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VERS LES ARCHÉTYPES SUPÉRIEURS : UNE EXPÉRIENCE DE RECHERCHE PSYCHOLOGIQUE :: 3. Partie 2 – L’ARCHÉTYPE DIADIQUE Partie 1

PARTIE 2 — L’ARCHÉTYPE DIADIQUE

L’archétype diadique universel se compose de deux archétypes : l’archétype yang, ou principe masculin, et l’archétype yin, ou principe féminin. Dans la tradition philosophique occidentale, ils correspondent approximativement à la matière et à l’esprit. La tradition attribue à l’archétype yang des qualités telles que la subtilité, l’activité, la stimulation, la création, l’incarnation. À l’inverse, l’archétype yin se caractérise par la densité, l’inertie, la réactivité, c’est-à-dire la réceptivité, la fluidité, la capacité à réagir à l’influence, la capacité à se transformer sous l’effet d’une influence externe. En termes simples, le yang influence, le yin subit l’influence. Tout ce qui relève des modes et des caractéristiques de l’influence — la force, l’énergie, les plans, les outils, les méthodes — relève des caractéristiques yang, tandis que ce qui décrit la réaction à l’influence, l’objet même de l’influence, ses qualités et ses modes de réponse, relève des attributs yin.

L’esprit a une idée et souhaite l’exprimer, la matière incarne son dessein. Il semblerait que tout soit simple et clair, et la description ci-dessus paraisse exhaustive. Cependant, les idées et les images les plus simples et les plus profondes, remontant de l’inconscient vers la surface, ne deviennent rien de plus que des nuances, des accents que l’on ne peut saisir qu’en y prêtant une attention particulière et en connaissant la cause première qui les engendre. De même, toute situation possède non seulement un sens direct, mais aussi diverses nuances, dont la prise en compte permet à l’être humain de s’orienter avec bien plus de précision et d’adapter son comportement de manière bien plus efficace. Ces nuances ne sont rien d’autre que l’influence des archétypes supérieurs, que l’on peut percevoir de manière inconsciente ou consciente, et cette prise de conscience revêt une grande valeur pour l’individu.

Que nous apporte, par exemple, la maîtrise de l’archétype holistique, déjà connu du lecteur ? Une perception subtile de l’équilibre entre les principes local et global offre à l’être humain la possibilité de répartir son attention avec une grande précision entre les éléments d’un grand objet, par exemple de gérer efficacement une entreprise en sachant quand il faut prêter attention à son existence dans son ensemble, et quand il convient de se consacrer à un aspect particulier de son activité ou à l’activité d’un de ses services spécifiques, et lequel. La maîtrise de l’équilibre entre les archétypes yin et yang confère à l’individu une connaissance subtile des situations dans lesquelles il doit être attentif et percevoir ce qui se passe sans intervenir, et celles où, au contraire, il doit faire preuve d’activité, de quelle manière et dans quel style. Ce type d’intuition est propre à de nombreuses personnes qui évoluent efficacement dans l’espace social, mais peu d’entre elles peuvent expliquer sur quoi elles s’appuient et pourquoi elles agissent précisément de cette façon plutôt qu’une autre. La maîtrise consciente de l’archétype diadique peut éclairer bien des choses pour une personne attentive, qui cherche à n’agir que dans des situations préparées et à se préparer elle-même de manière adéquate à l’action.

TRAVAIL SUR L’ARCHÉTYPE YANG

Les manifestations inférieures, ou barbares, de l’archétype yang se caractérisent par une inadéquation de l’influence de l’esprit sur la matière, qui se manifeste souvent par une mauvaise adéquation de cette influence avec la nature et les besoins de la matière. L’esprit, disposant d’un certain potentiel, cherche à le réaliser sur une matière donnée. Cependant, toute matière ne lui convient pas, et il cherche, à l’instar du Démon de Lermontov, sa Tamara, mais ne la trouve pas immédiatement, et les cas où il se trompe lourdement dans son choix relèvent précisément des manifestations inférieures de l’archétype yang. Souvent, l’influence elle-même est immature ou déjà surmature dans sa forme potentielle, ce qui exclut d’emblée la possibilité d’une incarnation adéquate. Ainsi, il n’est pas bon pour un riche touriste de se rendre dans un pays exotique pour se divertir, de même qu’un pauvre homme au portefeuille maigre ne devrait pas se rendre dans un grand magasin luxueux ; pourtant, l’un et l’autre le font parfois, et en analysant les prémisses de l’événement, on découvre toujours l’inadéquation de l’impulsion yang initiale — dans ce cas, l’intention de se reposer ou de faire des achats. Peut-être que l’impulsion de se reposer est apparue plus tôt, mais n’a pas été réalisée à temps, ou l’individu avait dans l’inconscient une tout autre intention, qui n’a pas été transmise à la conscience dans sa forme originelle et a été déformée lors du processus de censure inconsciente. Dans tous les cas, le potentiel yang inférieur ne peut être adéquatement réalisé par nature, et c’est pourquoi il est attiré par une matière qui ne lui correspond pas, laquelle réagira à son action d’une manière très éloignée de ce qui était escompté.

Il est important de comprendre que, dans la nature, tous les types d’influences sont nécessaires par essence, y compris les influences subtiles et les influences grossières, et que toutes peuvent, dans certaines circonstances, être parfaitement adéquates. Le loup, par exemple, est grossier par nature, c’est un prédateur qui se nourrit d’animaux ; pourtant, la fonction de « prédateur sanitaire » excuse moralement son comportement, ce qui ne peut être dit d’un humain qui se nourrit des représentants les plus nobles, et non des plus vils, de la faune. Ainsi, le défaut de l’octave inférieure de l’archétype yang ne réside pas dans le fait que le potentiel d’influence n’est en principe pas adapté à l’incarnation, mais dans le fait qu’il s’incarne au mauvais endroit, de la mauvaise manière et au mauvais moment, ce qui est principalement dû à son manque de préparation à une incarnation adéquate favorisant l’évolution de la matière.

Les manifestations moyennes, ou amateurs, de l’archétype yang se caractérisent par une entropie moindre, c’est-à-dire un chaos moindre introduit dans la matière ; on peut parler ici d’une certaine adéquation globale de l’activité de l’esprit avec la nature de la matière. Au niveau inférieur, l’accent est davantage mis sur l’énergie, qui, en s’introduisant dans la matière, fait quelque chose avec elle — le plus souvent, elle l’irrite inutilement ou la détruit ouvertement. Au niveau moyen, le potentiel yang possède déjà une certaine idée concernant l’influence sur la matière (par exemple, il peut s’agir de son objectif ou de son plan d’action), et il existe une certaine représentation des qualités nécessaires que l’objet de l’influence doit posséder. Par conséquent, l’action elle-même se déroule de manière satisfaisante, et la matière se révèle globalement préparée à l’action, c’est-à-dire qu’elle s’accorde avec sa nature et répond à ses besoins actuels. À ce niveau, le potentiel d’influence est perçu comme mûr en principe, c’est-à-dire prêt à s’incarner, mais encore un peu informe, et c’est pourquoi il ne trouve pas exactement la matière qui lui convient pour s’incarner et s’incarne sous une forme peu prévisible ; au niveau inférieur de l’archétype yang, le résultat de l’incarnation est totalement imprévisible.

À titre d’exemple, on peut citer le travail avec une hache. Au niveau barbare de manifestation de l’archétype yang se trouve un fou en proie à la rage, qui, armé d’une hache, détruit tout autour de lui sans discernement. Au niveau amateur se trouve le jardinier amateur Ivan Pafnoutievitch, qui peut maladroitement abattre un arbre mort et le couper en bûches, ébrancher des pieux pour une clôture, réparer une porte branlante, ou, dans le pire des cas, assembler une table dans la cour sur des poteaux plantés dans le sol. Cependant, construire une charpente, sans parler de l’édification des chevrons et de la toiture d’une maison en bois des plus simples, dépasse largement ses capacités, ce qui relève déjà du niveau professionnel de manifestation de l’archétype yang.

Du point de vue de la matière, le niveau moyen (amateur) des influences yang est globalement satisfaisant, correspond à ses besoins et relève principalement de sa nature, c’est-à-dire qu’il la perturbe de manière grossière. Face à de telles actions, la matière répond par un consentement et des tentatives de coopération, mais non par un enthousiasme ou une réponse pleinement adéquate. La matière ne sait pas encore dans quelle mesure l’influence de l’esprit lui sera bénéfique : cela ne sera révélé que par l’avenir. Ainsi, une jeune mariée regarde pour la première fois son promis, envoyé par une entremetteuse expérimentée : il a belle allure, est robuste, aux yeux bleus et issu d’une famille respectable — mais que réserve l’avenir ? Dieu seul le sait.

Le niveau élevé, ou professionnel, de manifestation de l’archétype yang se caractérise par la pleine maturité du potentiel d’influence et l’adéquation de l’influence même de l’esprit sur la matière : elle se produit au bon moment, sous une forme appropriée, à l’aide d’outils bien choisis et répond exactement à ses besoins et à ses limites. Pour le niveau professionnel de manifestation de l’archétype yang, une grande attention est portée au choix de l’objet sur lequel s’exerce l’effort, c’est-à-dire l’influence. Le potentiel yang doit non seulement être pleinement mûr : il doit trouver avec précision l’objet qui a besoin de son influence et s’assurer de sa volonté et de sa préparation à assimiler cette influence.

Ainsi, un éleveur de chiens expérimenté cherche pour ses chiots de race des futurs propriétaires qui, en plus d’un enthousiasme général et d’un désir passionné d’avoir un chien de cette race, doivent répondre à diverses exigences supplémentaires, tant matérielles que morales : posséder une voiture et une datcha, ainsi qu’un spacieux appartement en ville, et surtout une capacité supérieure à se sacrifier, si nécessaire, aux idéaux de l’élevage canin. Pour un niveau professionnel, les outils d’influence sont également très importants : ils doivent être adaptés à l’esprit, posséder une « capacité de transmission » suffisante pour agir, et être perçus de manière adéquate par la matière, non seulement sans endommager ses formes et ses structures (sauf dans des cas bien précis dont la karma est déjà arrivé à terme), mais en devenant presque une extension et un soutien de celle-ci. Ainsi, les mains d’un masseur de haut niveau sont ressenties par le corps du client comme quelque chose de totalement sien, familier, et le corps l’accueille volontiers en profondeur – plus profondément même que ses propres mains. Par conséquent, au niveau élevé du principe yang, celui-ci intègre clairement en lui un élément yin, à savoir une attention portée à l’objet futur de ses efforts ; à son tour, cet objet, doté de qualités yin clairement élaborées (voir plus bas), doit également posséder une certaine nuance yang, à savoir émettre dans l’espace des effluves subtils, un arôme spécifique qui attire le principe yang d’une certaine manière ; en d’autres termes, cet arôme doit clairement informer l’esprit des besoins actuels de l’objet et de sa disponibilité à recevoir une action correspondante. Lorsque toutes les conditions décrites sont remplies, l’influence de l’esprit se produit de manière très précise et ses conséquences sont largement prévisibles : de l’orge germent des épis, et les étudiants des instituts deviennent des spécialistes qualifiés dans leurs domaines respectifs. Les effets secondaires imprévus peuvent bien sûr survenir, mais ils sont généralement mineurs et sans importance fondamentale.

TRAVAIL SUR L’ARCHÉTYPE YIN

Voici, cependant, l’expression barbare de l’archétype yin : un état de la matière caractérisé par un chaos total et une incertitude quant à ses attentes envers l’esprit : elle ne va pas bien, mais elle ne parvient pas à identifier la cause du problème ni à formuler une demande précise. Parfois, son comportement se manifeste par des plaintes désordonnées et indéfinies, des souffrances évidentes et une attitude très incohérente envers ses propres attentes : ayant obtenu ce qu’elle venait de demander, elle peut le rejeter sous n’importe quel prétexte (« ce n’est pas ça, je n’en ai pas besoin, ça ne convient pas, je n’ai besoin de rien du tout », etc.). Dans d’autres cas, à l’état yin barbare, la matière, au contraire, est absolument omnivore : elle semble inviter et tenter d’assimiler toute influence spirituelle qu’elle parvient à recevoir, mais sans obtenir de résultats positifs, car pour diverses raisons, toutes ces influences s’avèrent inadéquates et destructrices. Une troisième variante de l’état barbare de la matière est l’absence totale de demande réelle envers l’esprit et le blocage de toute tentative d’intervention en vue d’une aide – alors qu’elle en a désespérément besoin. Le problème ici réside dans le fait que la préparation de la matière à l’action de l’esprit nécessite des efforts supplémentaires spécifiques, sans lesquels rien de constructif ne peut en sortir.

Ainsi, l’expression inférieure, barbare, de l’archétype yin est un état de la matière où celle-ci est profondément déséquilibrée et incapable de résoudre ses problèmes par ses propres ressources, tout en n’étant pas prête à l’intrusion de l’esprit ; et lorsque celle-ci se produit, la matière la perçoit comme totalement étrangère et cherche à l’ignorer, ou bien elle lutte contre elle, se détruisant dans ses formes et aspects essentiels. Un exemple typique, hélas assez répandu, est celui d’un pays dont le peuple mène une guerre civile sanglante sans tirer aucun bénéfice de l’aide extérieure, qu’elle soit humanitaire ou militaire.

Toute matière émet certaines émanations subtiles (par rapport à l’énergie qui lui est propre) qui informent l’esprit de son état et de ses besoins. En particulier, au niveau barbare, la matière émet des émanations de souffrance intense ou de grand désarroi, accompagnées d’une menace assez explicite envers quiconque tenterait de s’en approcher. Si l’on devait exprimer cet appel-menace en mots, il pourrait ressembler à ceci : « Je vais très mal et je souffre profondément… mais celui qui essaiera de m’aider ira encore plus mal, car je le hais et le méprise d’avance ! » – et ce n’est pas une menace en l’air ! Le lecteur comprendra qu’il est difficile d’aider quelqu’un avec une telle attitude, et généralement, c’est l’archétype yang, lui aussi au niveau barbare, qui répond à cet appel – bien que ce ne soit pas une obligation.

L’expression moyenne, ou amateur, de l’archétype yin se caractérise par un état de la matière où celle-ci n’est plus aussi ouvertement catastrophique, mais où elle formule assez clairement ses besoins, préparant le terrain pour une graine qui pourra réellement germer et résoudre ainsi ses problèmes urgents. Contrairement à la réaction antagoniste de rejet caractéristique de l’expression barbare de l’yin, le niveau amateur se distingue par une certaine sélectivité réfléchie envers l’esprit et, globalement, une attitude plutôt positive envers son influence, même si celle-ci ne se manifeste pas toujours avec suffisamment de prudence et entraîne des effets secondaires désagréables. Néanmoins, le résultat principal (pour ainsi dire, l’arrivée d’un homme dans la maison) satisfait pleinement la matière, la faisant passer à un niveau qualitativement nouveau et résolvant ses problèmes principaux.

Pour le niveau moyen de manifestation de l’yin, un état bien précis de la matière est caractéristique : elle ne veut plus continuer son existence passée, mais se trouve dans un état critique, au bord de la dissolution ; ses problèmes et ses difficultés sont clairement localisés et identifiés, et il est globalement compréhensible quel type d’influence est nécessaire pour les résoudre. La matière est capable d’assumer la majeure partie du travail par elle-même, mais elle a tout de même besoin d’une certaine impulsion extérieure. Elle ne pourra pas préciser exactement quels changements surviendront en elle à la suite de l’influence nécessaire, mais elle se fait une idée assez claire de la direction générale de son développement. On peut comparer cela à un entrepreneur qui se rend chez un banquier pour obtenir un crédit pour un projet précis et lui présente son plan d’affaires pour sa réalisation.

On peut aussi dire que, dans ce cas, la matière propose à l’esprit un contrat aux conditions approximatives mais définies sur les points principaux. Le niveau de manifestation de l’archétype yin est étroitement lié aux particularités de l’arôme que la matière émet dans le but unique d’attirer l’esprit ; cet arôme est perçu par l’esprit comme un appel qui capte son attention. L’odeur de la matière à l’état yin barbare est épaisse et lourde ; l’appel correspondant est perçu par l’esprit comme grave, autoritaire, indistinct et menaçant (et le lecteur bienheureux qui, après avoir lu ces quatre épithètes, haussera les épaules et protestera : « Mais cela n’existe pas ! »). L’odeur de la matière à l’état yin amateur n’est plus aussi épaisse, elle est plus légère, plus spécifique et plus amicale ; son attrait pour l’esprit est sélectif et recèle un plaisir particulier lié à une incarnation d’un genre particulier, différente des incarnations dans d’autres types de matière, à d’autres époques et dans d’autres conditions.

Le niveau élevé, professionnel, de manifestation de l’archétype yin est propre à une matière ayant parcouru un long chemin évolutif. Ses problèmes et ses besoins ne sont plus évidents pour un observateur extérieur, ils sont délibérément uniques, tout comme les méthodes d’influence spirituelle nécessaires. Un exemple frappant est la nécessité de tailler un grand diamant pour en faire un bijou parfaitement adapté à un client spécifique – un seigneur influent, un marquis, voire un duc. Du point de vue du prix de vente, la différence entre un diamant brut et une bague finie peut ne pas être si grande, mais pour le joaillier, ce sont deux objets qualitativement différents, séparés par des décennies de formation professionnelle.

La matière à haut niveau yin ne se contente pas de nécessiter une influence spirituelle très précise – elle peut également prévoir avec une grande exactitude quelles seront les conséquences de cette influence. En règle générale, elle se prépare longuement à ces influences, notamment en créant pour l’esprit une plateforme d’atterrissage extrêmement précise, et assure elle-même (déjà de manière autonome) un soin méticuleux pour la graine qu’elle a semée. Ainsi, le ventre féminin attend la semence masculine et, une fois celle-ci reçue, la protège et la fait grandir pendant neuf mois pour donner naissance à un fruit précieux.

À ce niveau, la matière ne se heurte pas aussi vivement au problème du temps. Quand elle est tout à fait prête à recevoir l’influence nécessaire de l’esprit, cette influence arrive, et tant qu’elle n’est pas venue — on peut donc vivre paisiblement de ses propres ressources, en poursuivant son évolution intérieure, en modifiant et en précisant ses besoins spirituels, et en préparant le terrain pour l’esprit à venir. Telle est la situation de tout enseignant de haut niveau, d’un vrai maître dont l’enseignement exige bien plus de principe yang chez les élèves et, en conséquence, de principe yin chez le maître lui-même. Il se prépare longuement à la rencontre avec ses élèves, et l’enseignement consiste principalement en une réaction de sa part à leurs demandes — mais, bien entendu, pas n’importe lesquelles, seulement celles qui correspondent à ses possibilités et à ses désirs intérieurs. En d’autres termes, l’élève doit deviner avec précision ce que le maître souhaite lui enseigner et exprimer

Une demande formulée de manière parfaitement précise est la seule voie par laquelle la transmission du savoir devient possible. Однак cela reste une grande rareté, et l’apparition même d’un tel élève est une manifestation de l’esprit que le maître perçoit clairement. En paraphrasant une parole évangélique bien connue, il pourrait dire : « Quand mes élèves viennent à moi, je les reconnais. » L’arôme émanant dans l’espace d’une matière de haut niveau yin est subtil et très spécifique. Pour la plupart des potentiels spirituels, il est à peine perceptible, voire totalement invisible ; однак pour celui qui en est porteur, il est perçu comme un parfum céleste qui l’appelle avec délicatesse et rigueur, et le prédispose d’avance à une tonalité bien déterminée.

C’est ainsi que se sent le moine errant approchant des lieux saints : tout ce qui est accidentel et superficiel semble s’envoler de lui, laissant place au profond et à l’essentiel, qui, навпаки, se manifeste dans sa conscience avec une clarté et une précision remarquables.

TRAVAIL SUR L’ARCHÉTYPE DIADIQUE

Stade 1. Le chaos primordial.

Se trouvant à ce stade, l’individu ne tient aucun compte du fait que le monde comporte des comportements actifs et réceptifs, ne se demande pas qu’une situation donnée attend de lui une forme d’attention ou d’action spécifique, et vit comme si rien de tout cela n’existait dans la nature. Il interrompt facilement son interlocuteur ; dans les situations où quelque chose lui est clairement demandé, il peut feindre de ne pas le remarquer et ne pas en tenir rigueur. Dans son comportement, il confond sans scrupules les demandes, les exigences, les instructions, les ordres et les plaintes au point qu’il devient impossible de discerner ce qu’il veut ou exige réellement. De même, il ne prête aucune attention aux modalités qui lui sont adressées, ni aux modalités des situations extérieures dans lesquelles il se trouve, et peut tout à fait prendre une exigence pour une humble requête et y réagir en conséquence, ou interpréter un récit calme, sans obligation aucune, comme une agression insolente, sans même qu’on puisse lui expliquer pourquoi. Il considère sa propre compréhension de lui-même et de la situation comme la seule valable et en est absolument convaincu.

Cette personne, en règle générale, n’a aucun sens du temps. Elle intervient toujours mal à propos, s’impose sans y être invitée, rompt un silence général quand cela est absolument inacceptable, se tait quand elle devrait parler, ce qui aggrave considérablement sa position, regarde au lieu de parler, et parle dans des situations où on ne l’écoute pas. Une mauvaise — ou, pour être plus exact, une absence totale — d’accord entre les modalités yin et yang conduit la personne à choisir des outils d’influence totalement inadaptés : dans une situation où un simple marteau léger suffirait, elle manie une masse, et pour scier une grosse poutre, elle utilise une scie à chantourner. Dans les cas où il faudrait écouter le fond, elle se concentre sur la forme, et en se focalisant sur la forme, elle oublie complètement le fond ou l’affuble de son propre contenu, qui n’a aucun rapport avec celui dont il est réellement doté.

Il est extrêmement difficile de traiter avec une telle personne, et avant tout parce qu’elle est incapable de maintenir une modalité — yin ou yang — pendant un temps même un peu prolongé. Se concentrer sur un sujet ou, навпаки, sur son propre acte représente pour elle un effort qui dépasse ses capacités. On ne peut attirer son attention sur soi que pendant un laps de temps très court, après quoi elle vous interrompt par une manifestation de soi souvent inappropriée, qui, d’ailleurs, cédera bientôt la place à son attention pour un objet totalement étranger au sujet de votre conversation. Il est typique pour elle d’interrompre en posant des questions totalement inutiles et déplacées, ou en insérant dans votre discours ses propres impressions et pensées, sans aucun lien avec vos idées, le sujet de votre exposé ou le thème de la conversation que vous tentez d’organiser.

Le passage au stade du chaos primordial peut être utilisé comme une technique efficace pour déstabiliser ou faire sortir quelqu’un de ses positions, surtout si cette personne vous expose longuement et avec ennui un sujet qui ne vous intéresse plus du tout, mais qui lui semble indispensable. En l’interrompant par des répliques où s’entremêlent de manière chaotique les principes yin et yang, vous pouvez lui faire comprendre assez rapidement que vous ne l’écoutez pas et ne le comprenez pas, et qu’il n’y a aucune chance que vous le compreniez. Il se peut alors qu’il s’arrête. Bien sûr, c’est une méthode grossière, mais assez efficace pour lutter contre les personnes qui semblent désespérément bloquées sur leur sujet préféré, comme « Moi et mes souffrances », « Moi et ma vie insupportable ».

Stade 2. L’identification.

À ce stade, l’individu apprend à distinguer les modalités yin et yang et peut maintenir l’une ou l’autre pendant un certain temps, c’est-à-dire qu’il est capable, par exemple, d’écouter son interlocuteur sans l’interrompre pendant un moment, et, si nécessaire, de manifester de l’activité sans la rompre au point critique où cela pourrait compromettre l’issue d’une action ou d’une démarche responsable. Par exemple, en tenant un enfant par la main pour le faire traverser une large rue, il le fera sans s’arrêter ni prêter attention aux provocations de l’enfant : « Oh, maman, regarde, un oiseau s’envole ! Allons voir où il va ! »

À ce stade apparaît donc une certaine inertie : l’archétype domine la personne et la maintient sous son emprise pendant un temps (parfois long), et l’individu, en règle générale, est incapable de résister à cette influence et de remplacer l’archétype par son opposé (yin par yang et vice versa). Par exemple, une personne sur laquelle s’est abattu l’archétype yin se retrouvera littéralement paralysée par cette circonstance et écoutera son interlocuteur avec une impuissance totale, même quand celui-ci l’ennuie à mourir, sans pour autant parvenir à passer à l’action active : ayant perdu la modalité yang, elle ne peut même pas dire, par exemple : « Excusez-moi, je dois aller aux toilettes » — ce qui, depuis longtemps, n’est plus seulement une excuse, mais une nécessité urgente.

À ce stade, la notion de complémentarité apparaît dans la conscience de l’individu, c’est-à-dire l’accord des modalités, grâce auquel la communication et, en général, l’interaction dans une situation se déroulent harmonieusement, et de non-complémentarité, c’est-à-dire l’inadéquation des modalités, qui tend la situation et la rend dysharmonieuse, voire conflictuelle. La question de savoir ce qu’est un comportement complémentaire n’est jamais simple.

En somme, si l’on parle en termes archétypaux, la modalité yin est complémentaire de la modalité yang, et vice versa, mais en pratique, dans de nombreuses situations, une personne utilisant la modalité yin semble inviter son partenaire à partager cette modalité avec elle, c’est-à-dire à regarder dans la même direction qu’elle, et dans ce cas, la modalité complémentaire sera également yin. De même, en adoptant une modalité yang, une personne invite parfois son partenaire à adopter également une modalité yang, par exemple en visant avec elle le même objectif, ou, dans une autre variante, elle lui lance un défi, pour ainsi dire, « yang contre yang, allons nous battre ». Dans ce cas, la modalité complémentaire sera la même, ou, en d’autres termes, le comportement complémentaire se révélera être un comportement syntone, c’est-à-dire l’utilisation de la même modalité.

Il est intéressant de noter que les modalités psychologiques ne coïncident souvent pas avec les modalités sociales. Ainsi, deux personnes qui, du point de vue du sens littéral de leurs propos, échangent avec douceur dans une modalité yin des impressions sur leur perception, peuvent en réalité mener une véritable guerre psychologique de modalité yang. Навпаки, des personnes qui, d’un point de vue socialement extérieur, s’expriment dans une modalité yang, peuvent vivre psychologiquement une conversation entre elles de manière très paisible, détendue, yin.

Un exemple de dialogue du premier type est une discussion entre deux dames à propos d’un homme intéressant qui vient d’apparaître dans leur société et fait la cour à l’une d’elles.

  • — J’ai tellement aimé sa voix !
  • — Et moi, sa manière de se tenir. Il a une allure si charmante !
  • — Et moi, c’est son sourire quand il me regardait qui m’a séduite !

À l’inverse, au niveau purement social yang, on peut avoir une dispute entre deux garçons.

  • — Eh bien, je vais te casser la gueule !
  • — Et moi, je te casse l’oreille !
  • — Et moi, j’appelle mon grand frère, il est plus grand que toi !
  • — Et mon grand frère est encore plus grand que le tien, et il a fait son service militaire, il a un pistolet !

En réalité, les deux garçons sont d’excellente humeur et n’ont aucune intention d’appeler leurs grands frères, qui d’ailleurs peuvent très bien ne pas exister.

Ils passent leur temps paisiblement et plutôt amicalement dans une modalité psychologique yin, échangeant des coups yang sociaux parfaitement complémentaires qui les amusent énormément. Ainsi, à l’étape de l’identification, l’individu prend conscience des modalités qu’il utilise et de celles qui résonnent dans la situation extérieure, par exemple celles de son partenaire, mais il n’est généralement pas capable de modifier l’une ou l’autre. Il perçoit la complémentarité ou la non-complémentarité entre lui et les autres, mais il n’a encore aucun pouvoir sur ce constat. Parfois, une réplique lui échappe face à un comportement particulièrement non complémentaire de son partenaire : « Mais on ne peut pas faire comme ça ! » Pourtant, il est incapable d’expliquer clairement pourquoi cela ne se fait pas. Une fois conscient de l’état de complémentarité ou de non-complémentarité, l’individu à l’étape de l’identification peut parfois en devenir l’esclave, c’est-à-dire qu’il lui est difficile de sortir d’un comportement non complémentaire, même si son partenaire le provoque ouvertement. Par exemple, un dialogue où l’un des partenaires parle et l’autre écoute peut se poursuivre indéfiniment en restant formellement complémentaire, épuisant ainsi les deux interlocuteurs. Cependant, pour l’interrompre, il faut qu’un des partenaires — qu’il soit actif ou réceptif — sorte de sa modalité, c’est-à-dire adopte un comportement non complémentaire envers lui-même ou envers l’autre. Ainsi, une personne qui s’exprime devant un public peut, à un moment donné, s’interrompre elle-même et demander à l’audience : « Est-ce que je vous ennuie ? », passant ainsi de la modalité yang à la modalité yin. Mais tous les orateurs ne sont pas capables de cela, surtout si le sujet les passionne et, comme on dit, les emporte. Pourtant, au bord de sa conscience, il sent qu’il a épuisé l’attention du public, mais sans avoir la force, sans avoir la force, sans y prêter aucune attention. Un public oppressé peut, malgré tout, continuer à se taire et à écouter de pire en pire, mais sans se permettre formellement un comportement non complémentaire. De tels effets sont typiques de l’étape de l’identification.

Il reste figé dans sa modalité yang et rejette catégoriquement tout passage à la modalité opposée. Quelles que soient les tentatives de son entourage, s’il est en position yang, il y restera, ou s’il est en position yin, il y restera fidèle même lorsque cela mène à des absurdités évidentes et à un comportement parfaitement déraisonnable. Il dit : « Après une bagarre, on ne se bat plus ! » mais cette personne, elle, continue à le faire. La bagarre est depuis longtemps terminée, il est temps de s’asseoir et d’examiner ce qu’elle a engendré, de soigner les bleus, de panser les blessures, mais il ne peut pas arrêter son agression et continue à écraser un adversaire déjà vaincu ou absent. La fixation sur le yin se manifeste, par exemple, par une résistance obtuse : une personne expose son problème à son entourage, qui lui propose différentes solutions, mais elle, tout en les recevant formellement, ne réagit en aucune façon et reste dans une passivité totale, attendant quelque chose, alors qu’il est clair depuis longtemps qu’il n’y a rien à attendre et qu’il faut agir soi-même. Ici, la modalité yin se réalise généralement à un stade primitif du traitement de l’archétype, et il est très difficile et désagréable de traiter avec une telle personne, bien que ce soit un comportement très répandu, surtout avec ceux qui dépendent d’elle. Symboliquement, cette position s’exprime ainsi : « Montrez-moi la jeune fille sans laquelle je ne peux pas vivre. » Cela inclut l’enfant qui, en faisant des caprices, rejette une nourriture après l’autre proposée par sa mère, accompagnant ses refus par la réplique invariable : « Je veux autre chose ! » Il ne précise pas ce qu’il veut et n’a pas l’intention de le préciser, c’est l’affaire de sa mère.

Étape 3. Concurrence.
À ce stade, l’individu sait déjà bien distinguer les modalités de l’archétype yin et de l’archétype yang, même dans des situations relativement subtiles, et son lien avec les archétypes yin et yang est désormais bien établi, c’est-à-dire qu’il sait, dans une certaine mesure, initier ce lien, l’activer et, si nécessaire, le rompre en activant l’autre archétype. À ce stade, il utilise consciemment les modalités et force ces archétypes à travailler pour lui. D’un autre côté, ce type d’utilisation volontaire et stable des archétypes conduit au fait qu’ils acquièrent une certaine emprise sur son inconscient, et ces effets sont encore mal contrôlés par l’individu au troisième stade. Cela conduit au fait que, dans chaque situation, des priorités inconscientes claires émergent, c’est-à-dire une préférence yin ou yang, qu’il ne perçoit pas, mais qui, cependant, interviennent clairement dans son comportement, parfois en contradiction avec ses attitudes et comportements conscients. On peut dire sans risque que, à ce stade, deux sous-personnalités se forment chez l’individu : l’une yin, féminine, l’autre yang, masculine. Et celles-ci, en grande partie inconscientes, émergent dans la conscience sous forme de tendances stables qui se manifestent différemment selon les situations, donnant parfois l’impression que le monde entier est inconsciemment divisé par cette personne en trois sphères. Dans l’une de ces sphères, la sous-personnalité yin règne sans partage, ou la femme intérieure de l’individu, dans une autre, la sous-personnalité yang domine tout aussi absolument, ou l’homme intérieur, et dans la troisième, une guerre impitoyable fait rage, chaque sous-personnalité cherchant à s’emparer de ce territoire et à l’ajouter à son domaine.

En d’autres termes, pour cette personne, dans de nombreuses situations, tant extérieures qu’intérieures, la question de savoir quelle position elle adoptera — active ou passive, influente ou réceptive — se pose de manière très aiguë. Et ces positions sont pour lui mutuellement exclusives. À ce stade, l’individu développe comme deux visions du monde différentes, deux philosophies de vie distinctes, deux systèmes de valeurs parfois radicalement opposés l’un à l’autre, correspondant à ses attitudes yin et yang. Cela entraîne des dépenses d’énergie colossales et de nombreuses situations erronées dans lesquelles l’individu se retrouve en raison de son incapacité à concilier les valeurs dans son espace intérieur. Cependant, cela est impossible tant que, à l’intérieur de lui, les archétypes yin et yang sont en concurrence plutôt qu’en collaboration.

Par exemple, lorsqu’il est dans un état yin, l’individu peut être travailleur, tolérant, confiant et bon. À l’inverse, en passant à l’état yang, il peut devenir dur, grossier, énergique, concentré, déterminé et très limité. Sa position yang dans chaque situation concrète sera : « Je sais exactement ce que je veux, et rien d’autre n’existe pour moi. » En même temps, lorsqu’il est dans une position yin, il peut tout à fait adopter des vues beaucoup plus larges, par exemple que le monde est vaste et qu’il y a de la place pour chaque créature de Dieu, chaque tempérament, chaque caractère et chaque destin. En règle générale, la rigidité et la limitation de l’aspect yang de l’individu le rendent incapable d’accepter le monde et de s’y détendre — la cause de la plupart des complications psychiques et psychologiques, des névroses, etc. Pourtant, la question sérieuse du traitement du principe yin dans notre civilisation, qui est par essence et par mentalité purement masculine, n’a jamais été posée. On considère bien plus important de travailler sur le principe actif, énergique, organisé, responsable de ses actes yang. Pourtant, on ignore le fait qu’il existe toujours un équilibre entre le yin et le yang chez l’être humain, et plus le principe yang est fort et plus l’individu lui accorde de l’importance consciemment, plus il offense et opprime le principe yin, qui, en conséquence, se dégrade et passe d’un allié fidèle de l’humain à un fardeau pesant pour lui.

Lorsque la lutte concurrentielle entre les modalités yin et yang a lieu, la victoire de l’une d’elles au niveau social s’accompagne généralement de la victoire de l’autre au niveau psychologique, ce qui est le plus souvent inconscient pour l’individu. Par exemple, une personne chez qui la modalité yin l’emporte dans les situations de dialogue au niveau social, c’est-à-dire qui a tendance à se taire, à écouter son interlocuteur, à acquiescer et à affirmer son principe yin par tout son comportement social, fait souvent, au niveau psychologique, une évaluation dure de ce qu’elle entend et est très active intérieurement face à ce qu’elle perçoit, et bien qu’elle n’en montre rien, son interlocuteur peut le sentir distinctly.Ainsi, au niveau social, l’accentuation est yin, mais psychologiquement, une claire énergie yang se fait sentir. À l’inverse, une personne extrêmement active dans les situations sociales, qui étouffe tout autour d’elle par son comportement et dont le mode principal d’expression sociale est l’affirmation de soi, est généralement très vulnérable psychologiquement et, de manière consciente ou inconsciente, reste constamment à l’affût de signes qui confirment, directement ou indirectement, sa valeur. En d’autres termes, psychologiquement, elle se trouve dans une position purement yin, absorbant avidement la réaction sociale dont elle dépend. À ce stade, les archétypes semblent se concurrencer, mais la personne les utilise alternativement et peut, en principe, gérer les transitions entre les modalités, bien qu’elle le fasse mal : parfois, par un effort de volonté, elle parvient à basculer, mais rarement de manière opportune, c’est-à-dire complémentaire. Elle comprend mal à quel point cet archétype est intensément activé et si elle peut le remplacer par un autre. Le fait est que les moments de changement de modalité dans le tissu de la communication sont assez clairement définis. Il y a des moments où il faut maintenir cette modalité, et son remplacement par l’opposé signifierait l’effondrement de la situation ; et il y a, à l’inverse, des moments où l’intensité de cette modalité diminue, offrant une réelle possibilité, voire une nécessité, de la remplacer par son opposé. À ce stade, la personne ne maîtrise pas encore ces subtilités et change de modalité de manière assez brutale, interrompant souvent la communication et les interactions sans en avoir conscience, bien que son inconscient, lui, perçoive qu’il fait quelque chose de mal, sans pour autant comprendre quoi exactement. Il lui manque le tact ou la finesse de l’attention. Par exemple, en écoutant un interlocuteur qui raconte quelque chose, la personne pense qu’il est malpoli de l’interrompre, mais, une fois la pause venue, elle peut glisser son mot ou changer de sujet. Pourtant, elle ne distingue pas les pauses où l’interlocuteur cherche à céder l’initiative à son partenaire, moment où un changement de modalité est approprié, des pauses où la personne, dans une position yang, les utilise pour accumuler encore plus d’énergie yang et poursuivre son récit avec un regain de pathos, pour ainsi dire, en se rechargeant. Si, à ce moment-là, on l’interrompt et qu’on lui retire cette modalité yang, son partenaire sera, pour le dire gentiment, extrêmement contrarié et psychologiquement désarçonné. Tout aussi déplaisante est la situation où une personne, utilisant une modalité yin, semble inviter son partenaire à adopter une attitude yang, mais que ce dernier, ne comprenant pas ce qui est attendu de lui, répond par un comportement synchrone, c’est-à-dire en adoptant également une modalité yin. Ce comportement est non complémentaire et donne lieu à quelque chose comme une guerre yin contre yin, tout aussi pénible psychologiquement qu’un affrontement direct yang contre yang. Ainsi, une femme racontant à un homme ses difficultés de vie et laissant clairement entendre qu’il pourrait y prendre une part constructive risque de recevoir en réponse une réaction purement yin : par exemple, il réagira en évoquant ses propres malheurs, du style : « C’est horrible, je m’en souviens ! » avant de poursuivre par un récit sur son enfance, dont le sous-texte moral caché sera qu’il faut aussi le plaindre, car sa situation dans son enfance n’était pas meilleure que celle de son interlocutrice aujourd’hui. Ce comportement masculin semble particulièrement choquant lorsque, objectivement, il est dans une position tout à fait favorable et pourrait apporter à la femme l’aide qu’elle attend et qu’elle suggère clairement ; lui, pourtant, peut ne pas remarquer sa propre non-complémentarité. Il est essentiel de surveiller l’accentuation yin et yang dans les situations critiques pour une personne. Au troisième stade, la personne ne maîtrise généralement pas ces modalités dans les situations de tension, les contextes phobiques où elle se sent profondément incertaine, et c’est là que ses problèmes inconscients liés au déséquilibre et à la concurrence entre les archétypes supérieurs deviennent particulièrement évidents. Il existe, par exemple, des personnes qui, dans des situations aiguës où elles manquent de confiance en elles, se comportent de manière extrêmement active, énergique, agressive, inadaptée, et commettent des erreurs importantes, croyant inconsciemment que la position yin, celle de la réception, est synonyme de faiblesse et révèle un manque de confiance et une incapacité à agir, et qu’elle doit donc être catégoriquement rejetée. À l’inverse, il y a des personnes qui, dans une situation où elles doutent d’elles-mêmes, sombrent dans une passivité totale, ne réagissent à rien, n’agissent pas, offrant au monde un spectacle de torpeur, de stupidité, de sommeil et d’absence totale de réaction extérieure. C’est ainsi que se manifeste la basse octave du yin, mais la personne ne peut rien offrir de mieux à son entourage. Son inconscient semble considérer qu’il est absolument inapproprié de manifester de l’activité ou d’agir dans une situation où l’on manque de confiance en soi. De telles attitudes se forment généralement dans l’enfance, voire plus tôt, et il est très difficile de les surmonter. Pourtant, si on y parvient, l’effet peut dépasser toutes les attentes, tant pour la personne elle-même que pour son entourage. On connaît, par exemple, ce conseil donné aux personnes qui craignent l’obscurité et la solitude : leur est suggéré de chanter à voix haute des chansons, non pas lyriques, mais héroïques ou martiales. Parfois, cela fonctionne remarquablement bien.

Stade 4. Collaboration.
À ce stade, la personne ne s’oppose plus aux archétypes en considérant que, dans chaque situation, un seul d’entre eux est approprié, mais apprend à les coordonner de manière dynamique, c’est-à-dire à les alterner selon les besoins du moment. Elle apprend alors à observer avec soin les modalités de son propre comportement, de celui des autres et de la situation dans son ensemble, et perçoit quand l’archétype yin cède la place à l’archétype yang, et quelle modalité est attendue d’elle par son entourage. Si elle adopte un comportement non complémentaire, ce n’est pas par incapacité à agir de manière complémentaire, mais parce qu’elle ne le juge pas nécessaire. En principe, un comportement non complémentaire est l’un des moyens de montrer à son interlocuteur ou à la situation dans son ensemble que l’on n’est pas d’accord sans le dire explicitement, tout en le manifestant de manière suffisamment claire. La personne peut utiliser une non-complémentarité subtile ou grossière selon ses objectifs. La non-complémentarité subtile passe généralement inaperçue pour la conscience, mais est enregistrée par l’inconscient des participants et influence d’une certaine façon leur humeur et leur comportement, les incitant à être plus attentifs, peut-être à s’irriter, mais en montrant que tout n’est pas aussi fluide qu’ils le souhaiteraient. À ce stade, la personne sait être suffisamment attentive à son propre comportement pour sentir quand l’action de l’archétype yin prend fin et qu’il est temps de passer à l’archétype yang, et vice versa. Elle ne fatigue pas son entourage et maintient un niveau élevé de rétroaction avec son environnement. Cette qualité est parfois appelée alerte, ou vigilance, mais elle n’est pas synonyme de tension. Simplement, cette personne sait quand elle peut se plonger en elle-même et quand elle doit être suffisamment attentive à son environnement, car quelque chose s’y produit qui la concerne directement, et elle sait percevoir et assimiler à temps ce qui la touche. Cela lui donne la possibilité de comprendre intuitivement, mais avec une grande précision, ce que son environnement attend d’elle et quand elle doit adopter un rôle yang et agir en conséquence. Cela ne signifie pas qu’elle se plie systématiquement aux désirs de son environnement, mais ses besoins et les réactions à son comportement deviennent pour elle largement prévisibles. On peut affirmer avec certitude qu’au stade de la collaboration, les archétypes yin et yang commencent à s’entendre dans l’inconscient de la personne, qui comprend à quel point ils sont nécessaires l’un à l’autre et quel doit être le rythme de leur alternance. Parfois, ce rythme est très rapide, parfois très lent. C’est ici que se produit l’union matriochka des archétypes, et il en résulte des phénomènes qualitativement nouveaux. La personne perçoit la multidimensionalité de son propre comportement, de son monde intérieur et des situations extérieures, et comprend que différentes strates peuvent correspondre à différentes modalités, apprenant non seulement à les discerner, mais aussi à les utiliser consciemment. C’est en quelque sorte l’endroit où commence la véritable psychologie, et un écrivain expérimenté dans le domaine psychologique établit souvent une distinction entre ce que le personnage dit, comment il le dit et ce qu’il pense en même temps, examinant ainsi trois plans d’expression de soi et, de manière analogue, trois plans de perception de la réalité.Un psychologue a tendance à considérer deux niveaux de comportement et de perception : le conscient et l’inconscient, qui, dans de nombreux cas, présentent aussi des modalités opposées. À la quatrième phase, l’être humain apprend à percevoir ces modalités (en grande partie de manière intuitive) et à exploiter les possibilités de profondeur et de finesse de perception qui s’ouvrent alors, ainsi que l’influence subtile sur le monde environnant et la société. Ce type de comportement humain, lorsqu’il est multiforme et que différentes modalités sont actives à divers niveaux, l’auteur le qualifie de « connexion matriochka ».

Examinons quelques exemples de connexion matriochka entre le yin et le yang dans une dualité liée à la division de l’être humain en deux plans – psychologique et social. Le contenu psychologique est ce pour quoi l’individu formule un message et la manière dont il le comprend psychologiquement. La signification sociale, elle, correspond à la façon dont il est perçu par l’entourage – non pas par un interlocuteur précis qui peut l’interpréter différemment, mais, pour ainsi dire, par un observateur social officiel – en d’autres termes, c’est le sens littéral des mots prononcés par la personne. Il s’avère que le sens psychologique et la signification sociale ne diffèrent pas seulement en substance, mais sont souvent opposés en termes de modalité. Tel est le cas, par exemple, de la provocation, où l’objectif de l’individu est d’observer son partenaire et de déterminer certaines qualités essentielles de sa personnalité : psychologiquement, la personne se trouve dans un état yin, mais extérieurement

L’activité, par exemple, consiste à poser des questions dont le but est de provoquer son interlocuteur, de le sortir de son équilibre intérieur et de le pousser à une franchise inattendue pour lui-même. Et tandis que le partenaire répondra à la question qui lui est posée, il se dévoilera plus profondément qu’il ne l’imagine lui-même.

À l’inverse, le comportement de type yang-yin suppose une grande activité psychologique de la personne envers son partenaire, mais celle-ci s’exprime dans une modalité yin : la personne ne lui demande rien, elle lui propose simplement quelque chose, crée pour lui un certain environnement, tout en surveillant attentivement l’effet de ses actions. Ainsi, par exemple, dans une situation où un client anxieux et extrêmement nerveux se présente à un psychologue, ce dernier peut lui proposer de s’installer plus confortablement, de boire une tasse de thé, de parler de ses émotions actuelles ou de partager ses impressions sur la journée écoulée — tout cela s’exprime dans une modalité yin, c’est-à-dire que le patient n’est soumis à aucune exigence de la part de cet environnement, mais c’est précisément ce cadre social qui est construit par le psychologue de manière à exercer une certaine influence sur le client : le calmer, le préparer à la séance psychologique en cours, l’amener à l’état de conscience souhaité.

Sentant cela, un client méfiant peut déclarer au psychologue : « Vous ne me proposez pas simplement du thé, vous m’hypnotisez en même temps, ou quoi ? »

Le concept même de politesse ou de bonnes manières n’est rien d’autre que la capacité à superposer une modalité yin à la volonté psychologique yang d’une personne. Par exemple, on peut donner un ordre, mais on peut aussi faire une demande. Une demande, strictement parlant, relève de la modalité yin : ce n’est pas une exigence impérative, mais plutôt une communication de son propre besoin à son interlocuteur, une sorte de création d’un environnement. La personne se présente elle-même comme un environnement pour son partenaire, et cet environnement a besoin de quelque chose, ce qui est communiqué au partenaire. Celui-ci est libre, soit de prendre en compte l’état difficile de cet environnement, soit de l’ignorer — il est libre en ce sens. À l’inverse, un ordre ou une exigence ne lui laisse pas cette liberté, l’obligeant à obéir en activant sa modalité yin.

D’autres exemples de combinaisons matriochka. Reconnaître sa défaite, un homme aura du mal à dire : « J’ai perdu parce que j’étais plus faible que mon adversaire. » Cette phrase relève du style yang-yang. Il lui sera bien plus facile de dire : « J’ai perdu parce que les circonstances étaient plus fortes que moi. » Cette réplique relève du style yang-yin : sur le plan psychologique, l’action — la défaite — est indiquée, mais la forme sociale dans laquelle elle s’exprime est yin, une référence aux circonstances, c’est-à-dire à l’état de l’environnement.

En règle générale, dans toutes les situations conflictuelles, la divergence entre les modalités des plans psychologique et social est la règle, et non l’exception. Il en va de même pour les relations d’une personne avec elle-même. Lorsque nous cherchons les causes de nos états intérieurs, nous changeons rarement de modalité. Si je vais mal (yin), c’est-à-dire que quelqu’un en est responsable (yang), si j’ai commis une faute (yang), alors c’est la faute des circonstances (yin) qui en sont la cause.

L’auteur ne veut pas dire que ce genre de discordance entre les modalités implique une forme d’hypocrisie particulière chez l’humain — elle semble plutôt être une propriété naturelle des choses. Mais pour bien se comprendre soi-même et comprendre ce qui se passe, il faut prêter une attention particulière à ces modalités jusqu’à ce que cela devienne une habitude, car elles jouent un rôle fondamental tant pour soi que pour les autres.

L’expérience montre que les proches se blessent mutuellement non pas en raison de l’essence de ce qui se passe, mais à cause des modalités sociales par lesquelles ils structurent leur comportement.

Questions au lecteur.

Quelle des deux modalités, yin ou yang, vous correspond le mieux au niveau psychologique, dans votre comportement social ?

La même question à l’égard des membres de votre famille, de vos amis, de vos proches connaissances ?

Lorsqu’on vous accuse, avez-vous tendance à vous taire ou à vous mettre en colère ?

Aimez-vous faire des pauses ?

Aimez-vous les pauses chez vos partenaires ?

Pensez-vous que le silence est un signe d’accord ?

Savez-vous distinguer un silence négatif d’un silence positif ?

Savez-vous déterminer si votre interlocuteur vous écoute ou pense à autre chose ?

Que faites-vous lorsque la conversation prend une direction indésirable pour vous ?

Préférez-vous vous taire de manière ambiguë ou recentrer activement la discussion dans le sens souhaité ?

Un autre exemple important de combinaison matriochka des modalités concerne les situations où la conscience d’une personne relève d’une modalité, tandis que son inconscient en relève d’une autre. Un nombre incalculable de malentendus et de non-dits découlent de ce genre de situations. Combien de fois avons-nous été confrontés à des reproches concernant notre mauvaise compréhension, sans parvenir à saisir où se situait le problème ? Or, dans bien des cas, la raison en est extrêmement simple : la modalité sur laquelle une personne est initialement (a priori) réglée et qui guide son inconscient à un moment donné ne correspond pas à la modalité du message qu’elle perçoit. Il en résulte immanquablement une distorsion, car bien que la personne entende formellement une phrase dans une modalité yang, par exemple, elle la perçoit intérieurement dans une modalité yin et, naturellement, n’y prête aucune attention. La pensée exprimée par son partenaire est alors déformée au point de devenir méconnaissable.

Voici donc quelques exemples de passage de la modalité yin à la modalité yang. À gauche, la phrase telle qu’elle est prononcée ; à droite, la façon dont elle est comprise par une personne réglée sur la modalité opposée.

« Je vais très mal » → « J’exige que tu m’aides »

« Je suis en retard à cause des circonstances » → « J’ai fait exprès d’être en retard pour t’offenser »

« Ton attitude me blesse » → « Tu m’offenses intentionnellement »

« J’exige des explications de ta part » → « J’aimerais bien entendre ton commentaire sur ce qui s’est passé »

« Je ne demande pas, j’exige » → « Je te demande instamment »

« Ton fils a encore fait l’école buissonnière à l’école » → « Ton fils n’a vraiment pas de chance à l’école »

« S’il te plaît, ne te fatigue pas » → « Ne me déforme pas la modalité, réponds à la question que tu entends en toi. »

Le lecteur est invité à s’exercer : imaginez la réaction à la question de la colonne de gauche et à celle de la colonne de droite, puis comparez les réponses tant au niveau des modalités qu’au niveau du sens direct.

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