force non moindre dans la période de 1345 à 1348, et ce n’est qu’après 1348 que l’agitation des éléments naturels s’apaisa quelque peu.
Certains contemporains, selon les dires de G. Häser, affirment que simultanément dans d’autres parties du monde, des événements similaires avaient précédé la propagation de la mort noire. Megenberg décrit principalement les tremblements de terre qui avaient précédé et accompagné les épidémies. Ainsi, en 1348, année de la plus grande propagation de la mort noire, plusieurs violents séismes parcoururent l’Europe, du sud au nord et de l’est à l’ouest, détruisant des dizaines de villes florissantes et des centaines de châteaux ; de vastes étendues de forêts brûlaient et les fleuves sortaient de leur lit. Les gens, perdant la raison, ne savaient que faire ni où se cacher. Des dizaines de milliers d’hommes erraient sur les routes, souffrant de la faim et de la soif, et finissaient par tomber d’épuisement pour mourir.
Vinario, Covino et d’autres contemporains de la mort noire rapportent diverses anomalies des facteurs météorologiques qui se produisirent pendant cette période. Ils mentionnent un air impur, des exhalaisons lourdes, des nuages épais obscurcissant le ciel, et une chaleur accablante qui épuisait le corps et oppressait la respiration. Des odeurs et exhalaisons extraordinaires, s’élevant du sol, furent signalées en divers lieux : en Égypte, en Grèce, en Dalmatie, en Allemagne. En Italie, en 1347, les gens furent terrifiés par des « vapeurs mystérieuses » (« ingens vapor ») venues du nord vers le sud.
Mussis, entre autres, mentionne l’influence des conjonctions lunaires sur l’aggravation des épidémies. Les astrologues de l’époque, comme on pouvait s’y attendre, affirmaient que la cause de tous les maux ayant frappé l’humanité était la redoutable conjonction des planètes Jupiter et Saturne. Covino, dans son poème « De convivio Solis in domo Saturni », expose en 1132 vers les vues astrologiques sur l’influence des constellations sur le destin de l’humanité et explique l’épidémie de peste par la conjonction de Jupiter et Saturne.
Enfin, Häser, s’appuyant sur ses recherches approfondies, reconnaît que « la mort noire fut une maladie pandémique. Son origine était étroitement liée aux bouleversements exceptionnels de la nature, à la suite desquels elle se propagea dans tous les pays connus au XIVe siècle ».
Notons ici également les indications suivantes, extrêmement intéressantes pour nous, données par le même Vinario dans son ouvrage sur la peste. Il relève une série de poussées successives de peste et un affaiblissement progressif de celle-ci avec une période d’environ 11 ans (voir tableau 1).
| Année | Morbidité | Guérisons |
|---|---|---|
| 1348 | 2/3 de la population | Presque personne |
| 1361 | 1/2 | Très peu |
| 1371 | 1/10 | Beaucoup |
| 1382 | 1/20 | Très nombreux |
Pendant cette terrible pandémie de peste, on observa également que dans le monde animal, des signes indiquaient que la maladie ne épargnait pas les bêtes. En Afrique, les cadavres des animaux morts noircissaient immédiatement ; leur dos se couvrait de plaies, ils maigrissaient, s’affaiblissaient et mouraient en quelques jours. Des phénomènes analogues furent observés en Angleterre. On raconte que les oiseaux auraient quitté les lieux frappés par la maladie, que les poissons auraient disparu des baies maritimes.
La propagation épidémique de la syphilis à la fin du XVe siècle, qui représente un exemple exceptionnel et unique dans l’histoire de cette maladie, fut également accompagnée d’une série de phénomènes naturels inhabituels, signalés par des contemporains éclairés. Astrologues et poètes exprimèrent dans leurs œuvres la vision superstitieuse de l’époque à l’égard de cette maladie massive, imputant à nouveau la cause des épidémies à une conjonction défavorable des planètes (Theodorici Ulseni Frisii Seb, Brant).
Outre cette croyance quasi générale en l’action des conjonctions planétaires défavorables, on attribuait aussi les épidémies à des orages inhabituels, des averses et des inondations qui s’étaient particulièrement manifestés dans les dernières décennies du XVe siècle. Sous l’influence de ces bouleversements naturels, selon les croyances et les présages de l’Antiquité, une transformation générale du caractère des maladies se produisit : la syphilis évolua sous des formes nouvelles, inconnues jusqu’alors ; apparurent pour la première fois le typhus exanthématique en Espagne et les fièvres sudorales en Angleterre, ainsi que des poussées d’épidémie de peste dans de nombreux pays d’Europe.
Selon Fracastoro, auteur de l’époque, l’épidémie de syphilis se propagea principalement en raison d’une « constitution épidémique des organismes », née sous l’effet de causes externes, puis par contamination directe d’un malade à l’autre une fois cet effet disparu. En effet, l’aspiration à relier
La propagation générale de la syphilis à la fin du XVe siècle, avec les modifications de la « constitution épidémique », se retrouve également chez de nombreux autres observateurs. Même dans les indications concernant l’influence des dangereuses conjonctions d’astres, on ne trouve qu’une expression mystique de cette opinion commune. Nous trouvons aussi des témoignages selon lesquels de nombreux contemporains et chercheurs ultérieurs de l’épidémie de « fièvre suette » en Angleterre constataient que cette maladie, par son extension massive, devait son origine à une série de phénomènes météorologiques. Le phénomène le plus important parmi ceux-ci est reconnu comme étant l’humidité exceptionnellement élevée de l’air, caractéristique des périodes de ces épidémies, à savoir : 1486, 1507, 1518, 1529 et 1551. On explique également par cette même circonstance le fait que l’Angleterre servait généralement de lieu de naissance et de développement maximal de cette épidémie, puisque le volume annuel total des précipitations sur son territoire est très élevé.
Au XVIe siècle, les savants tentent d’expliquer les différentes épidémies par l’influence des constellations. Grâce au platonisme renaissant, et en Allemagne à l’enseignement néoplatonicien du père de la chimie pharmaceutique, Paracelse (Paracelsus, 1493-1541), qui, en tant que partisan déclaré de l’astrologie, unissait ses connaissances à l’alchimie, aux mathématiques et à la médecine, les « constellations hostiles » étaient invoquées. Les années 1501-1586 sont expliquées par le fait que cette période correspondait à des années bissextiles.
Aux Pays-Bas, à l’oppression écrasante de la tyrannie espagnole s’ajoutèrent des phénomènes destructeurs dans la nature, des épidémies mortelles, ainsi que des « épidémies » de caractère militaire. « Il semblait, écrit Curths, que la nature conspirait avec l’homme pour anéantir le pays. »
La propagation des épidémies de maladies « palustres et miasmatiques » dans la seconde moitié du XVIIe siècle, d’après un ensemble de sources fiables, était en relation directe avec les phénomènes météorologiques, et, en fonction des variations de ces derniers, on observait des fluctuations évidentes dans le développement et l’évolution même des épidémies. B. Ramazzini, qui observait attentivement les variations de l’épidémie de fièvre palustre en 1693, note que cette épidémie s’intensifiait chaque fois à la nouvelle lune. La nouvelle lune renforçait également d’autres maladies présentes simultanément : la dysenterie et le typhus exanthématique. L’influence des conditions atmosphériques sur l’infection pesteuse au cours du même siècle est également signalée par P. Castro.
De nombreux médecins du XVIIIe siècle avaient également remarqué le lien existant entre les phénomènes naturels et le développement de telle ou telle maladie. Au début du siècle, on a remarqué un lien concernant les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les aurores boréales et d’autres phénomènes (Baglevi). Bien sûr, dans la constatation de ces liens, les superstitions de cette époque jouaient un rôle important. Bien plus précieuses sont les indications sur la corrélation entre l’état des années et la propagation des épizooties et des épiphyties (Raiet, Laubender, Heisinger, Lorinser, Konold, Ramazzini). Il existe des indications selon lesquelles le retour au calme dans l’ordre général de la nature coïncidait avec une réduction brutale des maladies épidémiques (W. Hillary, I. Rutty, J. Huxhami).
Mais dès la seconde moitié du XVIIIe siècle commence une nouvelle période de maladies épidémiques les plus graves et de grands événements dans la nature, dont le lien était considéré comme tout à fait indéniable (Janisch). On a noté que l’état du temps exerçait une influence décisive sur l’intensification ou l’affaiblissement des épidémies de fièvre : après de fortes pluies, on observait constamment un affaiblissement de celle-ci, tandis qu’à l’élévation du baromètre correspondait une intensification. Un lien analogue avait également été relevé entre l’augmentation des cas de dysenterie et les variations brutales des éléments météorologiques (Baser).
La période 1770-1775 se distingue par l’abus et la prédiction des anciens concernant le développement des catastrophes naturelles, des maladies épidémiques. La décennie suivante vit éclater une série d’épizooties, parmi lesquelles il faut mentionner la peste bovine qui parcourut toute l’Europe. Cette maladie s’accompagnait des plus violentes secousses dans la structure de la nature : tremblements de terre, tempêtes, orages, brouillards secs, etc.
Le XVIIIe siècle est marqué par le fait que, pour la première fois, des instruments météorologiques furent appliqués à l’étude des phénomènes naturels et des épidémies. Au XIXe siècle, ces observations retinrent l’attention de nombreux médecins et météorologues, et leur méthode fut portée à un haut degré de perfection. Cependant, l’ignorance et l’oubli de nombreux facteurs de l’environnement environnant ne permirent pas d’en tirer des conclusions constantes.Aucune régularité entre deux séries de phénomènes n’a été mise en évidence. Les monuments de l’ancienne écriture, les chroniques de tous les peuples et de tous les temps, les épopées populaires, les récits transmis par les annales, regorgent de comparaisons entre les phénomènes sous leur forme physique dans la nature de la Terre ou le milieu de l’humanité. Le désir de confronter ces phénomènes repose autant sur les croyances astrologiques que sur les événements du quotidien, ce qui ne manque jamais de confirmer et de renforcer cette aspiration. Les hommes ont longtemps considéré les divers phénomènes célestes comme des présages de graves ou de funestes événements dans le monde humain, comme des signes ou des marques par lesquels la nature, pour ainsi dire, avertirait l’humanité : « Prépare-toi ». La coloration étrange des arcs-en-ciel, les nuages striés, les rayons, les colonnes et les éventails des aurores boréales, les halos autour du Soleil et de la Lune, les orages terrifiants, les taches sur le Soleil, que les anciens observaient à l’œil nu, les bruits accompagnant les aurores boréales ou les décharges orageuses — ces « voix prophétiques », ou divers signaux dont l’origine était inconnue, les tremblements de terre, l’apparition des comètes — tous ces phénomènes les plus beaux et les plus terrifiants de la nature, l’homme les a toujours considérés comme des messagers des tempêtes à venir, des annonciateurs de fléaux pestilentiels, en un mot, comme des signes. Il est tout à fait incompréhensible que, dans leurs excès, les anciens aient accordé une importance et une signification exagérées aux présages célestes, allant jusqu’à tomber dans de grossières erreurs, s’enivrant de la poésie des comparaisons. Une chose est certaine : les anciens surpassaient de loin notre époque par la finesse de leurs observations des phénomènes naturels et par la subtilité de leurs raisonnements logiques.
Les grands phénomènes géophysiques et météorologiques, tels que les aurores boréales visibles en Europe centrale ou les catastrophes naturelles comme les tremblements de terre dévastateurs ou les inondations dévastatrices, ne se produisent pas chaque année. Si ces phénomènes survenaient annuellement, ils ne seraient pas associés à telle ou telle épidémie ou autre événement massif, contrairement à ce qui est fait pour les épidémies liées à d’autres phénomènes périodiques de la nature. Il existe une autre preuve remarquable de la justesse de l’idée selon laquelle les liens observés par les anciens entre les signes et les grands événements collectifs, comme les maladies épidémiques, ne relèvent pas de l’imagination, mais résultent de siècles d’observations sur la régularité d’une corrélation qui se répète obstinément. Nous en trouvons la confirmation dans le fait surprenant que le système de signes de tous les peuples et de tous les temps était identique quant aux objets annonciateurs d’événements. Bien que ce système reposât sur un fondement religieux, il avait toujours pour objet le côté social de la vie des anciens. Pour un Chinois comme pour un chroniqueur russe, pour un Gaulois comme pour un Mongol, un rayon d’aurore boréale ou un halo autour du Soleil annonçaient une seule et même chose : un grave fléau dû à l’air pestilentiel ou à d’autres malheurs. Ainsi, à travers toute l’histoire millénaire des épidémies, on voit poindre le désir de souligner une certaine influence de la nature sur l’homme.
Cependant, malgré le fait qu’à partir du XVIIe siècle, grâce à l’invention par Galilée et Torricelli des premiers instruments météorologiques de mesure, des observations systématiques aient été menées pour élucider cette influence, force est de constater qu’à ce jour, aucune des questions fondamentales dans ce domaine n’a trouvé de réponse. Seules quelques caractéristiques communes ont été établies. Pourtant, il existe un domaine de la médecine qui a porté une attention particulière à l’influence du milieu physique extérieur sur notre organisme : la psychiatrie. Le fait que les phénomènes physico-chimiques du monde extérieur agissent sur l’imagination et les hallucinations des anciens, influençant souvent notre comportement, était connu depuis l’Antiquité. Ses racines plongent à nouveau dans l’astrologie et l’ancienne anthropogéographie. À l’heure actuelle, la psychiatrie a accumulé un vaste matériel d’observations qui attend son Copernic. Il faut rendre hommage aux médecins russes, qui ont toujours participé à l’étude de ce problème (Greizenberg, M. I. Nijégorodtseva, P. I. Kovalevski et d’autres), tout comme les chercheurs étrangers (Faissac, Turell Eyselein, Lombroso, Krypiakieviez, Pederson, Dexter, etc.).
Il serait donc extrêmement injuste de considérer que les recherches sur les corrélations entre diverses épidémies et les grands bouleversements survenant simultanément dans la nature extérieure ne présentent aucun intérêt instructif et ne sont que le fruit d’une pensée préscientifique. Au contraire, les mémoires des médecins contemporains de telle ou telle épidémie regorgent de données riches en conclusions des plus intéressantes. De même que les chroniqueurs, dans leurs annales, notaient les corrélations entre les phénomènes sociaux et cosmiques ou géophysiques, les médecins, en décrivant le déroulement de telle ou telle épidémie, les mettaient en parallèle avec divers phénomènes naturels. Et ces corrélations ne sont pas de simples coïncidences, mais bien ce lien subtil et insaisissable que la science moderne peine à déceler.
« Les convulsions terrifiantes de la nature, écrivait le célèbre historien P. Niebuhr (1776–1831) dans son *Histoire romaine* (*Römische Geschichte*), s’accompagnaient souvent et coïncidaient dans le temps avec diverses épidémies et autres fléaux. » Si les observations des historiens et des savants de tous les temps et de tous les peuples sont exactes, si les époques de phénomènes naturels catastrophiques, accompagnés de l’apparition de divers « signes », coïncident effectivement avec le développement de telle ou telle maladie épidémique, il convient avant tout de répondre à plusieurs questions :
1. Les phénomènes naturels catastrophiques se localisent-ils dans une seule région de la Terre ou, au contraire, couvrent-ils la planète entière à un moment donné ?
2. Ces époques se répètent-elles périodiquement, et si oui, leur période est-elle connue ?
3. Si une périodicité existe, commentзrozumіlo, a takozh chy buly zrobleni sproby postavyty tsю periodychnistʹ u zv’yazku z perebihom budʹ-yakykh kosmichnykh yavishch? Podivymosya, yak nablyzhayetsya nauka do vidpovidi postavleni pytannya u chas. Glava III POSHUKY ZAHADNYKH ZV’YAZKIV Naprykinci XVII v. vydatnyy italʹskiy likar, “batʹko profesiynoyi hihiyeny”, B. Ramatszini (1633 – 1714 rr.) u svoikh epidemiologichnykh robotakh robyv seryozni zahalʹni meteorolohichni vysnovky. Pochnuchy z chasu Ramatszini, my zustrichayemo tsilu pleiadu doslidnykiv, yaki prysvyatyly svoi roboty z’yasuvannyu zv’yazku mizh zakhvoryuvanistyu ta meteorolohichnymy yavishchamy. Sered nykh my bachatʹ T. Sydenhama (Th. Sydenham, 1624-1689 rr.), Vilyisa (Willis, 1621 – 1675 rr.), Mortona (Morton, 1835-1903 rr.), Vilyama Granta (W. Grant) (Mert. Slid osoblyvo vidznachyty imena Sydenhama i Stolla, yaki dokladyly velyku pratsyu dlya z’yasuvannya pytanʹ pro vplyv na zakhvoryuvanistʹ pir roku. U Nimechchyni odnym iz pershykh F. Hoffmana (F. Hoff-man, 1660-1742 rr.) viv spільni sposterezhennya za pohodoyu ta zakhvoryuvanistyu. Pochnuchy iz seredyny XVIII st. u ridkisnomu tvori z pryvatnoyi patologiyi ne vkazuvavsya zv’yazok mizh khvylyuvannyamy u fazakh rozvytku toy chy inshoyi khvoroby ta nadzvychaynymy kombinatsiyamy u vlastyvostyakh atmosfery. Nareshti, u mynulomu stolitti z’yavylosya chymalo dokladnykh doslidzhenʹ pro tsі spivvidnoshennya i zv’yazky. U pershiy polovyni storichchya pytannya pro vplyv zovnishnikh faktoriv na khvoroby retelʹno vyvchayuvavsya u Frantsiyi medychnoyu shkoloyu v Montpelʹye. Z neyi vyishly chysla vidminnykh doslidzhenʹ, yak, napryklad, chudovi roboty R. d’Amadora (R. d’Amador) i Fyustera (Fuster), a takozh Delpesha (Delpech), Al’k’ye (A1-quie), Rush’e (Roucher) ta in. Sh. Sarda (Ch. Sarda) u sviy. Z piznishykh doslidnykiv Knevengalʹ (Knovenagel) napolyahav na tomu, shcho koly-vannya meteorolohichnykh elementiv povynni shkidlyvo abo spryyatyvno vplyvaty na stan hromadsʹkoho zdorov’ya. A. Magelsen (A. Magelssen) pysav, shcho u velykykh mistakh zavzhdy ye riznogo rodu patohennyi bakteriyi; osoblyvo zh otruynymy vony ye tilʹky za chasamy; tse dozvolyaye zrobyty prypushchennya pro vplyv zovnishnikh umov. Na yoho dumku, odnym isnyvannyam bakteriy ne mozhna poyasnyty koly-vannya zakhvoryuvanosti ta smertnosti. Hovoryuchy pro vazhlyve znachennya samogo orhanizmu, yoho konstitutsiyi v kozhnʹy danyy moment zaznachenyy avtor daye take porivnyannya: sukupnistʹ nayotryynishykh bakteriy neshkidlyva dlya nas, yak i zhmenshya drobu. Ostannʹa staye nebezpechnoyu tilʹky te, koly ye porokh, pistons, rushnytsya ta striletsʹ. Tsymy pobichnymy faktoramy u vypadku epidemy ye zovnishni prychyny. “Dobre bulo b znaty, – pyshe Magelsen, – chy zalezhytʹ bilʹshyy abo menshyy stupinʹ otruynosti bakteriy vid zmin, shcho odnochasno vidbuvayutʹsya v atmosferi, abo zh tsya ostannʹa zumovlyaye velyku abo menshu spryyatlyvistʹ do bakteriy yak v odnomu orhanizmi, tak i v tsilomu naselenni.” T. Al’tshul (T. Altschul), povstayuchy podibno Knevengalu proty vchennya pro vynятkovе znachennya bakteriy dlya rozvytku tykh chy inshykh zakhvoryuvanʹ, vkazuvav na vidchutnu, ale ne doslidzhenу periodychnistʹ, a yakisʹ inshi faktory obumovlyuyutʹ tsю periodychnistʹ. Naspravdi, pytaye vin, chomu v odyn rik dyfteriya abo insha khvoroba prokhodytʹ nepomytno, a v inshyy – sylnо rozvytayetsya i vrazhayetʹ naselennya tysiachamy? samomu orhanizmi, u yoho tkanynakh, u yoho rechnynakh. meteorolohichnykh, heofizichnykh i kosmichnykh faktoriv, bezposeredno abo oposeredkovo vplyvaye na lyudynu, vyklykayuchy zakhvoryuvannya; zahadkovykh zv’yazkiv -j chy menshoyi zhyttiediyalʹnosti. Yak by tam ne bulo, koly-vannya pohody shchodo zakhvoryuvannya slid vvyznaty yak suttyevyy dopomizhnyy moment. Z tsikh mirkuvannya vyznikla svogo chasu teoriya M. Pettenkofera, yaki stverdzhuvav, shcho kholera i poshyryuyetsya z dopomohoю lyudskykh znosyn, ale zarodky yiyi stayutʹ diyalʹnymy i nebezpechnymy tilʹky chasom pid vplyvom mistsya y chasu, to yestʹ. pid vplyvom deyakykh fizychnykh ta khimichnykh vlastyvostey navkolyshnʹoho seredovyshcha, shcho ye velychynoyu zminnym. Svoї doslidzhenʹ Pettenkofer zvernyv holovnym chynom na fizyko-khimichni vlastyvosti gruntу, yaki, na yoho dumku, sluzhytʹ vmistylischem zaraznoho pochatku. Dlya dozryvannya kholernogo zarodka potrebni seredniy stupinʹ volohosti gruntu, vidomyy vmist orhanichnykh pokydkiv, vidomyy rivenʹ gruntovykh vod i t. d. Odnak, nezvazhayuchy na te, shcho zbiг takogo faktora, yak koly-vannya rivnya gruntovykh vod, z poyavoyu kholery u budʹ-yakiy mistsevosti sposteryhavsya ne odyn, protе, ne znayutʹ sobi poyasnenya teoretychno Pettenkofera, a, navpaki, pryamo superhechytʹ yiyi. Takym chynom, epidemiolohamy davno pomicheno, shcho bahato epidemiy u svoʹomu vynyknenni ta perebihy vyyavlyayutʹ dyvatsʹka, yaki ne piddaiutʹsya tochnomu ta povnomu poyasnenyu. Tak, napryklad, pytannya pro rozpodil kholernykh epidemiy po vidnoshenni do chasu i mistsya pislya retelʹnykh poshukiv, zroblenykh svogo chasu Pettenkoferom, R. Kokhoм (R. Koch,1843-1910 rr.) ta in., vse zh takozh vvazhayetʹsya vidkrytym. Chomu v odni roky epidemichnyy spalah khvoroby protiahom kilʹkakh misiatsiv okhopyuye velyki terytoriyi, poshyryuyuchysya na vsi chastyny svitu ta zabirayuchy milʹiony zhertv. V inshi roky za vsikh inshykh rivnykh umov vona ne z’yavlyayetsya zovsim abo lokalizuyetsya: u strogo obmezhennomu rayoni. U rezulʹtati rozvytku deyakykh epidemiy, napriklad epidemiy hrypu, mozhna nazvaty mayzhe odnochasne vynykennya chy rizke posylenni zakhvoryuvanosti u bahatʹokh vidalenykh druhoho vid druhoho punktyakh odrazu. Koly v 1847 r. hryp vrazhyv Angliyu, jj G shva HI Daniyu, Belyhiyu, Frantsiyu ta Shveytsariyu, u bahatʹokh sklalosya vrazhennya, shcho hryp u vsikh krayinakh vynyknuv v toi samyy denʹ. Z inshoho boku, likaryamy bulo pomicheno ne tilʹky, tak by movy, stikhiyne vynykennya epidemiy, a y stikhiyne yikhne prypynennya. Tak, u zvіti pro chumnu epidemiyu u Vetlyantsi Strakhovskyy pyshe: “Mabutʹ, u navkolyshnomu seredovyshchi shchosʹ stalo, shcho raptnо prypynilo epidemiyu v Astrakhanskій huberniyi shche do prybuttia protychumnoyi komissiyi.” Vstanovleno takozh, shcho stupinʹ zhorstokosti epidemiyi chasom zminyuyetsya: u deyakі periodi vona to posylyuyetsya, to slabshaye, i koly-vannya tsі ne zavzhdy buvaye mozhlyvo poyasnyty vlastyvosty virusu abo vplyvom vidomykh klimatychnykh, sezonnykh chy meteorolohichnykh faktoriv. Posylyennya bahato epidemiy mozhutʹ vidbuvatyся i vzymku, i vlitku. a tomu zhoden zakhidnykh zalezhnostey iz zaznachennymy faktoramy dlya bahato epidemichnykh khvorob vstanovleno ne bulo, nezvazhayuchy na tochny sposterezhennya ta massovi vymiry. Z davnikh-davnih chasiv isnuye dumka, shcho v etiology hrypu vazhlyvu rolʹ vidhrajuyutʹ takі meteorolohichni ahenty, yak koly-vannya temperatury, stupinʹ volohosti povitrya ta in. Odnak shche v XVI st. bulo vyslovleno dumku, yaka zberihaye svoyu sylu i teper, shcho epidemiyu hrypu mozhna vynyknuty budʹ-koly za nayavnosti riznomanitnykh meteorolohichnykh faktoriv. Z pidrakhunkiv Hirsha (Hirch) vydymo, shcho bil’shіstʹ epidemiy pochnalasya v period grudень – lyuty, ale tse zhe avtory zvertaє uvahu na te, shcho bahato epidemiy, rozpochavshysya vzymku, prodovzhuyutsya potim i vesnoyu i litom, zakhoplyuyuchy takim chynom inshi pory roku, koly perestayutʹ diyty faktory, shcho mали mistsya vzymku. Te same slid skazaty pro kholernі epidemiyi. Yak u Nimechchyni, tak i v deyakykh mistsyakh Rosiyi kholera indih z’yavlyalasya i posylyuvalasya v naytsuvorishі zymy, koly, zdalosya b, prypynayutʹ svoy vplyv faktory, yaki, yak tse zavedeno dumaty, spryyayutʹ rozvytku kholery. Absolyutno ne z’yasovano sakzhe, chomu v deyakі chasy vidbuvayetsya peretvorennya sporadichnoyi abo endemichnoyi formy khvoroby na epidemiyu abo, narешti, pandemiyu. Take yavysche bulo osoblyvo yaskravo vyrazheno v epokhu epidemiyi hrypu v poshukakh zahadkovykh zv’yazkiv. – 1919 rr. v Avstraliyi, otoncheniyu karantynnym kordon. Vidomi vypadky tak zvanikh “korabelʹnykh epidemiy”, to yestʹ epidemiy, shcho vynykayutʹ raptnо na korabli, shcho znakhodytsya dovhyi chas u vidkrytomu mori. Otzh, shchodo epidemiy na chasi mozhutʹ buty postavleni pytannya: 1. Chy zbilʹshuyetsya v deyakі epokhi zhyttiediyalʹnistʹ tykh chy inshykh bakteriy? 2. Chy zmenshuyetsya v ti zh epokhi opirnistʹ orhanizmu? 3. Chy vidbuvayetsya odnochasno i povsyudu (u vypadku epidemiyi chy pandemiyi) te y inshi razom? Z inshoho boku, vstanovleno, shcho epidemichnyy potik, rukhayuchysya shirokoyu smuhoyu, indih shchadytʹ deyakі mistsevosti, obmyvayuchy yikh.Si finalement l’épidémie pénètre dans ces régions, elle se développe à un rythme assez lent. La question se pose de savoir ce qui explique ce phénomène étrange, qui se produit parfois, malgré les interactions des habitants avec les zones voisines touchées par une forme sévère d’épidémie. Est-ce dû à des propriétés particulières des organismes des habitants ou à des facteurs géophysiques qui, d’une manière ou d’une autre, empêchent le développement des bactéries dans cette localité ? Ainsi, l’épidémie peut survenir, ou non. Le moment de son apparition en médecine est inconnu, tout comme sa fin. L’épidémie peut se limiter à une petite zone, ou se propager à tout un pays, un continent, traverser un océan. Elle peut, en présence des conditions sanitaires les plus parfaites, faire de nombreuses victimes et, en l’absence de toute notion de salubrité, se dérouler de manière tout à fait favorable. L’épidémie peut sévir, ne pas être arrêtée par des moyens de défense puissants, pénétrer à travers les frontières les plus rigoureuses et soudain, sans crier gare, après quelques oscillations qui s’estompent progressivement, s’arrêter complètement. Les questions qui se posent doivent donc être considérées comme tout à fait ouvertes, du moins en ce qui concerne la plupart des maladies épidémiques. Leur résolution dépasse probablement largement le domaine dans lequel la médecine moderne est compétente. En effet, il arrive très souvent que, contrairement à l’avis des médecins bactériologistes et épidémiologistes, la maladie éclate quand elle le veut, et s’affaiblit de manière tout à fait inattendue pour tous. La disparition, puis la réapparition de l’épidémie, la disparition, puis l’apparition de micro-organismes dans l’environnement extérieur, ainsi que des fluctuations significatives de la virulence des micro-organismes, ont toujours conduit à penser que les agents pathogènes eux-mêmes représentent un matériau explosif, prêt à éclater à la moindre étincelle. Le rôle des forces cosmiques inconnues dans le sombre processus épidémique a ainsi été reconnu depuis longtemps. L’une des caractéristiques les plus marquantes du mécanisme épidémique a été reconnue comme étant le caractère catastrophique et spontané de l’apparition des épidémies. L’exception concerne uniquement les cas de phénomènes saisonniers périodiques, connus depuis l’époque d’Hippocrate. Il est probable que nous ne nous trompons pas en disant que l’épidémiologie ne connaît que très peu de régularités constantes (dans le temps et dans l’espace) caractérisant le cours d’une épidémie donnée. On peut affirmer que les calamités sociales telles que la guerre et la famine s’accompagnent du développement d’épidémies typhiques. Dans le cadre de telles vérités banales se terminent généralement nos connaissances sur le lien entre le déroulement de l’épidémie et les phénomènes dans l’environnement géophysique, biologique ou social. La science acquiert très lentement une compréhension de certaines régularités persistantes dans le cours et le développement des maladies épidémiques. Ces régularités échappent le plus souvent à l’attention des spécialistes en épidémiologie, car elles doivent plutôt être considérées comme des phénomènes physiques, et non biologiques, puisque nous reconnaissons une part significative d’autonomie dans les phénomènes biologiques. C’est au cours des épidémies que nous rencontrons très souvent des phénomènes qui ne peuvent être expliqués d’un point de vue biologique, comme par exemple des explosions soudaines et brusques, des flambées, des exacerbations de maladies ou, au contraire, des affaiblissements et des arrêts soudains tout en maintenant tous les autres éléments mystérieux. Les tentatives d’expliquer ces phénomènes essentiels par des changements autonomes dans les propriétés vitales de l’agent pathogène, comme on le sait, n’ont pas été couronnées de succès. En même temps, au fil des siècles, la conviction en l’influence puissante de l’environnement physico-chimique sur ce jeu capricieux et chimérique du virus a grandi. En effet, une série de phénomènes géophysiques a été prise en compte lors de l’étude du lien entre les facteurs externes et les maladies épidémiques. En étudiant soigneusement la question de l’influence de la pression atmosphérique, du degré d’humidité, des fluctuations thermiques, des changements du niveau des eaux souterraines, etc., il a été possible, cependant, de trouver dans certains cas des régularités qui conservaient leur force de manière constante et universelle. Dans la plupart des cas, il s’est produit ce qui suit : alors qu’à un endroit il a été observé qu’après une chute de la pression barométrique, le nombre de maladies dues à une épidémie donnée augmentait, à un autre endroit, le même effet résultait d’une augmentation de la pression. Dans un point, une sécheresse excessive de l’air avait le même effet que, dans un autre, une saturation complète en vapeur d’eau. La maladie se propage souvent et progresse tant à basse qu’à haute température. En d’autres termes, en ce qui concerne les phénomènes géophysiques énumérés ci-dessus, tous s’excluent en général dans l’étiologie de la maladie. Il est vrai que l’on peut objecter que des changements brusques dans le cours de l’un de ces facteurs météorologiques peuvent perturber l’équilibre physico-chimique stable de l’organisme et, ce faisant, en affaiblissant temporairement celui-ci, créer un terrain propice à une pénétration plus facile de l’agent pathogène dans l’organisme. En effet, de tels phénomènes sont souvent observés, ce qui a donné lieu à de nombreuses conclusions établissant un lien entre la pression atmosphérique, l’humidité, la température, etc., et des sauts brusques dans le nombre de maladies ou de décès. Il ne fait aucun doute que des changements brusques dans l’un des éléments météorologiques peuvent avoir un effet néfaste sur l’organisme, perturbant l’équilibre stable des processus physico-chimiques et aidant ainsi à affaiblir les forces de résistance de l’organisme et à favoriser la maladie. Il est indéniable que pour l’homme, le moment le plus dangereux est celui qui suit directement un changement soudain dans le cours de l’un ou l’autre élément météorologique. Par la suite, l’organisme commence à s’adapter à la situation physique créée et rétablit l’équilibre dynamique perturbé. On peut penser que les coupables de ce type de bouleversements physiques de l’organisme ne sont pas les facteurs météorologiques eux-mêmes, qui s’intensifient ou diminuent progressivement dans leur tension ou leur action, mais l’ampleur du saut, l’ampleur du passage d’un degré à un autre. Ainsi, en établissant l’influence de ces phénomènes météorologiques sur la morbidité, nous faisons peut-être une grave erreur en leur attribuant une telle influence exceptionnelle. Cette influence n’est qu’un second impulsion décisif pour certains organismes. Et le premier moment ne réside pas en eux. Il existe certains facteurs météorologiques, géophysiques et cosmiques, encore inconnus de nous, qui sont le principal levier qui met en mouvement le mécanisme épidémique et provoque tous ces effets qui mettent les épidémiologistes dans une impasse. Déjà D. Arago (D. Arago, 1786 – 1853) a proposé la théorie de l’influence des agents chimiques de l’environnement atmosphérique sur l’apparition des épidémies de choléra. Ensuite, M. Faraday (M. Faraday, 1791-1867) a défendu l’idée de l’influence sur les maladies cholériques de l’état connu de l’électricité atmosphérique, qui provoque la formation d’ozone. L’influence de l’ozone atmosphérique sur les maladies a été spécialement étudiée à Montpellier durant la période 1857-1858. Herapath a tenté de justifier l’idée que l’intensification du signe négatif du champ électrique de l’atmosphère prédispose à la choléra. Au contraire, Quetelet, en mettant l’électricité atmosphérique en relation avec les maladies cholériques, a considéré qu’elles augmentaient par faible tension de l’électricité atmosphérique. Pendant l’épidémie de choléra de 1837-1838, de nombreux médecins considéraient que les changements dans “l’électricité et le magnétisme de la terre et de l’air” étaient la cause de la choléra. Le médecin russe Givartovsky a soulevé pour la première fois en 1848 la question du lien entre les maladies cholériques et l’électricité de l’atmosphère sur la base de ses observations personnelles. Girs indique que les observations précises de F. Schultze (F. Schultze, 1840-1921), Voltolini, Wette et d’autres ont montré que l’ozone joue un rôle indéterminé dans l’apparition de la choléra. Boekel à Strasbourg et Saintpierre à Montpellier, au milieu du siècle dernier, ont tenté d’éclaircir la question de l’influence de l’ozone par le biais d’observations. Il convient de noter que Fovau de Courmelles a signalé l’absence de certaines maladies dans le sud, attribuant cette circonstance non pas tant au climat chaud qu’à la tension de l’électricité atmosphérique et à la présence d’ozone.Dernier, selon lui, doit jouer un rôle énorme lors des maladies pulmonaires comme un puissant antiseptique. Enfin, Lamon à Munich, déjà dans les années 60 du siècle dernier, fut l’un des premiers à indiquer le lien possible entre les épidémies et les perturbations dans le champ électrique et magnétique de la Terre, qui dépendent à leur tour de l’influence d’un facteur cosmique. Après les épidémies sévères qui ont eu lieu au milieu du siècle dernier, de nombreux médecins russes et étrangers ont conclu qu’au cours des épidémies de choléra, la charge de l’électricité atmosphérique avait principalement un caractère unipolaire de signe négatif. En s’arrêtant sur ce phénomène, F. Inozemtsev écrivait : “Chaque fois que des orages atmosphériques apparaissaient, nous avons constaté que le nombre de malades du choléra admis à l’hôpital augmentait soudainement de manière significative, tout comme le nombre de décès était plus élevé qu’avant l’apparition de l’orage. La conclusion générale sur la morbidité et la mortalité quotidienne montre la même chose pendant les jours d’orage, car partout le nombre de nouveaux malades et de morts était manifestement disproportionné par rapport à l’évolution de l’épidémie – augmenté”. Un autre chercheur russe, N. Skalovsky, en 1908, a présenté des rapports sur le rôle des phénomènes météorologiques, et en particulier partiellement, des épidémies. Enfin, dans B. Moura (V. Mooge), dans une publication de 1886, nous trouvons une référence aux taches solaires qui, comme l’écrivait Mour, selon certains chercheurs, peuvent avoir une certaine influence sur l’état de l’environnement, favorisant le développement d’épidémies. L’activité solaire. Il convient également de noter que pendant les épidémies de choléra, même dans les pays épargnés par le choléra, des maladies gastriques aiguës massives se développent simultanément. Des changements dans certaines caractéristiques constitutionnelles de l’homme le prédisposent à des maladies de type particulier. La courbe inférieure – le même phénomène à Lindenburg. La différence de latitude entre Manille et Lindenburg est de 37° (selon Bongards). Chapitre III des médecins épidémiologistes et bactériologistes modernes. Ainsi, par exemple, A. Kraft (A. Craft, Chicago, 1919) voit une similitude entre la grippe et la maladie des caissons et considère que les dommages initiaux sont causés à l’organisme par un facteur chimique, qui ouvre la voie à l’infection elle-même. Une opinion encore plus précise a été exprimée par C. Richter (C. Richter, San Francisco, 1921). Selon lui, cet agent chimique est l’ozone. La présence et la diminution de la quantité d’ozone sont liées aux cyclones et aux anticyclones. L’idée de Richter est un écho d’une déclaration sur la nature de la grippe de Schönbein, faite au début du siècle dernier. Alors que les facteurs météorologiques énumérés ci-dessus, tels que : température, pression, humidité, etc. – subissent des fluctuations progressives et donnent même dans deux points proches des indications différentes en raison de la complexité du système général de mouvement des masses d’air, il existe un petit groupe de phénomènes qui englobent simultanément d’énormes territoires et conservent leur constance sur de grandes surfaces. Un exemple des premiers peut être les perturbations du champ magnétique terrestre, qui, comme on le sait, peuvent être observées simultanément dans de nombreuses régions de la Terre. Les enregistrements des tempêtes magnétiques, obtenus dans différentes observatoires, sont dans leurs principaux détails tout à fait similaires. Un exemple du second est l’état du champ électrique atmosphérique. L’examen des courbes de variation de l’électricité atmosphérique, obtenues à différents endroits, montre que des variations homogènes se produisent presque simultanément dans de nombreux points éloignés les uns des autres. On peut avec pleine justification considérer le déroulement de l’électricité atmosphérique dans n’importe quel point d’Europe comme typique pour l’ensemble du continent européen pendant cette période. G. Bongards (N. Bongards) a effectué des observations simultanées sur la quantité d’émanations radioactives à Lindenburg et à Manille, obtenant pour ces lieux éloignés l’un de l’autre une périodicité absolument identique, égale à 27-28 jours. En comparant les données obtenues dans ces deux points avec les spectrographies des nuages de calcium du Soleil, Bongards a conclu que la source des émanations détectées dans l’atmosphère terrestre est l’activité solaire. Un biologiste moderne et des motifs importants affirment que la vitalité des organismes végétaux et animaux dépend d’une certaine manière de divers phénomènes météorologiques, parmi lesquels la science moderne accorde une place prépondérante aux phénomènes électriques, car les phénomènes électriques, magnétiques et électromagnétiques sont les plus étroitement liés aux phénomènes cosmiques, et principalement à l’influence du Soleil, il convient donc d’explorer la question de la relation entre l’activité solaire et certaines maladies épidémiques. Cette direction de recherche est justifiée par le fait que les changements et les périodes de ces changements dans l’activité solaire ont été étudiés de manière incomparablement meilleure et sur une période de temps incomparablement plus longue que tout changement dans le champ magnétique terrestre ou le champ électrique de l’atmosphère. Chapitre IV Les tourbillons des tempêtes solaires Avant de nous pencher sur les questions de la relation entre les épidémies et l’activité solaire, il est nécessaire de concentrer notre attention sur les événements et la nature de l’activité périodique du Soleil. Sans cet examen, tous les phénomènes qui se déroulent sous l’influence du Soleil dans le champ électrique et magnétique de notre atmosphère – c’est-à-dire précisément l’endroit où nous vivons – nous resteraient incompréhensibles. Le lien entre les êtres organiques et l’environnement cosmo-tellurique est trop grand pour que l’on puisse passer sous silence le plus grand générateur d’énergie – le Soleil avec toutes ses principales caractéristiques. Bien que, depuis la plus haute antiquité, l’homme ait intuitivement compris le rôle prépondérant du Soleil dans la vie de notre monde, l’ait appelé son dieu, ait créé à son sujet les meilleurs mythes, légendes, contes et sagas, et lui ait dédié les plus beaux temples, malgré le fait qu’encore à l’époque préhistorique, dans l’esprit des scientifiques et des philosophes, à partir de l’enseignement sur le Soleil comme cause de tout ce qui existe, la science sur le Soleil n’a commencé qu’à partir du moment où des scientifiques européens tels que Fabricius, Scheiner, Galilée et Harriot ont commencé, indépendamment les uns des autres, en 1610-1611, à étudier les taches à la surface de l’astre. Après une série de controverses, qui étaient plutôt de nature théologique que scientifique, l’existence des taches a été reconnue comme indiscutable et des observations systématiques ont été établies à leur sujet. Ces observations ont donné naissance à la physique solaire. Déjà deux ans plus tard, à partir des données sur le mouvement des taches, Galilée, et en même temps Fabricius et Scheiner, ont découvert la vitesse de rotation du corps solaire autour de son axe, déterminant le temps total de révolution à 26-27 jours. Depuis lors, pendant trois siècles, des centaines d’astronomes éminents ont dirigé leurs regards vers les taches solaires pour en déterminer la nature. Les tourbillons des tempêtes solaires, les taches sont des formations grandioses qui, à des périodes connues, deviennent visibles à l’œil nu, ce qui permettait déjà aux chroniqueurs chinois de noter les taches et de formuler diverses hypothèses à leur sujet. Les groupes de taches atteignent parfois des tailles linéaires colossales, égales à 250 000 km, et couvrent des surfaces de centaines de millions de kilomètres carrés. Par exemple, la tache de février 1917 – environ 250 000 km. Les durées d’existence des taches sont également variées et capricieuses, tout comme leurs tailles. Très souvent, des taches sont observées qui ne vivent que quelques jours, pour disparaître sans laisser de trace, mais il y a des taches qui persistent pendant trois ou quatre révolutions du Soleil, c’est-à-dire presque trois mois. Comme on le sait, un tour complet du Soleil autour de son axe prend environ 27 jours (temps synodique de rotation). Ainsi, une tache qui conserve son activité pendant 13,5 jours traverse le disque solaire, pour ensuite disparaître des yeux de l’observateur pendant la même période. Depuis l’apparition d’une tache à partir du bord du Soleil jusqu’à son entrée dans le plan du méridien central solaire, il s’écoule environ une semaine. Cependant, ces délais ne sont pas tout à fait précis, car le Soleil ne tourne pas comme un corps solide, toutes ses parties ne se déplaçant pas ensemble. Une tache située dans la zone équatoriale, si elle existe longtemps, effectue un tour complet… avec le Soleil en 25 jours, tandis qu’une tache apparue à une latitude de 45° effectue son tour complet en 27,5 jours. Plus près des pôles, la période de rotation du Soleil est encore plus longue. Il est remarquable que les taches ne se forment pas à toutes les latitudes. Elles naissent principalement dans deux ceintures situées de part et d’autre de l’équateur – précisément entre 10° et 30° de latitude (ce sont les soi-disant “latitudes royales”).
À l’équateur même, les taches sont très rares, et elles apparaissent encore plus rarement au-delà de 35° de latitude. L’augmentation du nombre de taches entraîne l’élargissement des zones où elles sont observées. On a remarqué depuis longtemps que le nombre de taches est très variable : il y a des années où le disque solaire est constamment traversé, l’une après l’autre, par des taches de grande taille, et, à l’inverse, il arrive parfois qu’en un mois on ne puisse en observer que quelques-unes, minuscules, de 5 à 10.




